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Créé le 01/02/2010 à 11h00 - Mis à jour le 01/02/2010 à 13h14

Laurent Fabius sur RTL le 1er février 2009 / La rédaction de RTL
Le député socialiste de Seine-Maritime répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Laurent Fabius a estimé que les propos de Georges Frêche à son égard avaient "évidemment un caractère antisémite" et venaient de quelqu'un "qui n'en est pas à son premier dérapage". L'ancien Premier ministre, resté très discret jusqu'à maintenant, a confié n'avoir "pas bien" réagi aux déclarations du président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, qui a dit de lui qu'il avait une "tronche pas catholique". Il précisé qu'il ne porterait pas plainte personnellement contre Georges Frêche. Il a tenu à "remercier les très nombreuses personnes qui (lui) ont exprimé leur soutien" pas seulement au PS mais aussi dans la majorité.
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurent Fabius.
Laurent Fabius : Bonjour, Jean-Michel Apathie.
A votre propos, Georges Frêche, président de la région Languedoc-Roussillon, a dit ceci : "Voter pour ce mec en Haute-Normandie, me poserait un problème, il a une tronche pas catholique". Comment avez vous ressenti cette phrase, Laurent Fabius ?
Ben, pas bien, vous pouvez l'imaginer. Moi, je suis resté très sobre dans mes commentaires jusqu'ici, parce que ce n'est pas du tout un différent individuel, c'est une question de principe. Je vais rester sur le même ton de sobriété. Mais ces propos ont évidement un caractère antisémite. Et ça ne vient pas de n'importe qui, ça vient de quelqu'un qui est cultivé, qui a des responsabilités importantes, et qui n'en n'est pas à son premier "dérapage". Vous vous rappelez qu'il y avait eu ces propos sur les Noirs, qui étaient trop nombreux en équipe de France, sur les Harkis qui étaient des "sous-hommes". Maintenant, telle personne, en l'occurrence moi-même qui a des origines juives, "il n'a pas une tête, enfin, une tronche catholique".
Pas de doute pour vous, c'est antisémite ?... Les propos sont antisémites ?
Les propos ont un caractère antisémite. Sinon les mots n'ont pas de sens.
Ceci fait un peu débat. Je voudrais juste vous citer une lettre que Georges Frêche a rendu publique qui lui a été envoyée par Gérard Depardieu : "Combien de fois, ai je entendu, écrit l'acteur, dire par mon père, que cette famille n'a pas l'air catholique". Vieille expression française, c'est aussi la défense de Georges Frêche.
Oui, bien sûr, j'ai entendu d'autres commentaires dans le même sens. Mais là, venant de quelqu'un qui maitrise tout à fait ses termes, et qui n'en n'est pas à son premier dérapage de ce type, je crois qu'il n'y a pas d'ambiguïté. Gérard Depardieu c'est un homme très sympathique, je crois d'ailleurs qu'il a des vignes dans cette région, cette magnifique région du Languedoc-Rousillon...
Ce qui une manière de laisser sous entendre que sa lettre est commandée par d'autres considérations...
Non, pas du tout, pas du tout. Moi je l'admire beaucoup comme acteur, mais là, ce n'est pas son meilleur emploi.
Vous dîtes : "Ca n'est pas le premier dérapage de Georges Frêche". On a beaucoup reproché au Parti socialiste en décembre de ne pas avoir investi face à Georges Frêche, une liste des candidats, et d'avoir mené un double jeu, d'avoir tenu un double discours. Regrettez-vous de ne pas avoir fait le ménage avant, ou que la direction du parti socialiste n'ait pas le ménage avant ?
Ecoutez, je crois que la première fois, où il y a eu un dérapage, Georges Frêche a été suspendu. La deuxième fois, exclu. Et bien cette fois-ci, il y a une liste qui lui sera opposée.
Ca n'est pas tout à fait ce que je voulais dire. En décembre, la presse a beaucoup noté que la direction du parti socialiste avait tenu un double discours. Est ce que vous le regrettez maintenant ?
On a reproché au parti socialiste ses hésitations sur les principes, en tous cas maintenant, ce reproche ne peut plus lui être fait. Parfois, dans le passé, sur différents sujets d'ailleurs, y a des reproches qui ont été faits au parti socialiste. Là, par la bouche de Martine Aubry, et de beaucoup d'autres dirigeants, il a répondu d'une façon extrêmement clair. Et comme il s'agit d'une affaire de principe, je pense que le parti socialiste a raison. Et je voudrais à ce propos, remercier non seulement, vraiment, les très très nombreuses personnes qui m'ont exprimé leur soutien, au parti socialiste bien sûr, mais partout, et notamment dans des partis qui sont actuellement majoritaires. Et évidement, je suis très sensible à cela.
Des gens de l'UMP par exemple vous ont écrit.
Bien sûr en particulier, de l'un de mes successeurs, monsieur Rafarin qui m'a beaucoup touché.
Monsieur François Fillon ou le président de la République, ne se sont pas manifesté ?
Non, mais je pense que leur sentiment n'est pas en cause.
Un risque existe de perdre la région Languedoc-Roussillon pour la gauche, s'il y a une division ?
