Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 23/08/2011 à 11h42

Dominique Strauss-Kahn. / AFP
Le procureur de New York, Cyrus Vance, a annoncé à Nafissatou Diallo et à son avocat que l'ensemble des charges retenues contre Dominique Strauss-Kahn étaient abandonnées. L'entretien, qui s'est déroulé au bureau du procureur, n'a duré que quelques minutes. L'avocat de Nafissatou Diallo, Me Kenneth Thompson, dénonce un déni de justice. "Le procureur de Manhattan Cyrus Vance refuse le droit à la justice d'une femme victime d'un viol", a-t-il déclaré à la presse. "Il n'a pas seulement tourné le dos à une victime innocente mais aussi aux preuves physiques et médicales", a déclaré l'avocat. "Si le procureur de Manhattan, qui est élu pour protéger nos mères, nos filles, nos sœurs, nos femmes et nos proches ne prend pas leur défense quand elles sont violées ou victimes d'agressions sexuelles, alors qui va le faire ?", a t-il conclu, amer.
Un court entretien
Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse "DSK" de lui avoir fait subir une relation sexuelle forcée le 14 mai à l'hôtel Sofitel de Manhattan, a été reçue une dizaine de minutes dans le bureau du procureur. Mme Diallo, gilet gris et pantalon noir, piercing à la narine droite, est restée silencieuse à sa sortie du bureau du procureur, alors que son avocat, Kenneth Thomson, dénonçait un déni de justice devant les dizaines de journalistes présents.
Le procureur, à l'origine de la spectaculaire arrestation de DSK le 14 mai, avait, un mois et demi après, émis des doutes sur la crédibilité de son accusatrice, et sa capacité à convaincre un jury. Il avait expliqué qu'elle avait menti à plusieurs reprises aux enquêteurs sur son passé et sur ce qui s'était passé tout de suite après les faits présumés. Elle avait également longtemps refusé d'admettre une conversation téléphonique -enregistrée- où elle aurait évoqué le 15 mai avec un ami emprisonné la fortune de M. Strauss-Kahn.
Dans une étonnante interview télévisée fin juillet, la jeune femme, illettrée, avait elle même reconnu des erreurs. Mais elle avait assuré qu'elle disait la vérité, en racontant les larmes aux yeux et avec force détails l'agression dont elle aurait été victime le 14 mai.
Une condamnation au pénal ne peut être obtenue à New York que par un jury unanime, convaincu "au delà du doute raisonnable". Si le juge acceptait mardi une motion d'abandon des charges de la part du procureur, ce qui selon les experts est hautement probable, Dominique Strauss-Kahn, 62 ans, serait libre de quitter immédiatement les Etats-Unis.
Le formidable bras de fer judiciaire, qui oppose depuis trois mois l'ancien patron du FMI et une femme de chambre guinéenne du Bronx, pourrait ainsi trouver son épilogue sans que l'on sache jamais ce qui s'est passé dans la suite 2806 du Sofitel.
La fin de la procédure pénale ne met cependant pas un point final à l'affaire aux Etats-Unis. Les avocats de Nafissatou Diallo ont en effet lancé au début du mois une procédure civile devant un tribunal du Bronx pour obtenir des dommages et intérêts après l'agression "violente et sadique" contre leur cliente.
La suite du feuilleton en France
Dominique Strauss-Kahn est désormais libre de revenir en France quand bon lui semble. Mais si les poursuites sont abandonnées contre lui à New York, l'enquête préliminaire ouverte en France après la plainte pour tentative de viol de la romancière Tristane Banon continue mais se heurte à l'absence de preuve matérielle.
Nafissatou Diallo, l'accusatrice de Dominique Strauss-Kahn pour agression sexuelle à New York, va par ailleurs déposer plainte en France mardi pour tentative de subornation de témoin contre un adjoint au maire de Sarcelles, a-t-on appris lundi auprès de l'avocat Me Thibault de Montbrial.

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