POLITIQUE

Malek Boutih : "Julien Dray est déjà condamné"

Créé le 22/12/2008 à 07h52 - Mis à jour le 22/12/2008 à 10h33

Malek Boutih

Malek Boutih / La rédaction de RTL

Malek Boutih, membre du bureau national du Parti Socialiste et ancien président de l'association SOS Racisme était lundi matin "L'Invité de RTL". Il est revenu sur l'enquête sur Julien Dray, lui aussi membre du PS et co-fondateur de SOS Racisme. Voir la vidéo de l'entretien

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Bonjour Malek Boutih
Bonjour

Le député socialiste Julien Dray est au cœur d'une enquête préliminaire ordonnée par le Parquet de Paris, pour des faits présumés d'abus de confiance. Il est soupçonné d'avoir perçu quelque 300.000 euros provenant des caisses de deux associations : les parrains de SOS Racisme et le syndicat lycéen, la FIDL, deux associations dont il est le co-fondateur. Vous avez vous-même, été présidé de SOS Racisme. D'abord, première question : vous l'avez eu au téléphone, Julien Dray ?
Bien sûr, c'est un ami à moi. Je ne fais pas partie de ces gens que quand arrive un malheur, quand arrive une difficulté qui tournent le dos, qui se cachent. Ce n'est pas bien. Je pense que dans la vie politique comme dans la vie tout court d'ailleurs pour chaque citoyen, on peut rencontrer des difficultés. Si vos amis ne sont pas là à ce moment-là, les choses sont plus terribles d'autant plus que ça lui est arrivé comme un coup de tonnerre. Il est déclaré "coupable" avant même la fin d'une instruction à mon avis qui va durer longtemps ..

Il n'est pas déclaré "coupable".
Non, mais il est déjà condamné médiatiquement, soyons honnête !

Pourquoi vous dites ça ?
Soyons honnête ! Vous direz ce que vous voulez. Quand vous êtes passé dans toute la presse française pendant 48 heures, il vous faut des années avant de vous expliquer quand bien même quand cette affaire sera finie d'un point de vue judiciaire, il a été exécuté médiatiquement, ça c'est certain. Je pense qu'il aura beaucoup de mal à s'en relever, il en a conscience d'ailleurs. Maintenant, il a aussi sa dignité d'homme et son honnêteté d'homme à défendre, et ça on le comprend. Donc je pense qu'il va mener une bataille. Le coup a été terrible. Donc, c'est normal que ses amis soient prêts de lui.

Lui, il dit : "On m'a sali". Ca veut dire quoi, selon vous ?
Ca veut dire que dans une démocratie, quand vous êtes un homme public, vous n'êtes pas obligatoirement parfait, ce n'est pas ce que je dis. Vous êtes justiciable comme tout le monde et c'est tout à fait normal, et ce n'est pas contestable. Mais vous êtes aussi en prise à quelque chose de terrible qui est la possibilité de détruire votre image avant même de répondre puisque chaque réponse va vous enfoncer parce qu'on sait que ce sont toujours des questions assez compliquées, surtout les procédures judiciaires sont toujours très compliquées. Et donc, c'est le sentiment qu'il peut avoir, d'avoir été sali avant même d'avoir pu répondre, et c'est une saleté dont vous mettez beaucoup, beaucoup d'années ... Beaucoup d'hommes ou de femmes politiques sont passés par là, très peu ont pu un jour rattraper ce qu'ils ont subi.

Vous, vous avez été président de SOS Racisme entre 1999 et 2003, vous imaginez que ça puisse être vraie cette histoire, cette affaire ?

En tout cas, je vais vous parler pour l'association SOS Racisme. Elle n'est même pas en cause dans cette affaire -il y a une assimilation- c'est une association de parrains. SOS Racisme quand j'y étais président, on est une des associations les plus contrôlées en France, j'ai eu tous les organes de contrôle, même la Cour des Comptes. On m'avait même reproché d'avoir payé à l'époque, je crois quelque chose comme 2.000 euros une jeune militante qui devait défrayer une baby sitting parce qu'elle était une responsable et qu'elle venait s'occuper d'un certain nombre de choses. La moindre somme est contrôlée, à tel point d'ailleurs que SOS Racisme est quasiment contrôlée tous les trimestres par un contrôleur du ministère des finances. Donc, je pense que de ce point de vue-là, le ministère des finances lui-même connaît les comptes de SOS Racisme. Je ne crois pas, voilà.

L'avocat, lui, de SOS Racisme, Maître Tricot, dit qu'il y a "une comptabilité nullissime". Je le cite.
Je crois vraiment qu'il a parlé pour son nom ... je sais même qu'il m'a cité dans son communiqué.

Oui.

On sait que dans ces affaires-là, beaucoup d'avocats cherchent à briller ; mais les avocats c'est une chose, les gens qui sont mis en cause, c'en est une autre. Et donc, je pense, je l'invite lui comme d'autres d'ailleurs, à réserver leurs paroles, à ne pas dire n'importe quoi et à faire comme tout le monde : attendre d'avoir des éléments concrets pour pouvoir s'exprimer.

En tout cas, vous quand vous étiez patron de SOS Racisme, vous dites donc que tout était contrôlé, vérifié tous les trois mois ... Vous aviez la main sur la comptabilité, sur l'argent ?

