Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 15/02/2012 à 18h08

Christian Vanneste est député du Nord, membre de la Droite populaire au sein de l'UMP / AFP / Archives, Denis Charlet
Le député UMP du Nord Christian Vanneste va-t-il être exclu du parti de la majorité présidentielle ? L'annonce pourrait en être faite mercredi prochain, lors d'un vote du bureau politique du parti majoritaire. L'intéressé a d'ores et déjà été suspendu de l'investiture UMP pour les prochaines Législatives, après ses derniers propos homophobes. Dans une vidéo diffusée le 10 février sur un site Internet, Christian Vanneste a qualifié de "légende" la déportation d'homosexuels en France durant la Seconde Guerre mondiale. "On ne peut que s'indigner, on ne peut qu'être choqués", avait réagi Catherine Michaud, secrétaire générale de GayLib, assimilant les propos du parlementaire à ceux de Jean-Marie Le Pen qualifiant les chambres à gaz de "point de détail". Pour elle, Christian Vanneste, membre de la Droite populaire au sein de l'UMP, "a toute sa place au Front National".
Avalanche de condamnations
"Le bureau politique, à l'unanimité, a condamné avec la plus grande force ces propos inacceptables, profondément choquants et intolérables. Nous avons pris la décision d'inscrire à l'ordre du jour de notre prochain bureau politique, mercredi prochain, l'exclusion de Christian Vanneste de l'UMP", a déclaré lors de son point presse hebdomadaire Jean-François Copé, annonçant également "la suspension immédiate de son investiture pour les Législatives".
"Afin qu'il n'y ait aucune ambiguïté, je vous indique qu'il y aura, dans sa circonscription, un candidat investi de l'UMP", a ajouté le numéro un du parti majoritaire.
Les nouvelles déclarations homophobes de Christian Vanneste ont provoqué une avalanche de condamnations, aussi bien à gauche qu'à droite. "En
tant que déléguée générale en charge des élections de l'UMP, je suis
favorable à lui retirer l'investiture de notre mouvement", a écrit Nadine Morano sur son compte Twitter.
Sur le même réseau social, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a pour sa part qualifié de "propos honteux" les déclarations de Christian Vanneste. "J'ai demandé son exclusion de l'UMP en bureau politique", a-t-il ajouté.
Dans un communiqué, Delphine Batho, porte-parole de François Hollande, candidat PS à l'Elysée, a jugé que les propos du député UMP du Nord étaient "non seulement homophobes mais aussi négationnistes".
Les propos de Christian Vanneste sont "une vraie bêtise", a estimé pour sa part le vice-président du Front national (FN), Louis Aliot.
"Art consommé de la déformation systématique des faits"
Christian Vanneste s'est exprimé dans une vidéo diffusée par le site Internet Liberté Politique (datée du 10 février), animé par une association chrétienne.
Interrogé au sujet de sondages indiquant qu'une majorité de Français est favorable au mariage homosexuel, le député du Nord répond que ce résultat est le fruit d'un "bourrage de crânes" dû au fait que les homosexuels sont surreprésentés dans le monde médiatique, ce qui leur permet de faire progresser leurs idées avec un "art consommé de la déformation systématique des faits".
"Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu une répression et la déportation qui a conduit à peu près à 30.000 déportés, mais il n'y en a pas eu ailleurs", a-t-il dit.
Qualifiant l'homosexualité de "refus de l'autre", Christian Vanneste cite à titre d'exemple "la fameuse légende de la déportation des homosexuels".
GayLib monte au créneau
"Une chose est claire, monsieur Vanneste n'a plus sa place à l'UMP. Il faut lui retirer son investiture à la législative du Nord et l'exclure immédiatement du parti de la majorité présidentielle", a réagi Catherine Michaud. "S'il avait tenu de tels propos à l'encontre d'une autre communauté de déportés, il s'en serait naturellement attiré les foudres", a ajouté secrétaire générale de GayLib.
L'historien Mickaël Bertrand, qui a dirigé un ouvrage collectif sur la question ("La déportation pour motif d'homosexualité en France", éditions Mémoire active), estime à 62 en France le nombre de "déportés qui ont été envoyés dans des prisons et des camps allemands en raison de leur homosexualité".
"Cela ne signifie pas pour autant que des centaines d'homosexuels français n'ont pas été déportés en tant que juifs, communistes et/ou résistants", écrit-il sur son blog.
(Avec dépêches)
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