Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 07/02/2011 à 10h12

Michèle Alliot-Marie le 1er février 2011 à l'Assemblée nationale / AFP / Mélanie Cossin
"Je me rends compte que des gens ont été choqués". Dans les colonnes du "Parisien - Aujourd'hui en France", Michèle Alliot-Marie s'explique et contre-attaque après les révélation successives gênantes sur son séjour en Tunisie en fin d'année. La ministre des Affaires étrangères reconnaît qu'elle a pris, non pas une mais deux fois, le jet de son ami tunisien pendant les vacances de Noël, et promet qu'on ne l'y reprendrait plus. "Chacun connaît mon éthique. Moi, je me refuse à mettre en accusation des responsables politiques de gauche qui ont pris régulièrement des vacances en Tunisie pendant que Ben Ali était président", rappelle-t-elle. Cela suffira-t-il à éteindre la polémique ? Le question se pose de savoir si Nicolas Sarkozy peut maintenir sa confiance à sa chef de la diplomatie.
Voilà l'affaire qui pourrait lui couper les ailes... Michèle Alliot-Marie se défend encore et encore dans la controverse liée à ses vacances en Tunisie. La ministre des Affaires étrangères avait déjà expliqué qu'elle avait utilisé un jet privé pour se rendre de Tunis à l'hôtel de ses vacances. Le propriétaire de la compagnie était à bord de l'avion. Aziz Miled est présenté comme un proche du clan Ben Ali, ce que réfute "MAM". Nouveau développement puisque le site du "Nouvel Observateur" révèle qu'elle a utilisé de nouveau ce jet pendant ses vacances pour se rendre à Tozeur. Cela fait donc deux allers-retours entre Noël et le Nouvel An, au moment où débutait la révolte tunisienne.
La ministre se défend lundi matin dans "Le Parisien - Aujourd'hui en France". Pas question de démissionner, dit-elle. La chef de la diplomatie française admet cependant s'être rendu compte que les Français aient pu être choqués. "Je saurai en tirer la leçon", promet-elle : "Si on me proposait à nouveau, je n'accepterais évidemment pas", lâche-t-elle. Michèle Alliot-Marie assure que, dans tout cela, elle n'a pas profité d'un euro de l'Etat français, ni de l'Etat tunisien, et elle contre-attaque sur les liens des socialistes français avec la Tunisie. Elle attaque notamment le Parti socialiste, qui avait invité au Conseil de l'Internationale Socialiste Ben Ali en novembre dernier.
La gauche a plusieurs reproches à faire à "MAM" : les largesses dont elle a profité, ses vacances en Tunisie alors qu'un mouvement social rare était en cours, sa proposition d'une aide française pour le maintien de l'ordre et son agrément à l'envoi de grenades lacrymogènes à Tunis, donné deux jours avant la fuite du président. Ses interventions successives pour se justifier n'ont fait que susciter de nouvelles critiques de l'opposition, qui a appelé le président Nicolas Sarkozy à la limoger.
"Quand je suis en vacances, je ne suis pas ministre des Affaires étrangères", a affirmé Michèle Alliot-Marie dimanche soir à la radio France-Info, pour se justifier d'avoir voyagé à deux reprises à bord du jet privé d'Aziz Miled. "Je suis évidemment ministre 365 jours par an, 24 heures sur 24", corrige-t-elle lundi dans "Le Parisien". Mais les appels à sa démission venus de la gauche ne se sont pas taris. "La seule solution, a lancé le porte-parole du PS, Benoît Hamon, c'est qu'elle parte !". "Je ne comprends même pas comment elle est encore là", a lâché Pierre Moscovici (PS), parlant d'"une affaire qui devient une affaire d'Etat".
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