
Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a démenti être titulaire d'un compte en Suisse
Crédit : AFPCrédit : Bernard Poirette
Bernard Poirette : Bonjour, Laurent Fabius.
Laurent Fabius : Bonjour, Bernard Poirette
Vous avez déclaré au cours de votre tournée au Proche Orient, je vous cite "Bachar el Assad, ne mériterait pas d'être sur la terre".. Est-ce un appel à son élimination physique ?
Écoutez je sortais de la visite d'un camp de réfugies, vous avez entre la Jordanie, le Liban et la Turquie au moins 30.000 réfugiés, auxquels il faut ajouter l'Irak, dans des conditions absolument épouvantables. Et ce que j'ai entendu, ce que j'ai vu montre que ce régime est absolument inhumain. C'est ce que j'ai voulu dire, il y a une inhumanité du régime. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si l'ONU vient de déclarer que le régime était couple de crimes contre l'humanité.
Et ça m'a vraiment bouleversé, quand vous voyez des femmes, des enfants, des tous petits enfants, qui sont laissés, enfin la Jordanie, le Liban, la Turquie s'en occupent. Mais ils sont là, sous le soleil, il fait 50°. En Jordanie, il n'y a pas d'électricité, il n'y a pas d'eau. Ils sont là depuis des mois et des mois, et tout ça parce que Monsieur Bachar El Assad a décidé de rester au pouvoir contre son peuple. C'est un massacreur de son peuple, il n'y a pas d'autres termes.
Et donc, vous avez embrayé également en disant que le régime syrien doit être abattu rapidement, mais comment, en armant les insurgés ?
Alors, il y a trois séries d'actions que l'on doit mener en même temps, et la France est aux avant-postes. Il y a d'abord et c'était le sens de ma visite, l'action humanitaire, parce qu'il y a une centaine de milliers de gens qui sont réfugiés, et on va prolonger ça, puisque le 30 août aux Nations Unies, la France a convoqué une réunion spéciale du Conseil de Sécurité, sur ces questions humanitaires. Et nous sommes en première ligne, bien sûr avec d'autres.
Il y a l'action politique, et là, il y a toute une série de contacts qui sont pris. Malheureusement à l'ONU ça n'a pas débouché à cause de l'attitude de la Russie, et de la Chine. On continue par différents canaux de bâtir à partir de la volonté des Syriens, un gouvernement alternatif d'opposition extrêmement large et puis il y a l'action militaire.
Il y a des pays qui apportent des armes au régime, la Russie, l'Iran. Il y a des pays qui apportent des armes à l'opposition, essentiellement des pays arabes. Nous nous sommes liés par notre embargo sur les armes, mais nous apportons tout de mêmes ce qu'on appelle les équipements non-letaux, c'est à dire des jumelles spéciales de vue la nuit, des équipements de communications.
Alors la grande question qui se pose, c'est évidement comment éliminer les attaques aériennes, c'est ça qui en ce moment, fait des dégâts épouvantables. Et là, la crainte que tout le monde a, c'est que si des armements forts sont livrés, puissent tomber dans des mains adverses. Donc, il y a toute une série des discussions sur ce point, voilà.
Vous venez de le dire, la diplomatie onusienne se heurte au veto russe et chinois permanent. Est-ce que vous souhaitez, vous, pouvoir trouver un moyen d'intervenir directement, en dehors d'un mandat de l'ONU.
La position de la France, est qu'on ne peut intervenir dans un conflit qu'à partir d'un mandat international que ce soit le mandat de l'ONU, que ce soit le mandat de l'OTAN. Ça c'est une position constante de la France. Maintenant, c'est vrai que si le conflit dure, je vous en dirai un mot dans un instant, se pose et se pose déjà le problème de "no fly zone", c'est à dire, les zones d'exclusions aériennes.
Simplement là-bas, c'est beaucoup beaucoup plus compliqué que ce qui a été fait en Libye. D'abord parce que les forces de Bachar el Assad en matière aérienne et anti-aérienne sont très puissante. Ensuite, parce qu'il y a l'environnement géographique. Et puis parce qu'il y a ce blocage, il n'y a pas de base internationale, de base de légalité internationale. Enfin, on est en train d'y réfléchir, avec les Anglais, les Américains, les Allemands . Sur la durée du conflit, toute journée qui passe est dramatique...
Il y a eu 100 morts dimanche
On se sent responsable, on va vers les 25.000 morts, on va vers une tragédie épouvantable. Et on essaye de le serrer au coup, si je puis dire, par tous les canaux possibles. Et en particulier, il y a canal qui paraît parallèle, mais qui n'est pas parallèle du tout, c'est le canal financier.
Songez que la guerre lui coûte 1 milliard d'euros par mois, il a de moins en moins de réserves, on a compté qu'il n'en n'avait que pour quelques mois, sauf appui de la Russie et de l'Iran, c'est la raison pour laquelle il y a aussi des discussions qui doivent être menées au moins avec la Russie, parce qu'avec l'Iran les discussions sont épouvantablement difficiles, on le voit sur le nucléaire.
Est ce que selon vous, les défections au sein dur régime syrien, peuvent accélérer la chute du régime.
La réponse est oui. Vous avez déjà eu des défections considérables. Songez que le premier ministre la semaine dernière a fait défection. Imaginez ce que c'est, même si c'est en Syrie, le rôle d'un premier ministre. Il est en Jordanie, il a fait déjà un certain nombre de révélations sur la nature du régime, révélations d'ailleurs abominables. Et on évoque d'autres défections.
Un avion d'Air France s'est détourné mercredi vers Damas, au lieu de Beyrouth, où il y avait des manifestations. Et la compagnie assure que ça s'est fait en accord avec la cellule de crise du Quai d'Orsay. Est ce que c'est une bévue majeure et dangereuse. Comment l'expliquez-vous ?
Il se trouve que j'étais en Jordanie au moment où j'ai appris ça, et j'étais inquiet sur le moment, parce qu'imaginez, si l'avion devait se poser à Beyrouth, il y a eu des difficultés à Beyrouth, et donc finalement après envisagé Aman, Larnaca, ils sont allés sur Damas. Se poser à Damas, c'était exposé la sécurité des gens qui étaient à l'intérieur de l'avion. A l'intérieur de l'avion, il y avait notamment des personnes du Liban, qui étaient recherchées par le régime syrien.
Donc, c'était extrêmement dangereux, je ne veux pas faire de cet incident, un incident plus grave qu'il n'es. Je sais bien, je le répète, que dans ces circonstances, les décisions sont compliquées à prendre, mais en plein conflit se poser à Damas, vous conviendrez avec moi, que ça n'était pas la décision la plus pertinente. Et je suis diplomate en disant ça.
Une dernière question Laurent Fabius. En France, Jean-Luc Melenchon disait hier que le bilan des 100 premiers jours de François Hollande, je le cite, se résument à "presque rien". Bon, bien sur, vous n'êtes pas d'accord avec lui, qu'est-ce que vous avez envie de lui dire ce matin ?
Que Monsieur Melenchon, a l'air d'être revenu de vacances au Venezuela plein d'énergie, mais je pense qu'il serait plus utile que cette énergie soit positive...
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10/04/2013 - 09h48
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