Je ne sais pas. Je ne sais pas. Mais à partir du moment où tous ceux qui ont le coeur à gauche, ou écologiste et qui ne veulent pas que le choix soit entre monsieur Frêche ou l'extrême droite. Tous ceux là, s'ils se rassemblent, comme nous le souhaitons, et bien, on pourra à la fois garder ces principes et avoir une région à gauche.
Si ce sont des principes qui sont en cause Laurent Fabius, s'il y avait un deuxième tour UMP-Frêche, vous n'auriez pas de doute, vous voteriez pour l'UMP ?
Je ne me place pas dans cette situation excessive.
Si ce sont des principes qui sont en cause ?
Oui, mais ne nous plaçons pas dans cette situation-là.
Mais ça peut se produire ?
J'espère que non. Jespère que non. On va travailler pour ça.
Je vais poser ma question autrement. Entre la victoire de Georges Frêche, que vous tenez pour auteur de propos antisémites, et la victoire de la droite qui est républicaine, qu'est ce que vous préféreriez ?
En tous cas, moi je ne peux pas cautionner ce genre de propos, voilà.
Et vous ne voulez pas répondre à ma question ?...
Mais si, écoutez chacun aura compris. Je suis un responsable politique, en l'occurrence mis en cause sur des questions de principe, je veux qu'on travaille pour ce choix ne soit pas à faire. La région Languedoc-Roussillon, peut avoir, doit avoir un président, ou une présidente en l'occurrence de gauche.
Samedi, vous avez dit l'incident n'est pas clos. Envisagez-vous, par exemple, de porter plainte, Laurent Fabius ?
Non, non parce que nous sommes sur le terrain d'un différent de principes qui est soutenu par le parti socialiste. Ce n'est pas une question personnelle.
Deux mots de l'affaire Clearstream. Michelle Alliot-Marie, ministre de la Justice, a dit hier que le Procureur Marin, qui avait fait appel, n'avait "reçu ni instruction, ni incitation". La croyez vous ?
Je ne crois pas que ce soit la réalité. Un peu plus de deux mots, si vous le permettez. Ca va nous changer de terrain.
Bien sûr, allons-y.
Il y a un tableau au Prado à Madrid, un tableau de Goya qui est absolument superbe qui montre deux combattants dans la boue. Et chacun a un gourdin. Ca s'appelle en espagnol : "Le combat de ceux qui ont un gourdin". Et on voit deux hommes dans la boue, on ne distingue plus leurs visages, et on voit simplement qu'ils sont dans un combat acharné avec une férocité ténébreuse. Et bien, pour moi c'est ça, l'affaire Clearstream. Maintenant par rapport à la question que vous posez. Bon, je crois que la décision qui a été rendue, est une décision juste. Il y a eu un appel. Alors, on s'interroge : est ce l'appel a été téléguidé ou pas. Moi j'ai eu un pressentiment, qu'il allait y avoir cet appel. Je vous renvoie à la chronologie. Au moment où l'on a su que monsieur de Villepin était relaxé, il y a eu une déclaration de l'Elysée, du président de la République disant : "Je prends acte de cette décision, et je renonce à faire appel".
Il avait le droit pour les indemnités...
Et tous les juristes ont été extrêmement surpris par cette déclaration, parce que personne n'imaginait que le président de la République allait faire appel. Et moi, à ce moment là, je me suis dit : est ce que ce n'est pas ce dédouaner préalablement de ce qui va être fait dans quelques heures.
Dominique de Villepin est il victime d'une injustice ?
En tous cas j'ai l'impression que c'est un acharnement total.
Pas d'injustice ?
Et du coup ça a deux considérations..
C'est autre chose, nous connaissons tous deux les français. Acharnement est une chose, injustice en est une autre.
Moi je pense que la Justice a été rendue en première instance. Alors il y a deux conséquences à en tirer plus général. Une conséquence sur le passé. Je vous rappelle que monsieur Sarkozy a voulu être élu sur le thème d'une république impartiale, on voit ce qu'il en est. Et pour le futur, je rejoins ce qui dit Alain Duhamel. Ca veut dire que donner plus de pouvoir aux procureurs, moins aux juges d'instructions et continuer à faire dépendre le Procureur du Parquet, à ce moment là, monsieur De Villepin, n'aurait même pas droit à la première instance.
Le débat sur les retraites va beaucoup nous occuper, Laurent Fabius. Xavier Darcos, ministre du Travail, hier au "Grand Jury" : "L'âge de 60 ans est sorte de curseur qui fait que ça encourage les salariés à partir, ce qui explique le faible emploi des séniors. Il faudra toucher à ce curseur là".
Il y a un désaccord clair entre la gauche et la droite là dessus.
Conservateurs, la gauche ?
Non pas du tout. Défenseurs de la justice...
Malgré les déficits ?
Pour les gens qui ont commencé à travailler très tôt, qui ont des métiers pénibles, il est normal qu'ils puissent partir tôt en retraite. Pour les gens, qui ont, comme vous, comme moi, des métiers plus faciles, ils partiront effectivement plus tard, mais le droit, je dis bien le droit, doit rester à 60 ans.
Laurent Fabius, visiteur du Prado, était l'invité de RTL. Bonne journée.

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