POLITIQUE

Luc Chatel sur RTL : "Pas de postes supplémentaires pour le lycée Adolphe-Chérioux"

Créé le 05/02/2010 à 08h40 - Mis à jour le 05/02/2010 à 14h25

Luc Chatel

Luc Chatel / AFP

Le ministre de l'Education nationale répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin. Après l'agression en début de semaine d'un élève de 14 ans au lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, Luc Chatel a dit comprendre "l'émotion" des professeurs, Nicolas Sarkozy ayant promis à plusieurs reprises de "sanctuariser" les écoles face à des phénomènes de violence en recrudescence. Mais il n'est pas allé plus loin que l'offre faite la veille par le recteur de l'académie de Créteil, qui a proposé la création de neuf postes d'adultes supplémentaires, dont trois surveillants. Il a de nouveau accusé la région Ile-de-France de n'avoir rien fait pour la construction d'une clôture. Ecoutez aussi :

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Luc Chatel.

Luc Chatel : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Vous êtes avec nous depuis votre ville de Chaumond par téléphone. Les enseignants du lycée Adolphe-Chérioux, à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne où un jeune élève de 14 ans a été agressé mardi, refusent de reprendre le travail. Ils ne se sentent pas en sécurité ; ils vont tenir une assemblée générale à 8 heures, c'est-à-dire dans dix minutes. Que pouvez-vous faire pour eux, Luc Chatel ?
   
D'abord, je voudrais dire que je comprends l'émotion des enseignants, des élèves et de leurs parents qui ont été terriblement choqués par cette nouvelle agression au lycée Adolphe-Chérioux, ce n'est pas la première.
  
Et ils attendent des réponses, maintenant ?

Oui, ils attendent des réponses. Et c'est la raison pour laquelle les pouvoirs publics, vous savez, doivent faire preuve d'une grande réactivité, et c'est ce que l'Etat, l'Education nationale a fait. D'abord, je rappelle que cet établissement, nous le suivons depuis un certain temps et nous avions préconisé au printemps dernier un diagnostic de sécurité. Il avait fait partie des 184 lycées prioritaires et en mai, il y a eu un diagnostic qui a préconisé un certain nombre de choses, c'est-à-dire la mise en place d'une vidéo protection, la réalisation d'une clôture...

Il y en avait une. Les agresseurs sont rentrés par un portique, ils ont été filmés.Là, les enseignants attendent que vous leur donniez des moyens supplémentaires et notamment des surveillants, de l'encadrement. Allez-vous le faire Luc Chatel ?

D'abord, cette attente est légitime en termes de moyens. Ce que je voudrais simplement rappeler, c'est qu'il existe aujourd'hui sur le site du lycée Adolphe-Chérioux, il y a dix-neuf personnels d'encadrement et de vie scolaire, c'est-à-dire qu'il y a à la fois des personnels d'encadrement, trois personnels de direction, quatre CPE consignés  par l'Education et douze assistants d'Education. J'ai demandé au recteur de recevoir la délégation des enseignants qui leur a fait un certain nombre de propositions et leur a proposé la création de neuf postes d'adultes supplémentaires...

Et ils disent : ça ne suffit pas !

Vous savez, je comprends leur émotion. La question c'est de savoir s'il faut mettre un surveillant derrière chaque élève. Vous l'avez rappelé vous-même Jean-Michel Aphatie, vous savez la cité scolaire Adolphe-Chérioux, c'est vingt-deux bâtiments répartis sur plusieurs dizaines d'hectares, ouverts à tout vent. Même si vous mettez un surveillant derrière chaque élève, ça n'aurait pas empêché l'agression qui s'est passée cette semaine où vous avez une intrusion extérieure avec des jeunes armés et autres... La vraie réponse, c'est ce qui avait été préconisé au printemps, c'est-à-dire la clôture de l'établissement. Et je regrette que celle-ci n'ait pas pu être mise en œuvre par les collectivités locales qui ont la responsabilité de l'entretien des bâtiments.

Mais les enseignants eux-mêmes disent  que s'il y avait une clôture, de toute façon ça n'aurait rien changé puisqu'ils sont rentrés par un portique et ils ont été filmés par les caméras vidéo ; donc, ça, ça n'a rien empêché. 1.500 élèves scolarisés à Adolphe-Chérioux à Vitry-sur-Seine, onze surveillants seulement, les enseignants se plaignent d'un sous-encadrement et à constater vos réponses, ce matin, Luc Chatel, ils n'auront sans doute pas satisfaction.

D'abord, je voudrais rappeler que depuis 2002, nous sommes passés au niveau national, de 9.000 postes de conseillers principaux d'éducation à 12.000, nous avons augmenté de 30% les effectifs de CPE au niveau national.

Deuxièmement, pour bien vous montrer que l'accompagnement humain est une priorité pour l'Education nationale, au printemps nous avons créé 5.000 postes de médiation scolaire. D'ailleurs, nous avions proposé au conseil d'administration de ce lycée au mois de juin dernier, qu'on crée cinq postes de médiateur dans ce lycée.

Troisième exemple : à la rentrée dernière, avec Brice Hortefeux, nous avons créé des équipes mobiles de sécurité : 500 postes supplémentaires composés pour moitié de personnels de l'Education nationale et pour moitié, de personnels de forces de police et de gendarmerie ; et l'académie de Créteil a été pionnière puisque ça a été la première  équipe mobile que nous avons installée. Elle est d'ailleurs au lycée Adolphe-Chérioux depuis cette semaine et elle y restera jusqu'à ce que la situation ait été apaisée.

