Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 14/02/2012 à 07h22

Alain Duhamel
VIDEO - On a tous vu les images des émeutes en Grèce. Elles sont impressionnantes. Ce n'est évidemment pas une bonne pu pour l'Europe. Est-ce qu'on peut dire que c'est un fait nouveau dans la campagne ? La chronique d'Alain Duhamel.
Les images grecques ne sont pas seulement impressionnantes. Elles sont surtout compréhensibles parce que ce qui est infligé aux Grecs, c'est à la fois injuste et inefficace.
Injuste, parce que leur pouvoir a déjà diminué d'en gros 25% en deux ans à peine ; et ils sont menacés, en réalité maintenant, d'une nouvelle diminution pratiquement équivalente. Ca ferait la moitié de leur pouvoir d'achat en cinq ans. Par dessus le marché, ça risque fort d'être inefficace puisqu'on est de moins en moins persuadé que les mesures qui sont prises en ce moment puisse réussir. Est-ce que c'est de la faute de l'Europe ? Non, ce n'est pas de la faute de l'Europe. Ce n'est pas l'Europe qui a triché sur les chiffres. Ce n'est pas l'Europe qui a 40% de son économie qui est parallèle, clandestine, c'est-à-dire illégale. Ce n'est pas l'Europe qui est incapable de mettre un système fiscal sur pied en Grèce. Et en revanche, c'est l'Europe à qui on demande l'argent.
Donc, il ne faut pas taper sur les Européens dans cette affaire-là. Mais reste que la tragédie grecque, parce que c'est à ça que ça ressemble aujourd'hui, va évidemment peser sur la campagne française et que la crise va prendre l'allure du cauchemar grec. Donc, il va y avoir une dramatisation de la campagne présidentielle française.
Et ça, c'est du pain béni pour les souverainistes ?
Pas du tout ! Pas du tout, parce que les Grecs refusent à juste titre qu'on leur impose de nouveaux sacrifices mais ils n'ont absolument pas envie de sortir de l'euro. Ils savent très bien que s'ils reviennent au drachme, ils auront une dévaluation qui sera de l'ordre de 50%. Ca veut dire que le prix de leur essence augmentera de 50% du jour au lendemain. Ca veut que tous ceux qui sont endettés, et la Grèce est un pays de tout petits propriétaires.
Tous ceux qui sont endettés verront leurs dettes augmenter de 50% du jour au lendemain. Comme, par dessus le marché, personne n'ira investir en Grèce, que les taux d'intérêts exploseront, ils savent très bien que c'est le contraire de la solution.
Et pour les autres candidats pro-européens, ceux-là, qu'est-ce que ça change ?
Ca complique parce que c'est évident que l'Europe est punie par là où elle a pêché, c'est-à-dire par sa lenteur à décider, par ses contradictions internes et qu'on sait très bien qu'aujourd'hui il n'y a que deux mauvaises solutions : ou bien on continue à mettre de l'argent en pensant que, au bout du compte, ça ne suffira pas, que ça ne servira à rien, et ce sont des centaines de milliards d'euros qui sont dépensés de cette façon là ; ou bien la Grèce sort de l'euro et à ce moment là, il y a un risque évident de contagion.
On en parlait dans le journal, Alain. Est-ce que Nicolas Sarkozy peut en profiter pour prôner des concessions, pour ne pas dire des reculs, en matière sociale afin que la France ne connaisse pas le sort de la Grèce ?
Mais pourquoi spécialement Nicolas Sarkozy ? Non. Tous les candidats à l'élection présidentielle. Un candidat à l'élection présidentielle ayant une chance, et l'envie évidemment, d'être élu doit se poser la question. On sait très bien qu'il va y avoir une augmentation des impôts, tout le monde le dit plus ou moins, sans préciser en règle générale et, en tout cas, toujours en édulcorant, mais surtout, il va falloir limiter les dépenses, diminuer les dépenses. Et ça, pour l'instant, personne n'explique comment mais ça s'imposera à tout candidat.
Et ça, ça veut dire, Alain, que le modèle social français, qui a toujours fait l'unanimité, pourrait être au cœur de la campagne ?
Le modèle social français n'a pas toujours fait l'unanimité. Les ultralibéraux le trouvent trop généreux et la gauche de la gauche ne le trouve pas assez généreux. Mais, globalement, on sait très bien que le modèle social français a été un formidable amortisseur de la crise mais que c'est un frein pour sortir de la crise. On le sait. Et la meilleure méthode, c'est la méthode danoise, qui consiste, avec un système très proche, à être plus souple.
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