Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 24/05/2010 à 09h25 - Mis à jour le 24/05/2010 à 15h27

Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois, dans les studios de RTL / La rédaction de RTL
Claude Dilain répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Il fait partie des quarante-quatre maires, de toutes les sensibilités politiques, qui appellent le gouvernement dans une "lettre à ceux qui ignorent les banlieues" à se mobiliser concrètement en faveur des banlieues "les plus difficiles".
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Claude Dilain.
Claude Dilain : Bonjour.
Vous avez fait paraître dans le "Journal du Dimanche", ce week end, une lettre à ceux qui ignorent les banlieues. Une cinquantaine d'élus l'ont signée, des élus plutôt de Gauche, on ne compte sur la liste qu'un seul élu UMP. Pourquoi avez-vous souhaité faire paraître cette lettre, Claude Dilain ?
Parce qu'il y a un certain nombre de faits, pas de sensations, de faits qui montrent que de nouveau, le problème des banlieues disparaît du débat national. A l'évidence - c'est une évidence - on ne parle des banlieues que lorsque ça brûle. Là maintenant, ça ne brûle pas et espérons que ça ne brûlera pas, mais il y a un certain nombre de faits. Par exemple, demain, le Premier ministre va installer le Conseil national des villes. Il a mis plus d'un an à installer ce nouveau conseil national des villes.
S'il avait mis un an à installer la Halde, là il y a eu un problème sur la Halde avec le nouveau président, on ne l'a pas réglé en un an, si là on avait mis un an, on aurait : eh bien, le gouvernement s'en fiche de la discrimination. Il met un an pour installer une nouvelle Halde. Eh bien, là c'est pareil. On a toute une série d'indicateurs qui montrent qu'à nouveau le débat sur les banlieues a disparu du débat national.
Les banlieues, c'est divers. Parfois, des ministres expliquent - alors, est-ce qu'ils disent la vérité ou pas ? - que des cités sont détruites, que des lieux de vie sont reconstruits, que de l'argent de manière importante d'ailleurs, est attribué à des associations pour mener des activités. Alors, est-ce qu'un travail est fait dans certaines banlieues et pas dans la vôtre ou bien est-ce qu'aucun travail n'est fait dans les banlieues, d'après vous, Claude Dilain ?
Non, non, le renouvellement urbain est plutôt positif, en tous les cas dans ma banlieue, mais je crois dans l'immense majorité des banlieues. Mais il faut arrêter aussi avec ce débat : est-ce qu'il faut faire de l'urbain ou de l'humain ? Bien entendu, un enfant de CM2 vous dira : "Il faut faire les deux". Or, ce n'est pas toujours ce qu'on fait. On ne fait pas toujours les deux.
Qu'est-ce qu'on fait ? Beaucoup plus de rénovation d'appartements par exemple ?
Oui, mais il faut le faire...
Il faut le faire.
... Il ne faut pas cracher parce que c'est très important mais néanmoins, ce n'est pas suffisant. Il faut aussi s'occuper de la population qui vit dans ces appartements. Les mettre dans des logements dignes et respectables, ce qui n'était pas le cas avant, c'est une chose importante qui coûte très cher effectivement, qu'il faut faire ; mais on ne peut pas s'arrêter là. On est très inquiet, et c'est le deuxième signe qui nous a inquiété, lorsqu'on dit : on va geler les dépenses sociales, lorsqu'on dit, on va geler les dotations aux villes, eh bien, évidemment, tous les mécanismes de solidarité vont certainement être gelés eux aussi, voire même diminués.
C'est difficile de demander de la solidarité en période de croissance parce que bon, c'est vrai, quand on a un porte monnaie, on n'a pas envie de donner aux autres mais qu'en période de crise et de restriction, on se dit : attention, nous les banlieues, qui ne vivons que de la solidarité des autres, on va être complètement oubliés.
Le gel auquel vous faites référence, Claude Dilain, c'est le gel des dépenses de l'Etat annoncé par le Premier ministre, il y a quinze jours, 2011. 2012, 2013, les enveloppes budgétaires n'augmenteront pas. Vous avez peur de faire les frais de cette situation et de voir des concours financiers que vous apporte l'Etat diminuer ?
C'est un peu plus qu'une peur. Un certain nombre de collectivités locales ont voté leur budget en déséquilibre. La ville de Sevran, la ville de Grigny, ont voté leur budget en déséquilibren comme le département de la Seine-Saint-Denis. C'est des choses qu'on répugne à faire quand on est maire parce qu'on n'est pas là pour le faire. Mais un grand nombre de maires nous ont dit : "Cette année, on l'a fait, on a voté un budget en équilibre mais très probablement l'année prochaine, on n'y arrivera pas".
Le Conseil national des villes que François Fillon installe demain est une bonne chose tout de même. Il va servir à quoi, d'après vous ? Qu'est-ce que vous en attendez ?
