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Jean-Pierre Raffarin : "Fillon peut très bien rester à Matignon jusqu'en 2012" (vidéo)

Créé le 12/03/2010 à 10h10 - Mis à jour le 12/03/2010 à 10h16

Jean-Pierre Raffarin à RTL le 14 octobre 2009

Jean-Pierre Raffarin à RTL le 14 octobre 2009 / La rédaction de RTL

Le sénateur UMP de la Vienne répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin. François Fillon "peut très bien rester" à Matignon jusqu'au terme du quinquennat, a estimé l'ancien Premier ministre. Pour Jean-Pierre Raffarin, qui était resté en fonction à Matignon au lendemain de la débâcle de la Droite aux élections régionales de 2004, l'actuel chef du gouvernement peut survivre à cette "césure politique". VOIR NOTRE DOSSIER SPECIAL "REGIONALES 2010"

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Pierre Raffarin.

Jean-Pierre Raffarin : Bonjour, monsieur Aphatie.

Redoutez-vous une Bérézina, dimanche, pour l'UMP ?

Je  ne crois pas.

Ah, c'est vrai ?

Je n'étais pas très optimiste, il y a huit, dix jours...

C'est les sondages qui vous rendent optimiste ? 

Je vois deux choses sur le terrain, aujourd'hui. Une certaine poussée des Verts. Les Verts sont en train de remonter dans la dernière ligne droit et notre électorat, l'électorat de Droite et du Centre, est en train de se mobiliser.

Ce n'est pas ce que disent les sondages...

Eh bien, écoutez, moi je fais beaucoup de meetings. J'en suis à mon douzième meeting. Je vois, au fond, l'électorat de Droite et de Centre qui en a  marre qu'on lui annonce le grand chelem. Il en a marre qu'on vote à sa place, il en a marre qu'on lui annonce l'échec et il se mobilise.

Martine Aubry a travaillé pour l'UMP...

Je pense qu'elle a fait une erreur et je pense qu'elle mobilise l'électorat de Droite. Donc, je m'attends à de bonnes surprises, dimanche prochain.

Nicolas Sarkozy qui demandait votre démission de Matignon après la défaite de l'UMP aux élections régionales de 2004...

Ca, il ne me l'a jamais dit. Je n'ai pas vu ça, moi.

Ah !

Vous savez, je lis ça ici ou là, mais enfin ça n'était pas clair.

Alors, il explique dans une interview au "Figaro Magazine", que les élections régionales d'aujourd'hui ne peuvent avoir que des conséquences régionales. Il a raison ?

A court terme, il a raison. Je pense que son interview dans le "Figaro Magazine" que je n'ai pas encore lu mais dont j'entends les commentaires puisque vous avez le privilège d'avoir la presse avant nous.

Ah, les journalistes ont des petits privilèges comme ça !

Eh oui, eh oui ! Donc ce que je vois c'est qu'il nous annonce clairement une forme de césure après la réforme des retraites. Ce que je trouve assez responsable au fond, parce que c'est vrai qu'on a un gouvernement qui est plutôt populaire et on a une grande réforme qui est plutôt impopulaire, qui était quand même difficile mais qu'il faut faire la réforme des retraites et la réforme de la dépendance.

Donc, je trouve assez logique que ce gouvernement mène cette grande réforme, utilise son capital de popularité pour conduire cette réforme très importante, structurellement, qui est à la fois socialement nécessaire mais qui, pour les finances publiques, est une exigence aussi. Et donc, au fond qu'on ait une césure après ces réformes-là avec une pause, je trouve ça plutôt quelque chose de responsable.

Est-ce que vous dites, ce matin, Jean-Pierre Raffarin sur RTL, qu'après la réforme des retraites, François Fillon sera remplacé ?

Ah je ne peux pas vous dire ça parce que le Président de la République qui peut le dire.

C'est ce que vous suggérez ?

Non, ça n'est pas ce que je suggère, c'est ce que j'ai compris de l'entretien du Président, c'est qu'il y aura une césure politique, il y aura un remaniement probablement. Est-ce que le Premier ministre partira ou est-ce qu'il restera ? Ca, je n'en sais strictement rien. J'ai même l'impression que la nouvelle forme de la Vème République qui est la pratique de Nicolas Sarkozy, la pratique institutionnelle me laisse penser que le couple Président - Premier ministre peut durer le quinquennat parce qu'au fond,  c'est un leadership partagé et le Premier ministre est ce proche du Président qui agit auprès de lui, et au fond le rôle du Premier ministre a un petit peu changé avec la pratique sarkozienne de la Vème République. Donc, il peut très bien rester les cinq ans. En tout cas, nous aurons une césure politique après les retraites, je crois.

La popularité de François Fillon n'est pas un problème ?

Je ne le crois pas. Probablement qu'elle provoque, ici ou là, quelques irritations, je suis d'accord.

Ici ou là ! (rire)

Je suis d'accord avec ce que dit Alain Duhamel de sa pratique historique. Nous avons vu que ça a toujours été des petits problèmes de susceptibilités, surtout que les médias mettent toujours un peu d'acide sur ces questions-là...

Ah les médias, vous savez ! Oui, oui, oui !

... Et donc tout ceci peut être quelquefois difficile à gérer, mais au fond je crois que structurellement...

Et vous avez un témoignage direct  quand vous dites ici ou là, non  ?

Structurellement... Non, écoutez, j'ai vu le Président de la République, hier, il m'apparaissait très serein. Je suis entré dans son bureau au moment où François Fillon en sortait, et j'avais vraiment le sentiment que les deux hommes travaillaient avec une attitude très positive l'un et l'autre.

