POLITIQUE

La réforme de tous les dangers

Créé le 13/04/2010 à 07h22 - Mis à jour le 26/05/2010 à 13h37

Alain Duhamel

Alain Duhamel / La rédaction de RTL

Les consultations sur la réforme des retraites ont commencé. Eric Woerth, nouveau ministre du Travail, a reçu lundi les représentants des syndicats et du patronat. Le Conseil d'Orientation des Retraites rendra publiques mercredi ses évaluations financières. Le gouvernement prend-il des précautions ? La chronique d'Alain Duhamel. Il a intérêt à bien réfléchir parce que - vous vous rappelez ce que disait Michel Rocard, quand il était premier ministre de François Mitterrand : "la réforme des retraites peut faire sauter 20 gouvernements !". 20, il exagère. Mais 1 ou 2, c'est possible. Évidemment, quand on regarde les réactions des Français, dans un premier temps, on se dit : "Au fond, il y a beaucoup de bon sens". Il y a, dans le sondage RTL rendu public hier, 80% des Français qui considèrent qu'il faut une réforme des retraites. En apparence, c'est beaucoup.

Il est vrai que l'on se dit qu'à partir du moment où l'espérance de la durée de retraite passe de 5 ans à bientôt 20 ans, et où il y a encore presque deux cotisants pour un retraité, mais qu'ensuite, il n'y en n'aura plus qu'un pour un retraité, il faut changer. Ce qui est frappant, c'est que, dès qu'on entre dans les modalités, on voit que personne n'est plus d'accord.

Si on demande aux Français s'il faut élever l'âge de la retraite - passer, par exemple, de 60 à 62 ans - ils sont contre. Ils sont contre à une nette majorité. Si on leur demande s'il faut allonger la durée de cotisations - par exemple : 42 ou 43 ans - même réaction. Ils sont contre. On dit, à ce moment-là, qu'il y a des ressources financières possibles : on peut taxer les revenus financiers, les stock-options, pourquoi pas la participation et l'intéressement ou augmenter les cotisations, ou augmenter la CSG, ou bien mettre sur pied un prélèvement exceptionnel sur les hauts revenus, comme c'est maintenant envisagé.

Mais l'ennui, c'est que le gouvernement, visiblement, n'a pas du tout cette position, et qu'il considère qu'augmenter les prélèvements est un frein à la croissance. Donc, c'est plus de chômage et donc moins de recettes pour l'État. Il faut dire les choses comme elles sont : au début de ces discussions, personne n'est d'accord. Ni les syndicats, ni les partis politiques. Et l'idée selon laquelle il y aurait pu avoir une sorte de "pacte national" à propos de la réforme des retraites, est une billevesée.

Il faudra quand même, le moment venu, faire des choix et proposer des solutions ?

La question est celle du calendrier. Si on va vite, ça ressemblera à du passage en force. Si on va lentement, les positions, forcément, vont se cristalliser et cela deviendra une guerre de tranchées. Quand on regarde les choses, le gouvernement a visiblement opté pour tenter d'aller vite puisqu'avec un avant-projet dans un mois, un projet dans deux mois. Le projet de loi, en Conseil des ministres, dans trois mois. Et le vote au Parlement, dès la rentrée : c'est plutôt l'accélération que la lenteur.

Mais ça va être difficile parce que le gouvernement est très affaibli après les régionales. Parce que Nicolas Sarkozy est impopulaire, donc que sa marge d'action d'intervention est évidemment plus limitée. Parce que le MEDEF prépare son congrès. Parce que la CFDT prépare son congrès. Parce qu'il y a une fraction de la CGT qui pousse au durcissement absolu, comme on le voit à la SNCF, etc. C'est, aujourd'hui, une situation qui est difficile.

Et puis, il y aura ce facteur que l'on connaît bien, mais que l'on va pouvoir vérifier de près, et qui ne va rien faciliter : l'égalitarisme des français, donc le principe de comparaison devant toute réforme de la retraite. Entre le public et le privé, mais entre les femmes qui sont les grandes victimes du système de retraite actuel, et les hommes. Et entre les jeunes et les plus âgés. Moins on bouge, mieux c'est plus les plus âgés et plus mauvais pour les jeunes.

Pour Nicolas Sarkozy, cette réforme des retraites est cruciale ?

C'est le deuxième moment de vérité de son quinquennat. Le premier était économique : c'était au moment où le système bancaire a failli sauter. Le deuxième est social : c'est maintenant. Les choses sont extrêmement simples : ou bien il réussit cette réforme et peut essayer de rebondir. Ou bien, il la rate - ou il ne la réussit qu'à moitié - et à ce moment-là, la fin de son quinquennat est gâchée.
























Publicité

Publicité

Publicité