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L'affaire du Quick hallal de Roubaix

Créé le 22/02/2010 à 07h22 - Mis à jour le 22/02/2010 à 11h17

Franz-Olivier Giesbert, journaliste

Franz-Olivier Giesbert, journaliste

Un restaurant Quick de Roubaix décide de passer au "tout hallal", et cela devient une affaire nationale ! La République est-elle en danger ? La chronique de Franz Olivier Giesbert Posée comme ça, la réponse est "non", évidemment. La société Quick est une entreprise privée, dans le centre commercial de Roubaix. Elle a le droit de vendre à ses clients ce que bon lui semble. Il n'empêche qu'on ne peut qu'éprouver un malaise, après sa décision de servir exclusivement, dans 8 de ses restaurants en France, de la viande halal, c'est-à-dire de la viande de bête saignée selon les rites islamiques.

Pourquoi ce malaise ?

Parce qu'on voit apparaître, derrière cette décision, le spectre du communautarisme. Les musulmans n'ont rien demandé. Beaucoup se fichent de manger halal ou pas. Tous sont pris en otage, dans cette histoire. Même si elle a sans doute réalisé une opération rentable, voire juteuse, Quick a rendu un bien mauvais service à la communauté musulmane, en nourrissant les soupçons de ceux pour qui l'Islam est une religion conquérante, sinon intolérante, qui ne supporte pas la cohabitation, fût-ce sur un plan de travail de fast-food. Comme si le son pur de la viande halal ne pouvait se mélanger à d'autres sangs impurs.

On ne dira jamais assez que le Coran célèbre dans plusieurs sourates la tolérance ou l'amour des autres, mais il n'est pas toujours appliqué à la lettre en terre d'Islam, où les autorités mènent parfois la vie dure aux chrétiens. Les musulmans modérés, ultra-majoritaires en France, ne se reconnaissent pas dans cette image, ni dans ces pratiques. La décision du Quick les y renvoie et les y enferme bien malgré eux.

Pourquoi alors Fadela Amara a-t-elle soutenu Quick ?

La Secrétaire d'Etat à la Ville a cherché à dédramatiser une affaire qui gêne tout le monde, et elle eu raison. Mais cette histoire montre bien que la République Française est en train de changer de nature. Je me demande si on ne peut pas parler de "pinchardisation". Quand Marie-Luce Penchard, ministre de la République - il est vrai, en campagne électorale - exalte sa préférence guadeloupéenne, ça ne choque même pas Nicolas Sarkozy qui lui renouvelle sa confiance.

Bref, nous avons mis du communautarisme dans notre vin rouge. Nous nous américanisons selon un modèle où les communautés continuent à vivre leur vie sans chercher à s'intégrer vraiment, sauf qu'en France nous n'avons pas le rêve américain ni un drapeau que l'on vénère !

Allons, chez nous, il y a quand même beaucoup de restaurants où l'on peut manger tout chinois, tout japonais, tout halal ou tout kacher !

Vous avez tout à fait raison mais, dans le cas du Quick de Roubaix, il s'agit d'une enseigne nationale qui, pour des raisons commerciales, se plie brusquement à des préceptes religieux. Au point que le maire socialiste de la ville, René Vandierendonck, n'a pas hésité à porter plainte pour "discrimination". On se dit qu'il fait un peu fort, ce Vandierendonck, mais quand on apprend qu'il pourrait autoriser l'ouverture d'un autre Quick, non halal, cette fois, de l'autre côté du centre commercial de Roubaix, on comprend mieux son émoi.

C'est cette société que l'on prépare pour nos enfants ! Une société où les enseignes nationales de restauration, de lingerie ou d'hypermarché auront des établissements spéciaux pour les catholiques, les protestants, les musulmans, les juifs, les animistes, les bouddhistes, les taoistes ou les laïcs ! C'est vraiment cette société que l'on veut, sans échange ni partage, dans un monde, pourtant, de plus en plus métissé. Franchement, je crois que Quick est allé un peu vite.




















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