Ici sur RTL, on fait l'analyse qu'il a enterré la taxe-carbone puisqu'il ne donne plus de date pour son entrée en vigueur. Vous partagez cette analyse, c'est une bonne nouvelle ?

Ecoutez, je pense qu'elle pose problème cette taxe. Elle pose un problème parce qu'au fond, elle n'est pas applicable à court terme en Europe et donc, on a assez peu de chance de changer les comportements si nous sommes les seuls à engager cette réforme dans l'Union européenne. Nous sommes tous sortis du salon de l'agriculture en voyant des professions très inquiètes et il est clair qu'il faut bien se dire qu'à un moment trop de Grenelle tuerait le Grenelle,  donc il faut trouver un juste équilibre et cet équilibre pourrait passer, en effet,  par une action européenne qui devrait être un préalable à l'action française en matière de taxe contre le carbone.

C'est dit : "Trop de Grenelle tue le Grenelle"... Gérard Longuet, patron du groupe UMP au Sénat, a dit ceci : "Pour présider la Halde (il parlait d'une éventuelle nomination du socialiste Malek Boutih à sa présidence), il vaut mieux que ce soit quelqu'un du corps français traditionnel".  Et cette expression "Corps français traditionnel" a choqué. Est-ce que ça vous a choqué, vous, Jean-Pierre Raffarin ?

Oui, elle n'est pas heureuse évidemment ; mais Gérard Longuet a regretté ses propos et moi aussi. Mais vous savez quand un ami - et Gérard Longuet est un ami - est poursuivi par la meute, moi je ne rejoins pas la meute. Et donc, il a regretté ses propos dont acte.

Mais en fait, il pose plusieurs questions. Je ne crois pas que la question, c'est, est-ce que Gérard Longuet est raciste ? Il est évidemment pas raciste. Je le connais bien, c'est vraiment une attaque très injuste  qu'on lui fait quand on le traite de raciste. Il n'est pas raciste.

Donc, une expression maladroite.

C'est un humaniste mais il pose deux questions qui sont utiles. La première, c'est :
- Est-ce qu'une personne discriminée est la mieux placée pour réduire les discriminations ? Monsieur Sabeg, par exemple, dit  que ce n'est pas son avis.
Ce n'est pas tout à fait une question neuve. Vous savez, si on l'élargit un petit peu, c'est la question :
- Est-ce qu'il faut un spécialiste pour mener une bonne politique ? Et c'est une question qu'on a toujours eue dans notre organisation.

Un militaire à la Défense, etc.

Un agriculteur à l'agriculture. Est-ce que c'est une bonne façon ? Moi je dirais qu'au fond, il n'y a pas de règle générale, ça dépend de la qualité de la personne. En ce qui concerne Malek Boutih, il s'agit de quelqu'un que je connais un peu puisqu'il a été candidat socialiste malheureux en Charentes aux dernières élections législatives. C'est un Français estimable. Il appartient pleinement à ce que moi j'appelle, le corps des républicains et sa candidature est légitime. Mais la deuxième question qui est posée, c'est la question de l'ouverture.

L'ouverture. On y arrive !

Alors, le Président de la république dit  -et je trouve qu'il a raison-  il dit : l'ouverture ? On ne gagne pas des voix avec l'ouverture mais on apaise. On apaise les haines, on apaise les tensions et c'est pour ça qu'il faut faire ces gestes. Moi j'ai approuvé la nomination de M. Migaud et la nomination de M. Charasse. Ce sont des gens qui sont compétents et c'est un geste d'apaisement.

Mais !

Mais !

Mais !

Mais, là, l'ouverture c'est aussi une question de mesure, monsieur Aphatie. Vous me voyez... Les mesures... Et donc de temps en temps...

Et la coupe est pleine !

De temps en temps, il faut, aussi, mettre en avant les talents de la Majorité parce qu'à un moment, on finirait par se dire que les talents sont à Gauche alors que nous sommes en train d'expliquer que les régions sont mal gérées et qu'il faut le changement dans les régions et donc, il faut de l'ouverture mais avec mesure !

"Croyez-vous que le thème de la fermeture soit porteur, demande Nicolas Sarkozy dans "Le Figaro Magazine" ? Le gouvernement exclusivement chiraquien de 1995 a-t-il évité à la Majorité la désillusion de 1997 ?" Vous étiez de ce gouvernement de fermeture, Jean-Pierre Raffarin.

Oui, je pense que Nicolas Sarkozy est un bon Président de la République mais je pense que vis-à-vis...

Il est taquin, quand même !

... Il a, vis-à-vis de ses prédécesseurs, encore des attitudes qui ne servent pas à grand chose. Ca sert à rien de ramener le passé en permanence. Il faut regarder l'avenir et ça ne sert à rien de comparer sa visite du Salon de l'Agriculture avec celle de Jacques Chirac. Ca n'a rien à voir. Donc moi je ne suis pas pour les règlements de compte a posteriori. Je suis pour les débats sur l'avenir.

D'un mot, trois hommes ont nommé trois hommes au Conseil constitutionnel. C'est bien ou c'est pas bien, Jean Pierre Raffarin ?

Là, en l'occurrence, c'était très difficile de choisir - et l'ouverture - et la féminisation. Ce qui compte, c'est que le Président de la République dans l'ensemble de ses nominations avec l'ensemble des personnalités qu'il nomme, respecte la parité. Donc là, au niveau du baromètre, la nomination masculine l'emporte, il va falloir des nominations de femmes. La parité doit être dans le total des nominations ; mais l'ouverture était nécessaire pour apaiser le pays.

Jean-Pierre Raffarin, quelques formules ! C'était sur RTL ce matin. Bonne journée.


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