Je suis président, j'étais responsable, donc c'est normal. Et je peux vous dire, aujourd'hui, que n'importe quel responsable associatif vous dira qu'on est beaucoup plus contrôlé que les banques françaises.

Beaucoup plus que les banques françaises ?

Je le maintiens :  beaucoup plus, que les banques françaises. Je vous dis, aujourd'hui, que n'importe quelle association en France qui reçoit des deniers publics, a un certain nombre de contrôles beaucoup plus précis, et beaucoup plus millimétrés, et on pardonne beaucoup moins de fautes que ce qu'ont pu faire les banques françaises dont on a vu ces derniers mois qu'elles ont pu rentrer dans des magouilles, excusez-moi l'expression, qui ont fait perdre des millions et des millions d'euros à des épargnants et qui, elles, sont beaucoup moins contrôlées. Donc, je ne parle pas que pour SOS Racisme d'ailleurs. Toutes les associations aujourd'hui sont soumises à ce régime.

Certains au Parti Socialiste disent que ça tombe au moment où il y a la mobilisation lycéenne ; d'autres disent que c'est une manipulation en interne au PS pour peut-être écarter Julien Dray. Vous croyez quoi, vous ?

Non ! Je crois qu'il faut éviter deux excès et deux tropismes.
    - Le premier, je l'évoquais tout à l'heure : c'est de déclarer coupable un homme qui, pour l'instant, n'a même pas, n'a même pas eu très précisément les faits et les éléments et les pièces qu'on lui reproche. Donc, quand même d'attendre qu'une vérité se fasse.
    - Le deuxième, c'est la paranoïa, c'est-à-dire de voir partout des complots, des trahisons, etc ... Je pense que beaucoup de gens au Parti Socialiste sont peinés de ce qui arrive à Julien, comme je le suis. Et je pense qu'ils exprimeront leur solidarité, donc je ne crois pas du tout à ça.

Une dernière question là-dessus, Malek Boutih. Est-ce qu'il doit démissionner pour se protéger du Parti Socialiste ?
Vous avez bien compris que s'il démissionne c'est comme s'il se rendait coupable, et il déclarait "coupable" comme on le fait dans le système judiciaire française. Donc, tant qu'il n'est pas déclaré coupable ou tant que je dirais, il n'est pas dans une situation où il n'est plus en fonction d'accéder, de pouvoir travailler, je pense qu'il doit continuer à travailler même s'il faut reconnaître pour lui : le coup est rude pour lui, pour sa famille et même humainement.  Je veux dire : n'oubliez jamais une chose dans la vie politique, c'est valable pour la Gauche, pour la Droite, pour tout le monde. Il y a quand même des Etres humains derrière, donc c'est normal qu'il soit, je vous le dis, comme d'autres qui doivent rendre des comptes. Mais il ne faut pas oublier qu'ils sont aussi des citoyens qui ont les mêmes droits que les autres.

Malek Boutih, vous regrettez d'avoir dit "non" à Nicolas Sarkozy d'entrer au gouvernement ?
Je n'ai pas dit "non" à Nicolas Sarkozy mais je n'ai aucun regret.
Vous savez, moi, j'ai la particularité : j'ai un très mauvais plan de carrière. J'ai rejoint le Parti Socialiste, il venait de se prendre une banane monstrueuse aux élections 2002, éliminé au premier tour. J'ai fait 6 ans à la direction du Parti Socialiste dans l'équipe avec François Hollande, j'en resors avec aucun mandat. Je n'ai pas de plan avec des mandats et figurez-vous que le pire, c'est que j'ai aucun regret. J'ai beaucoup appris. Et je continuerai. La Gauche, c'est mon camp. La Gauche est imparfaite ...

Mais vous avez envie de travailler avec Nicolas Sarkozy ? Vous êtes intéressé par la HALDE, la Haute Autorité contre les Discriminations ? La place n'est pas libre d'ailleurs, elle est actuellement occupée par Louis Schweitzer.
Oui. Mais ce n'est pas la question. Je pense que le Président de la république quand il soulève un certain nombre de questions qui sont républicaines. Je veux dire : la question des ghettos, la question de l'échec scolaire, la question de la violence, la question de la discrimination et de l'identité nationale ... il n'y a pas une réponse que de Gauche ou de Droite. Il y a des intérêts qui sont collectifs à notre pays. Il y a la vie de millions et de millions de gosses français qu'il faut aider à ne pas finir dans le ghetto, à ne pas finir dans la délinquance. Je crois que ça mérite, parfois, de passer les frontières et de s'entraider si on a des bonnes solutions.

Une dernière question : vous êtes une personnalité de la Diversité, issue de la Diversité. Vous avez encore besoin de faire vos preuves dans ce pays ?
Pour nous, il n'y a pas un jour où on ne doit pas faire nos preuves. Donc, et c'est normal, moi je pense que l'adversité nous renforce et je n'ai pas le même regard que beaucoup d'observateurs qui parlent de l'échec de l'intégration. Je crois que notre génération aussi diverse soit-elle, que je parle des femmes qui sont aujourd'hui ministre dans le gouvernement ou d'autres qui sont dans les cités, on a tous des qualités, et puis surtout on sait qu'on doit se battre deux fois plus que les autres. A nous de démontrer qu'on est utile à ce pays et pas simplement qu'on demande quelque chose à ce pays !
  
Merci Malek Boutih.
Merci à vous pour votre invitation.

Alba Ventura, chaque matin de cette semaine sur RTL.

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