
Manuel Valls
Crédit : RTLCrédit : Jean-Michel Aphatie
Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Manuel Valls.
Manuel Valls : Bonjour, Jean Michel Aphatie.
Deux gendarmes, deux femmes, ont été tuées il y a quelques heures à Collobrières, dans le Var, un suspect a été arrêté ce matin à trois heures par les forces de gendarmerie déployées sur les lieux. Confirmez-vous qu'il s'agit de l'assassin.
Je n'en sais rien. A priori, c'est l'auteur présumé. Mais l'enquête maintenant va tenter de le démontrer, il y a eu un déploiement très important. Le choc est immense dans cette région, dans ce village de Collobrières, dans la gendarmerie. C'est une première de femmes gendarmes assassinée, dans des conditions d'une rare violence, alors qu'elles se rendaient dans ce village pour régler un problème de voisinage semble t-il.
Cette intervention qui a mal tourné, c'est un guet-apens, vous avez des informations sur les circonstances de ce drame ?
Oui, c'est plutôt quelque chose qui aurait mal tourné, mais encore une fois, il faut que l'enquête le démontre. Je me rends sur place en fin de matinée, à la fois pour m'incliner devant leurs dépouilles, pour soutenir les militaires de la gendarmerie, qui précisément dans ces zones rurales, dans ces villages accomplissent un travail de proximité de très grande qualité pour soutenir, j'imagine la population qui est en état de choc, après la mort d'une maréchal des logis, d'une adjudante, des femmes jeunes et expérimentées, je pense évidemment à leurs familles ce matin.
On lit dans les dépêches que le jeune homme qui a été arrêté ce matin, 25 ans, aurait des antécédents judiciaires. En savez-vous davantage.
C'est qui semble être le cas. Mais vous savez, je suis Ministre de l'intérieur, j'attends que l'on m'informe et ce n'est pas mois qui fait l'enquête et qui dit la justice. Si c'est l'auteur présumé, évidement nous en saurons plus, et il sera traduit devant la justice.
Et donc vous serez sur les lieux dans quelques heures.
Absolument
Nous parlons maintenant des élections législatives, Manuel Valls. Majorité absolue pour les socialistes, qu'allez-vous en faire ?
Changer. C'est le mandat que les Français nous ont donnés : redresser le pays, son économie, son industrie, ses finances publiques, morales et en même temps, le faire avec beaucoup d'écoute, avec la volonté de créer une dynamique, que de rassembler les français, cette majorité absolue en siège, en voix aussi (51%) pour les forces de gauche, avec la confiance qu'ont reçu tous les ministres qui étaient candidats, qui ont été élus ou réélus. Cette confiance, c'est un talisman, et en même temps c'est une responsabilité. Donc, nous devons être à la hauteur de cette responsabilité dans ces moments difficiles pour le pays. Je veux saluer la maturité des Français, qui dans la logique des institutions de la 5ème République et de l'élection de François Hollande, le 6 mai dernier, lui ont donné une majorité forte et cohérente.
Beaucoup redoutent maintenant, ce que vous ne nous avez pas dit avant les élections législatives : un plan B, des coupes dans les dépenses publiques, la nécessité de faire face à une situation économique qui se dégrade pour respecter des engagements budgétaires qui ont été pris.
Mais les Français, sont parfaitement lucides. Vous les journalistes, vous connaissez la situation très difficile des finances publiques, personne ne l'a caché. Cela a été dit pendant toute la campagne électorale. Le premier ministre au demandé au premier vice président de la Cour de Comptes de donner toute une série d'éléments qui vont éclairer précisément les choix budgétaires que nous aurons à faire. Ce rapport sera rendu dans quelques jours. Redresser les finances publique, retrouver l'équilibre en 2017, en même temps dégager des priorités pour la croissance, pour l'emploi, pour l'éducation, pour la sécurité.
Vous connaissez la feuille de route. Mais personne n'ignore les difficultés, mais redresser le pays, en faisant faire un effort à tous les français mais dans la justice, à travers notamment la réforme fiscale. Oui, cela sera difficile, mais c'est bien la tâche qui nous incombe. La sociale démocratie dont parlait Alain Duhamel, c'est précieusement réformer le pays, mais le réformer de l'injustice et en étant conscient des difficultés, mais surtout en mobilisant, d'abord nos partenaires européens. Parce que rajouter des plans d'austérités, rajoutés à des plans d'austérités mènent à des drames, une rupture profonde entre l'Europe et les peuples, entre les peuples et la vie politique. C'est ce qu'on voit un peu partout. C'est ce que j'ai constaté d'ailleurs en parcourant le pays ces derniers jours pendant la campagne. Beaucoup de désespérance que traduit l'abstention ou le vote en faveur du Front National. Nous ne pouvons pas ignorer cela non plus.