Ce serait une bonne chose s'il était écouté. C'est un endroit où des gens qualifiés, représentatifs, émettent des avis sur la politique de la ville, sur les lois, sur les projets de loi, sur les propositions de loi mais aussi peut s'auto-saisir sur un certain nombre de choses. Enfin, il est clair, par exemple, qu'avant 2005, le Conseil national des villes avait prévu les émeutes, alors on ne savait pas où et exactement quand ? Mais quand on regarde les avis que le conseil national des villes a donné, c'est évident ; et qu'est-ce qui nous avait alertés : c'était le gel des crédits de la politique de la ville.
Déjà ?
Déjà.
Et donc, ça veut dire : mêmes causes, mêmes effets ? Vous redoutez des émeutes ?
Oui, on redoute des émeutes, mais...
Mais vous les redoutez tout le temps, enfin je veux dire...
Oui. Premièrement, on les redoute tout le temps et puis, moi, je n'aime pas le chantage à l'émeute. Mais il y a quand même un certain nombre de chiffres qui devraient alerter la société française, avant même les émeutes. Enfin, est-ce qu'on peut accepter que 10% des villes les plus riches consomment 30% de toute la richesse des villes alors que les 10% des villes les plus pauvres ne consomment que 1%. Voyez, ces inégalités territoriales formidables, est-ce que ça, on peut l'accepter dans une république ou au fronton de chaque mairie où il y a "Liberté, égalité et solidarité".
Est-ce qu'on peut accepter que le taux de chômage des jeunes dépasse 40% ? Et pire ! Est-ce qu'on peut accepter sans rien dire ou en le disant simplement, le lundi matin que dans certaines villes il y a 70% d'abstentions lorsqu'on vote, est-ce que ça, ça ne doit pas interpeller la société française. Est-ce qu'il faut vraiment des émeutes ? Est-ce que ça, ce n'est pas suffisant pour dire : mais qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qui se passe ? Il y a 30% de votants, c'est normal ça ?
C'est évidemment anormal. Quoi faire ? Vous avez raison de poser la question. On a noté, je le disais tout à l'heure que la lettre que vous avez publiée dans le "Journal du Dimanche", est signée par des élus de Gauche pour la plupart. Christian Estrosi disait au "Grand Jury" - ministre de l'industrie, maire de Nice - lui aussi a des quartiers difficiles, que vous exagériez, que le gouvernement se souciait du problème des banlieues. Est-ce un débat Droite - Gauche, aujourd'hui les banlieues, Claude Dilain ?
Non, non ce n'est pas un débat Droite - Gauche, aussi bien dans l'association des maires villes et banlieues qu'au conseil national des villes. Il y a très peu de clivages Gauche - Droite, il y a là effectivement peu de maires de Droite, un seul maire UMP, mais beaucoup de Nouveaux Centres qui ont signé. Mais c'est conjoncturel, le débat est ailleurs, il est dans la solidarité.
Je vous posais aussi la question, parce que si on écoute le programme du Parti socialiste, par exemple, enfin les responsables, ils ne parlent pas souvent de la banlieue non plus ?
Non, mais je dois faire aussi ce travail au sein du Parti socialiste. Cela dit, je constate objectivement que la plupart des outils qu'on a mis à la disposition des maires de banlieue dans le cadre de ce qu'on appelle la politique de la ville, sont quand même issus d'un gouvernement de Gauche.
Si la rigueur financière s'impose à un gouvernement de Droite aujourd'hui, si la Gauche remportait les élections à venir en 2012, elle serait aussi confrontée à une rigueur financière parce qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses ?
Je ne changerais pas de discours, bien entendu, mais j'espère être plus écouté.
Là, quelle va être votre démarche, aujourd'hui : tenter de faire signer votre lettre à plus de maires encore que ça n'est le cas jusqu'à présent ?
Oui, j'espère qu'effectivement, on va dépasser largement les 50. Je pense qu'on peut aller beaucoup plus loin ; et puis, demain, il y a donc l'installation du Conseil national des villes. Je pense que ça sera l'occasion de dire au Premier ministre qui en est le président, toute l'inquiétude que nous avons.
On avait noté, le 12 avril dans "Le Monde", déjà une Lettre que vous aviez signée "J'ai honte", disiez-vous ?
Oui.
Ca n'a pas eu beaucoup d'effet ou ça a eu de l'effet ?
Ca a eu de l'effet médiatique ; mais à part la compassion et les bons sentiments, ça ne va pas toujours au-delà.
Claude Dilain, maire socialiste de Clichy-sous-Bois - c'est pas facile Clichy-sous-Bois à gérer sans doute -, mais nous étions heureux de vous accueillir ce matin sur RTL. Bonne journée.
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