Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 26/03/2008 à 07h32 - Mis à jour le 26/03/2008 à 11h24

Jean-Pierre Raffarin / AFP
Invité de RTL, Jean-Pierre Raffarin est notamment revenu sur la polémique autour de l'organisation des Jeux Olympiques en Chine. Pour l'ancien premier ministre, le boycott n'est pas la bonne solution car c'est "toujours un échec de la démocratie". "Il ne faut pas priver le peuple chinois de cette ouverture" explique-t-il. Au sujet de la politique du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin réfute le mot de "rigueur" et invoque "du sérieux".
Egalement interrogé sur la polémique autour de la nomination
de Georges-Marc Benamou à la tête de la Villa Médicis (La polémique Georges-Marc Benamou), Jean-Pierre
Raffarin a simplement précisé : "Les Mitterrandiens sont bien
traités".
Retrouvez la vidéo de l'interview
Bonjour Jean Pierre Raffarin.
Bonjour Jean Michel Aphatie.
Vous connaissez bien la Chine. Vous y allez
depuis maintenant de nombreuses années. Le premier mouvement devant la
répression sanglante des manifestations au Tibet par les autorités chinoises,
écrivait hier Alain Juppé sur son BLOG, c'est tout naturellement la révolte et
la condamnation. Etes-vous révolté, Jean Pierre Raffarin ?
Je suis très ému ; mais d'abord je vais vous dire une chose
en préalable. Je ne veux pas participer au bal des Hypocrites qui, aujourd'hui,
se déroule sous nos yeux.
Double hypocrisie. D'abord, tous ceux qui considèrent que finalement quand on a
choisi les Jeux de Pékin, c'était innocemment . Si on a choisi de faire les
Jeux Olympiques à Pékin, c'est parce
qu'on a une menace. La menace, c'est le nationalisme chinois. Et on veut pour
lutter contre le nationalisme chinois, l'ouverture de la Chine. Donc, ça c'est
un premier sujet. On savait très bien que la Chine n'était pas un modèle de démocratie
occidentale.
Les Jeux Olympiques, c'était pour démocratiser la Chine ?
C'était pour ouvrir la Chine sur le Monde ; car ce qui menace la Chine avec son 1 milliard
300 millions d'habitants, c'est le repli sur elle-même et le nationalisme qui,
hélas, est une menace pour le Monde. L'ouverture de la Chine, c'est pour nous une
sécurité. Et que la Chine
ait choisi deux événements occidentaux : les Jeux Olympiques et l'Exposition
Universelle pour exprimer sa force, ça va plutôt dans le sens d'un apaisement.
Deuxième hypocrisie : celle de Mme Royal qui va sur la Muraille de Chine ...
Je parle d'Alain Juppé, vous parlez de Ségolène Royal !
Ecoutez, franchement, vous avez entendu ça : elle va sur la Muraille de Chine, tout
de blanc vêtue parler ...
Il y a deux ans !
Non, c'était avant l'élection présidentielle.
Oui, il y a un an !
Mais c'est là-bas qu'il fallait parler du Tibet parce qu'on
en parlait déjà du Tibet. On va chercher la crédibilité en Chine ; et quand on
est en Chine, on fait des sourires. Et alors quand on est dans les grands
Hôtels parisiens, là on crie, voire on hurle.
Alain Juppé, hypocrite ?
Je dis clairement les choses. Aujourd'hui, moi je suis allé
en Chine très souvent depuis 76. J'ai appris une chose : on parle aux Chinois
en Chine. Il faut leur parler droit dans les yeux.
Ce qu'on ne fait pas aujourd'hui ?
Ce que le Président de la république a engagé avec une
lettre, cette lettre à son collègue
Président de Chine, c'est comme ça qu'il faut parler aux Chinois car les
Chinois se méfient toujours de la parole occidentale. La parole occidentale est
là-bas suspecte. Il faut donc, pour moi, prolonger ce qu'a fait le Président de
la république : envoyer un émissaire pour porter le message de la France.
Qu'est-ce que le message de la France ?
