Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 07/07/2008 à 07h50 - Mis à jour le 07/07/2008 à 14h00

Julien Dray / Cyrille Bernard - Abacapress pour RTL
Invité de RTL, Julien Dray est revenu sur la phrase de Nicolas Sarkozy estimant qu'on ne s'apercevait plus des grèves en France. "C'est une provocation, ce n'est pas plus grave qu'une fanfaronnade", a estimé le porte-parole du PS qui juge que le président "ne peut pas se comporter comme un chef de clan". Celui qui est aussi candidat au poste de premier secrétaire du PS a également apporté son soutien à Jean-Marc Ayrault, candidat à sa propre succession à la tête du groupe parlementaire socialiste.
Regardez la vidéo de l'entretien
A écouter aussi :
- Opposition et syndicats vent debout après la pique du Président sur la grève
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Julien Dray.
Julien Dray : Bonjour.
Vous avez semblé piqué par la phrase de Nicolas Sarkozy. Il a dit, samedi : "Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit". Et vous avez répondu, dimanche : "Rira bien qui rira le dernier !" Ca veut dire quoi ?
Ca veut dire que la phrase exacte de Nicolas Sarkozy, surtout ça provoque un immense éclat de rire.
Ah !
Donc, j'ai prolongé cette phrase par une boutade.
Ce n'était pas une menace ?
Non, non.
Vous n'avez pas déclenché ou appelé à une grève générale ?
Je n'ai pas ce pouvoir, monsieur Aphatie ; et heureusement d'ailleurs ! Mais je me suis posé la question, je vais vous dire, hier après-midi en me disant : est-ce que ça mérite une réponse ?
Ah, vous en étiez là !
Oui parce que j'ai bien compris, comme tout le monde, qu'il s'agissait d'une provocation, de ce qu'on appelle chez moi une fanfaronnade. On en a l'habitude avec le Président de la République. On peut regretter d'ailleurs qu'il n'ait pas compris que désormais Président de la République, sa parole a, je dirai, une certaine portée et que donc on ne peut pas se permettre de se comporter comme un chef de clan qui vient devant les siens, en disant : "Voyez, j'ai roulé les syndicats dans la farine. Les salariés qui sont en grève, ils ont fait ce que je veux". D'autant que, à la limite, on pourrait se dire : il a le droit de le faire s'il a de bons résultats sur le plan économique, si les choses s'améliorent ; mais ce n'est pas le cas, voilà. Donc, je l'ai pris sur le ton de la boutade et je crois que ça ne mérite pas plus.
Ce n'est pas plus grave qu'une fanfaronnade !
Voilà, ce n'est pas plus grave qu'une fanfaronnade, mais c'est un peu désolant de voir le Président de la République en être réduit à ce comportement.
C'est où chez vous, au passage ? Vous avez dit : chez moi, on appelle ça...
En Algérie, voilà... Donc, la Méditerranée... Voyez, les fanfarons, tout ça...
A la limite, polémique. Rapidement après la libération d'Ingrid Bétancourt, Ségolène Royal a déclaré avec, elle, un peu de gourmandise dans la voix : "Nicolas Sarkozy n'est absolument pour rien dans cette libération". Ca a suscité beaucoup de critiques, y compris des dirigeants socialistes, Jack Lang, un député socialiste aussi, Martin du Gers, a dit que ce n'était pas très bien de dire ça. Vous, Julien Dray, vous soutenez Ségolène Royal ou vous trouvez aussi que c'est un peu déplacé ?
J'ai une règle de base, si vous voulez. C'est quand une socialiste ou un socialiste est attaqué par ses adversaires politiques, je n'essaie pas d'acheter ma bonne conduite médiatique en l'enfonçant.
Même si ce socialiste dit une bêtise ?
Et si par hasard, ce socialiste a une phrase que je n'aurais pas eue, j'essaie plutôt de la défendre, corriger, pas de venir ici à la radio en essayant de la couler ou d'en rajouter. Et je trouve d'ailleurs que puisque nous sommes à la veille du Congrès du Parti socialiste et qu'il va falloir remettre de la cohérence comme on dit, que cela doit changer parce que je pense que dans les critiques qui nous sont faites notamment en nous disant : vous êtes inaudible, on ne vous entend pas, eh bien une bonne part de ces critiques, elles renvoient justement à cette discordance permanente qui fait que dès que le Parti socialiste dit quelque chose, il y a toujours un dirigeant socialiste qui vient dans l'heure d'après, dire l'inverse.
Là, Ségolène Royal, elle n'a pas eu raison de dire ce qu'elle dit ou elle a eu raison de dire ce qu'elle a dit ?
Quand on lit la déclaration dans son intégralité, on voit qu'elle salue la libération et qu'elle souhaite qu'il n'y ait pas de politique politicienne autour. Bon.
Et elle se félicite que Nicolas Sarkozy n'y soit absolument pour rien ?
Et on voit bien...
Ah, vous ne voulez pas dire le fond de votre pensée. Vous ne l'auriez pas dit comme elle quand même !