Donc, vous n'irez pas plus loin dans vos propositions ?

Ecoutez, moi je suis prêt à la discussion, si vous voulez. J'ai demandé au recteur de recevoir, à plusieurs reprises...

Il l'a fait.

... Les personnels enseignants, il l'a fait. Il le refera tant que nécessaire. Je crois que ce qui est important .

C'est un échec pour vous que ces enseignants ne reprennent pas le travail, Luc Chatel ?

Non, ce n'est pas un échec, Jean-Michel Aphatie, dans la mesure où il y a un moment, où il faut que l'ensemble des pouvoirs publics agisse dans la même direction.

Que voulez-vous dire ?

L'Education nationale est totalement mobilisée...

On ne comprend pas ce que vous voulez dire, Luc Chatel.

Je vais vous expliquer. L'Education nationale est totalement mobilisée depuis la rentrée avec le plan de sanctuarisation...

Qui n'est pas mobilisé ?

... Des établissements scolaires. Je rappelle que nous avons décidé d'accélérer ce plan... Je rappelle...

Qui n'est pas mobilisé, Luc Chatel ? Si l'Education nationale - excusez-moi ! excusez-moi !... Si l'Education nationale est mobilisée, qui n'est pas mobilisé ? Dites les choses !

Nous avons besoin du partenariat des collectivités locales.

Et elles ne jouent pas le jeu ?

Depuis la décentralisation, ce sont les régions qui ont la compétence des lycées et ce sont les collèges qui ont la responsabilité des départements... Dans l'immense majorité...

C'est leur faute ce qui se passe aujourd'hui ? Dites les choses ! Si vous le pensez, dites-le, Luc Chatel ! C'est leur faute ce qui se passe aujourd'hui ?

Je ne sais pas que vous lisiez dans ma pensée, Jean-Michel Aphatie. Mais si vous me laissez m'exprimer, je vais le dire. Dans l'immense  majorité des cas, ces relations entre l'Etat et les collectivités locales se passent bien. Ce que je regrette, c'est que cette situation au lycée Adolphe-Chérioux, elle n'est pas nouvelle. Il y a déjà eu une intrusion au mois de novembre dernier. Il y avait déjà eu un constat, un diagnostic qui indiquait qu'il fallait équiper ce lycée d'infrastructures nouvelles dont la responsabilité incombe aux collectivités locales et ce que j'observe en regardant notamment les procès verbaux des conseils d'administration, les différentes directions, c'est que les collectivités locales - la région et le département - se soient renvoyés la balle et n'aient pas pris en compte les attentes des enseignants parce que je rappelle que les enseignants eux-mêmes avaient demandé un certain nombre d'équipements depuis plusieurs mois.

Bon. Ces collectivités territoriales, notamment la région Ile-de-France aura entendue votre critique, un peu voilée, pas très claire mais enfin, sans doute ils répondront. Et quant aux enseignants d'Adolphe-Chérioux qui vous ont écouté, ils diront si le propos que vous avez tenu, ce matin sur RTL, les a satisfaits ou pas. Beaucoup plus anecdotique, beaucoup plus troublant (est-ce acceptable, d'ailleurs ?), deux ministres n'arrêtent pas, aujourd'hui par voie de presse, de se chicaner : Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, et Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice. Là non plus vous n'arrivez pas à mettre de l'ordre, Luc Chatel ?

Ah vous savez, Jean-Michel Aphatie, vous être un trop fin observateur de la vie politique depuis longtemps pour ne pas savoir que les échanges sur les prérogatives entre les ministres, les compétences du ministre de l'Intérieur et celui du ministre de la Justice, sont un peu consubstantielles à ces fonctions. Et je dirais qu'aujourd'hui, nous avons une coopération étroite entre police - justice qui n'a pas forcément été le cas pendant de nombreuses années. Vous savez ce qu'attendent les Français en matière de sécurité, c'est des résultats. Et on n'aurait pas les résultats que nous avons s'il n'y avait pas une coopération étroite entre la police et la justice.

Alors pourquoi ils se chamaillent les deux, là ?

Non, mais vous avez des prises de position... Attendez, Jean-Michel Aphatie, moi je veux bien parler de polémique. Ce que je pense qui intéresse nos concitoyens et les auditeurs de RTL, c'est de savoir, par exemple, qu'en 2009 ça a été la septième année consécutive où la délinquance a chuté ; et s'il n'y avait pas une bonne entente sur le terrain entre la police et la justice, eh bien on ne serait pas arrivé à ce résultat. On n'aurait pas baissé de douze points, par exemple, le taux d'élucidation des crimes et délits. Donc, c'est ça que je veux retenir et j'entends d'ailleurs que Brice Hortefeux et Michèle Alliot-Marie ont indiqué, hier soir, qu'ils étaient totalement mobilisés au service de la sécurité des Français.

A la base, ça marche ! mais au sommet, ça ne marche pas ! Luc Chatel, on verra si les enseignants d'Adolphe-Chérioux auront été satisfaits ou pas de ces propos, ce matin, sur RTL. Bonne journée.  


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