Le boycott c'est toujours un échec de la diplomatie. La
chaise vide, c'est un échec de la diplomatie.
Qu'est-ce que nous demandons aux Chinois ? Nous demandons
trois choses : le cessez-le-feu dans toutes les émeutes, premièrement.
Deuxièmement, la reprise du dialogue avec les amis du dalaï lama. Et
troisièmement, la liberté de circulation des journalistes pendant tous les Jeux
Olympiques. Nous avons trois demandes très précises. Pour qu'on puisse aller
vers un apaisement, il faut faire en sorte que cette demande arrive aux
dirigeants chinois, les yeux dans les yeux, et que cette parole vienne en Chine
et non pas de Saint Germain des Prés.
Donc votre conseil, Jean Pierre Raffarin qui connaissez bien
les Chinois, c'est qu'ils seraient sensibles à l'envoi d'un émissaire pour
porter le message présidentiel ?
Je pense qu'il faut préciser le message de la France et aller leur porter
directement. Ce n'est pas sur les plateaux de télévision occidentale que l'on
parle aux Chinois.
Vous feriez un bon émissaire, Jean Pierre Raffarin ?
Je pense que le Président du Sénat qui, prochainement, doit
aller en Chine, pourrait faire cet émissaire, si vous m'interrogez vraiment.
Monsieur Poncelet ?
Monsieur Poncelet, par exemple.
Il connaît les Chinois, lui ?
C'est au Président de la république de s'exprimer. C'est le
deuxième personnage de l'Etat, Monsieur Aphatie.
En tout cas, Nicolas Sarkozy n'a pas exclu, hier, justement
un boycott de la cérémonie d'ouverture. Il a tort de procéder comme ça, d'après
vous, Alain Juppé ?
Je pense que toutes les options doivent être ouvertes mais il faut bien dire
les choses clairement. Le boycott est possible mais pour moi, il n'est pas
souhaitable. Le boycott est un échec. Il faut surtout ne pas priver le peuple
chinois de cette ouverture que sont les Jeux Olympiques. Faisons très attention. Un jeune Français qui manifeste, il
ne risque rien pour sa vie. Un jeune Tibétain qui manifeste, il risque beaucoup
pour sa vie. Alors n'encourageons pas forcément à mettre nos amis du peuple
chinois de les mettre en danger.
Votre successeur à l'Hôtel Matignon, François Fillon, donne
une interview importante dans l'Express où il annonce que la Croissance sera moins
importante que prévu en France, et les déficits publics plus importants que
prévu. Pour dire la vérité aux Français, Jean Pierre Raffarin,
peut-on dire que la politique de rigueur revient ?
Je pense que le mot rigueur est inadapté ; mais c'est le mot
"sérieux". C'est vrai que François Fillon ...
Il est inadapté mais c'est le mot sérieux. Qu'est-ce que
vous voulez dire ?
Parce qu'aujourd'hui la situation est sérieuse. La situation
internationale est sérieuse. Les Etats Unis sont entrés en récession. Nous
avons une crise financière qui est très préoccupante. Je pense qu'elle n'est
pas achevée. Elle est peut-être même pas à sa moitié. Donc, nous sommes aujourd'hui
dans une situation où la crise va continuer de se développer : crise financière
et donc, récession aux Etats Unis. Et donc pour nous, un certain nombre de
difficultés. Pas des difficultés
extrêmes puisque grosso modo, la crise est d'abord financière et que les
entreprises françaises sont peu endettées. Mais naturellement, on risque
d'avoir, à la Bourse
par exemple, une situation globalement assez faible, durablement. Auquel cas,
nous avons une vraie situation de nos finances publiques, une vraie situation
de la Croissance
en France ; et le Premier ministre avec lucidité a reconnu cette situation.
Et donc, les baisses des Impôts promises, Nicolas Sarkozy en
avait promis beaucoup pendant sa Campagne, c'est fini ?
Je pense qu'en effet, il était urgent de pouvoir rétablir
les Finances Publiques, ce qui dans cette rentrée parlementaire me paraît très
importante.
C'est la priorité ?