Je ne l'aurais pas dit comme cela mais ce n'est pas pour autant que j'aurais été me précipiter pour la dénoncer, ou pour l'interpeler ou pour en rajouter. Et les questions qu'elle pose sont, par ailleurs, des questions fondées parce que je pense qu'une fois l'émotion naturelle et je dirais tout ce qui s'est passé ces derniers jours, est passé, c'est normal que des dirigeants politiques posent la question de savoir : comment cette libération a été obtenue, dans quelles conditions ? On voit bien qu'il y a des informations qui ont été données notamment par la Suisse Romande, qui méritent débat et je crois que c'est ça qui fait aussi l'honneur d'une démocratie, c'est de faire la lumière sur tous ces événements.
Quand Jack Lang parle d'une rare mesquinerie à propos des phrases de Ségolène Royal, vous répondez quoi à Jack Lang ?
Je vous réponds que s'il faut changer les choses au Parti socialiste, en voilà une qui doit changer. Et je vous le dis honnêtement, si dans les semaines à venir, à l'issue de ce congrès du parti il y a une nouvelle direction et que comme, vous le savez, je postule au poste de premier secrétaire, ces choses-là changeront. Je considère qu'un dirigeant socialiste doit être solidaire de son Parti. Il doit parfois effectivement exprimer des divergences ou des différences mais si vous voulez, comment on peut avancer...
Et s'il n'est pas solidaire, qu'est-ce qui se passe ?
Eh bien, il n'est pas membre de la direction. Et à ce moment-là, il s'exprime à titre individuel. Mais à partir du moment où tout est dans tout, comme on dit et réciproquement, eh bien vous voyez bien qu'après personne ne peut comprendre ce qui se passe. Et c'est la zizanie permanente. Et donc, il faut que cela cesse.
Il se passe toujours quelque chose au Parti socialiste. Les députés socialistes sont appelés demain, à choisir leur nouveau président de groupe. Jean-Marc Ayrault occupe cette fonction depuis 1997, il est candidat au renouvellement de cette fonction et il a comme adversaire Arnaud Montebourg. Vous soutenez qui, Julien Dray ?
Je soutiens le président du groupe sortant parce que je pense qu'il a fait du bon travail. Ce n'était pas facile après la défaite de 2007. Il a donné d'ailleurs sa place à Arnaud, d'ailleurs Arnaud Montebourg le reconnaît puisqu'il a été notre porte-parole dans le débat constitutionnel. Il a permis à toute une génération de députés de s'exprimer. Il y a de la qualité dans le travail parlementaire fait par les députés socialistes, peut-être pas assez médiatisé. Mais je sais que nous avons été pugnaces et qu'à plusieurs reprises, notamment dans la bataille sur les OGM, c'est le groupe socialiste qui a été à l'initiative. Et ce n'est pas une opposition stérile, c'est une opposition basée sur des propositions. Il y a un travail sérieux qui est fait dans le groupe et je pense qu'il ne faut pas mêler les débats internes du Parti socialiste à la vie du groupe parlementaire. Donc, il ne faut pas faire de combinaisons, je dirais, en essayant...
Vous pensez que le congrès affecte cette présidence, cette bataille pour la présidence du groupe, c'est cela que vous voulez dire ?
Je pense que dans la précipitation de la candidature d'Arnaud, il y a une petite intention de congrès, oui.
Il ne s'est pas précipité. Il était déjà candidat l'année dernière ?
Voilà ; et donc, on aurait pu considérer qu'on continuait puisque le travail était bien fait.
Et en même temps, rien ne change au Parti socialiste. François Hollande est toujours premier secrétaire, Jean-Marc Ayrault est toujours président de groupe. Vous êtes d'un conservatisme terrible ?
Mais pourquoi vous voulez toujours changer quand ça marche.
Mais vous ne changez jamais. C'est peut-être pour ça qu'on veut toujours changer ?
Voilà. C'est quand même extraordinaire cet état d'esprit qui flotte : il faut changer pour changer. Bon, même quand les choses marchent. On a un groupe parlementaire qui marche bien, on a un équilibre qui a été trouvé. On a un responsable à la tête du groupe dont tout le monde loue quand même les capacités de rassemblement. Vous, n'avez pas vu de polémique à l'intérieur du groupe dans toute l'année qui vient de s'écouler sur je dirais des esprits partisans ou des choses comme ça. Par contre, il y a des choses qui vont changer. Vous l'avez noté. Il va y avoir un congrès. Il y aura des nouvelles directions du parti.
Et qui sait, peut-être un premier secrétaire du parti !
Et qui sait, peut-être un premier secrétaire.
Vous rêvez toujours ? On a l'impression que c'est un peu mal parti pour vous, quand même ? Je ne voudrais pas vous gâcher la journée mais...
Bon, vous voulez peut-être me gâcher la journée ; mais il en faudra plus pour cela. Je ne rêve pas. C'était un projet, pas personnel ; c'était un projet politique. Je pense, effectivement, que les choses ont beaucoup avancé si vous avez regardé avec le talent qui est le vôtre, ce qui s'est passé ces dernières semaines. Je sens simplement qu'il y a aujourd'hui un débat politique et qu'il faut le porter.
Voilà. Julien Dray, sans fanfaronnade, espère être le prochain secrétaire du Parti socialiste et c'était sur RTL, ce matin. Bonne journée.
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