Le mot souvent employé, Manuel Valls, vous l'avez fait vous-même à l'instant, c'est le mot "effort". Ça veut dire de la rigueur ?
Mais, la rigueur elle est nécessaire, en tous cas la nécessite de rétablir nos comptes publics mais les Français ne peuvent accepter l'effort que si il est partagé, que si il est juste, que si la réforme fiscale concerne tout le monde, et contrairement à ce qui s'est passé dans le quinquennat précédent, si ceux qui ont beaucoup partagent précisément cet effort.
Ca veut dire, que peut-être Manuel Valls, dans l'administration que vous dirigez, il faudra dans les années qui viennent, limiter les moyens d'action ?
Ça dépend où. Le président de la République pendant la campagne a bien dégagé des priorités : l'éducation nationale d'un côté, et de l'autre la sécurité des Français dont j'ai la charge : police, gendarmerie et justice. Et je ferais des propositions au premier Ministre pour que ces engagements, soient évidemment tenus, parce que nous avons besoin de forces de l'ordre, police et gendarmerie sur le terrain.
Le scrutin majoritaire, c'est presque une lapalissade, la majorité, et pourtant, on évoque, la possibilité d'introduire de la proportionnelle dans le scrutin législatif. Si ça se faisait, c'est vous qui en auriez la charge, introduire de la proportionnelle, redécouper des circonscriptions, vous avez déjà des schémas en tête ?
Non. La proportionnelle, la représentation de tous les forces politiques existe déjà pour les conseils municipaux, les conseils régionaux. Nous nous sommes engagés à introduire une dose de proportionnelle pour permettre cette diversité, sans rien enlever à la logique des institutions de la République, qui permettent à une majorité, précisément de gouverner, parce que dans ces temps, nous avons besoin de stabilité. Nous serons amenés à faire un certain nombre de propositions bien évidemment dans les mois qui viennent et j'imagine que le premier Ministre souhaitera y associer l'ensemble des forces politiques.
Mais c'est une réforme qui se fera ?
J'en doute pas, puisque c'est un engagement du président de la République.
Vous avez soutenu Ségolène Royal en 2007 et puis encore en 2008 alors qu'elle souhaitait devenir première secrétaire du parti socialiste. Elle est battue, largement hier soir. Quel commentaire vous inspire cette situation ?
La défaite est toujours cruelle bien évidemment. Et sans doute, injuste, elle doit le ressentir ainsi, et moi j'ai une pensée pour elle ce matin, parce que c'est la dureté du scrutin majoritaire précisément, c'est que toute une série de personnalités peut être battue. Il faut également s'interroger aussi sur les conditions de cette arrivée à La Rochelle, elle n'a sans doute pas été suffisamment bien préparée. Mais je regrette que Ségolène Royal ne puisse pas siéger à l'Assemblée Nationale.
Mais les parachutages sont maintenant de plus en plus difficiles à opérer, visiblement ?
C'était sa région, en même temps, elle était soutenue par le Maire de La Rochelle. Elle a sans doute, été piégée par les faits. Mais je ne doute pas non plus qu'elle saura rebondir.
Elle disait hier soir que celui qui l'avait battu, Olivier Falorni était élu par la droite, "homme de droite, un traitre", ce sont des propos qui vous paraissent justes, Manuel Valls ?
Ce sont les propos le soir d'une défaite, qui reposent en grande partie sur une réalité. Nous savons bien la droite locale, a appelé à voter pour ce candidat. Maintenant, je suis ministre, je suis tourné vers les Français, vers la tâche qu'il faut accomplir, c'est ma tâche essentielle.
Faudra intégrer Olivier Falorni au groupe socialiste à l'Assemblée nationale ?
Je crois que Martine Aubry a répondu à cette question hier.
Elle a répondu Non. Et vous êtes d'accord avec elle ?
Bien sûr.
Manuel Valls, Ministre de l'Intérieur était l'invité de RTL ce matin.
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