C'est de bien clarifier les priorités. Pour moi, il y en a 3
:
- le rétablissement des Finances Publiques
- le rétablissement des Finances Sociales
- et la réforme du Code du Travail.
Et ça, vous n'appelez pas ça la rigueur ?
J'appelle ça du sérieux parce qu'il faut faire face à nos
échéances et notamment à celles de l'Union Européenne car il faut que nos
comptes publics soient bien orientés pour que la Présidence française
ait de l'autorité à partir du mois de juillet prochain.
La CFDT,
hier, a rejoint FO et la CGT
dans le refus de voir le nombre d'années de cotisations augmenter pour la
retraite. Elle devrait passer de 40 à 41 ans ; et maintenant, il y a un front
du refus syndical, ça vous inquiète Jean Pierre Raffarin ?
C'est assez préoccupant. Je crois qu'il faut prolonger la
discussion avec la CFDT
qui avait accepté cette échéance de 2008 pour le passage aux 41 ans. Ce sont
les conditions de ce passage qu'il faut négocier. Je pense que la négociation
est encore possible. Il faut discuter, re-discuter encore mais je pense qu'il
est nécessaire, au cours de l'année 2008, de passer à 41 ans.
Donc, il n'y a pas de négociations, alors ?
Mais si, mais il faut voir les conditions. Moi j'avais
négocié avec la CFDT
et ça avait marché. Nous avions négocié les carrières longues. Si aujourd'hui,
des gens partent à la retraite quand ils ont commencé à travailler Jeune à 14,
15 ou 16 ans, c'est grâce notamment à la CFDT qui s'est battue sur cette cause-là.
Et ça coûte très cher ; et on n'a sans doute plus les moyens
de refaire quelque chose comme ça ?
Mais c'est pour ça que la réforme des retraites était juste
et c'est pour ça que c'était possible.
Et vous êtes surpris de voir la CFDT rejoindre la CGT et FO sur cette
proposition ?
Je pense qu'il faut prolonger le dialogue avec la CFDT. On a besoin de la CFDT pour faire cette
réforme.
Vous aviez délassé le Lundi de Pentecôte, il était chômé, il
n'était plus férié ; puis, il va redevenir férié. Décidément, vous aviez pris
une mauvaise décision, Jean Pierre Raffarin ?
Je n'ai pas pris une mauvaise décision parce qu'un jour
férié, ça rapporte un peu plus de 2 milliards, 2 milliards 100 quand c'est
travaillé. Et donc, on a généré ainsi pour les personnes âgées, pour les
personnes handicapées ... -Figurez-vous que mes prédécesseurs socialistes
n'avaient pas financé l'allocation pour les personnes âgées, qu'ils avaient
créée mais ne l'avaient pas financée- ... grâce à cette journée de solidarité,
nous l'avons financée. Alors, moi j'avais montré comme ça qu'on ne finance le
Social que par le Travail. Maintenant, c'est aux syndicats et aux partenaires
sociaux de choisir la méthode. J'avais choisi le Lundi de Pentecôte.
Visiblement, ce n'est pas la meilleure idée que j'ai pu avoir puisque sur ce
sujet (Ah !) je n'ai pas été suivi.
Petite auto-critique !
Mais bien sûr, mais bien sûr ! En tout cas, ce qui est important, c'est
qu'il y ait une journée de travail pour les personnes âgées. Ca s'appelle la
solidarité nationale. Et ça, figurez-vous, Jean Michel Aphatie, j'en suis fier.
En tout cas, le prochain Lundi de Pentecôte, Jean Pierre
Raffarin, vous pourrez vous reposer puisqu'il sera férié.
Et puis, on pourra aller aux Corridas !
Ah bon !
(rires)
Dernier mot. Qu'est-ce que vous pensez du parachute doré de
Georges-Marc Benamou, ex-Conseiller de l'Elysée, qui se retrouve à la Villa Médicis à
Rome, ce qui n'est pas mal ?
Les Mitterrandiens sont bien traités.
Trop ?
Bien.
Voilà ! Bien traités, ce n'est pas trop bien traités, mais
bien traités quand même ! Jean Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, invité de RTL
ce matin.
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