Crédit : Bernard Poirette
Bernard Poirette : Bonjour, Jean-Pierre Raffarin.
Jean-Pierre Raffarin : Bonjour, Mr Poirette.
Avez-vous sur les 100 premiers jours de la présidence Hollande le même jugement que Jean-luc Mélenchon ? Je le rappelle, selon Mr Mélenchon, bilan : rien ou presque...
Je pense qu'on ne peut pas dire ça et qu'il faut quand même être plus modéré. Mais c'est vrai qu'on est préoccupé, parce qu'au fond, les socialistes continuent à se battre plus contre Nicolas Sarkozy que contre la crise. La crise est très prenante, la crise s'accélère.
On voit aujourd'hui que le scénario de l'éclatement de la zone Euro gagne du terrain. Et pendant ce temps, la France tergiverse. On se demande si les socialistes ont pris conscience de la crise et donc il y a pour cette rentrée dans le pays une grande inquiétude.
Mais, tout de même, par exemple Arnaud Montebourg disait ce week-end, écoutez, c'est pas en 100 jours qu'on fait de très grandes choses. Laissez-nous 5 ans. Vous, qui êtes passé par Matignon, en 100 jours, c'est suffisant pour changer la donne ?
Je pense que la crise actuelle met une dimension d'urgence dans l'action politique, et je pense que pendant ce mois d'août 2012, les socialistes n'ont pas été suffisamment mobilisés contre la crise qui gagne du terrain, et qui, en septembre, en octobre, va être sentie très brutalement par les Français.
Ceci étant, oui, nous avons croissance zéro en France, mais hormis l'Allemagne, qui, elle, continue de progresser, partout ailleurs c'est la récession. Alors finalement, zéro, c'est pas mal ?
Ecoutez, c'est vrai que nous ne sommes pas encore en récession, mais c'est vrai aussi que les scénarios pour l'automne sont très mauvais, et je pense vraiment qu'il est important de soutenir notre économie, et puisque nous n'avons pas d'argent, je pense qu'il faudrait lancer un plan de relance, mais un plan de relance par allègement des contraintes.
Par exemple, pour les entreprises, les contraintes du seuil de 50 salariés, les passer à 100 salariés. Quand on n'a pas d'argent, il faut aider les acteurs économiques en leur donnant davantage de liberté. Un plan de relance par allègement des contraintes. Voilà le type d'initiatives qu'il faudrait prendre.
Sur le dossier syrien, la France vous semble-t-elle aussi passive que le disent l'ancien Président et ses amis ?
Je trouve que cet été, en dehors d'un voyage de Mr Fabius, qui était utile, je trouve qu'en effet, nous avons été assez absent, notamment dans le contact avec les Russes, avec Poutine, mais surtout je pense dans le contact avec les Chinois.
Je pense que les Chinois sont une pièce centrale de cette dynamique internationale aujourd'hui qu'il faut créer pour la paix, et je pense que le dialogue avec les Chinois est déterminant, et je pense que c'est avec les Chinois que l'on peut construire une perspective qui permettrait d'isoler la Russie.
A l'instant, Marie-Bénédicte Allaire évoquait, via Manuel Valls, le dossier des Roms. Sur ce fameux dossier, qui semble inextriquable, comment jugez-vous l'action de l'actuel locataire de la place Beauvau. Est-ce que vous voyez une différence avec ce que faisait Mr Guéant ?
Pas vraiment. Je pense que cette position est assez paradoxale. En matière de sécurité, les socialistes ont conspiré contre Sarkozy, et maintenant ils s'en inspirent. Je pense que cela va conduire à un certain nombre de difficultés, car les socialistes ne font pas la politique pour laquelle ils ont été élus.
Je parlais de quadrature du cercle sur le dossier des Roms... Comment en sortir selon vous ?
Je pense que 1, il faut une négociation internationale avec les pays d'origine, et d'autre part, il faut naturellement faire respecter notre loi, mais le faire avec humanité. Et donc je pense qu'aujourd'hui, les socialistes sur ce sujet, sont comme sur d'autres sujets, un peu en situation d'improvisation.
Dans la presse ces derniers jours se répand l'hypothèse d'un retour de Nicolas Sarkozy dans la vie politique. Y êtes-vous favorable ?
Je ne pense pas que ce soit pour le moment une perspective crédible. Je ne crois pas que le Président Sarkozy le souhaite. Et pour nous, à l'UMP, l'essentiel est de construire l'avenir. Nous avons un grand rendez-vous politique avec l'élection de notre président. L'enjeu, c'est de construire un parti pour l'alternance.
Il s'agit de choisir un architecte pour le parti, plutôt qu'un pilote pour la présidentielle. Et je pense que ce parti pour l'alternance, il faut le construire avec beaucoup de sérieux, beaucoup de travail. Pour moi, il devra être pluraliste, notamment davantage équilibré entre les deux cultures principales de l'UMP, la droite autoritaire et la droite humaniste. Donc c'est un grand chantier qu'il faut aujourd'hui mener et je dirais mener de manière indépendante à Nicolas Sarkozy.
Il s'agit de construire une famille politique qui doit être prête le moment venu pour l'alternance. Et le moment venu, c'est notamment les municipales de 2014, où là, nous devons provoquer une vague bleue.
Vous n'ignorez pas que certains à l'UMP disent tout haut qu'une scission, avec création d'une aile ouvertement droitière, serait finalement bénéfique au mouvement. Est-ce que vous souscrivez à cette idée ?
Non, moi je pense qu'il faut garder cette diversité de l'UMP. Mais pour que la diversité de l'UMP survive, il faut créer des courants. C'est pour ça que moi, je déposerai avec un grand nombre d'amis, une motion au Congrès pour créer un mouvement humaniste qui a vocation à rassembler les Gaullistes, les Libéraux, les centristes, qui sont attachés à la décentralisation, à l'Europe, à l'équilibre du pouvoir, au dialogue social et à l'économie libérale.
Un positionnement qui est un positionnement tempéré. D'ores et déjà sont engagés dans cette démarche humaniste Jean-Claude Godin, Marc-Philippe Daubresse, Jean Leonetti, Gérard Longuet, Bussereau et les autres. Donc on a là une force politique, et je crois que l'avenir de l'UMP, c'est un avenir rassemblé mais autour de courants qui expriment des tempéraments, des cultures différentes.
Si on n'est pas capable de faire vivre les courants dans l'UMP, l'UMP éclatera. C'est pour cela que j'ai confiance en Jean-François Copé. C'est un homme courageux, solide, généreux, et il est favorable à cette vision diversifiée mais rassemblée de l'UMP.
Vous savez que dans les sondages auprès des militants UMP, Mr Copé est largement distancié par l'ancien ministre. Mais vous pensez que tout cela peut s'inverser d'ici deux mois ?
Oui, parce que les sondages sont des sondages autour des sympathisants qui ne sont pas les militants. Vous savez que les militants, ça fait 10 ans qu'ils attendent une élection. Nous avons créé avec Jacques Chirac et Alain Juppé l'UMP il y a 10 ans maintenant. C'est la première fois que nous avons une vraie élection dans notre famille politique. Les militants sont attachés à cette liberté d'expression.
Je pense que Jean-François Copé est sans doute le mieux, notamment grâce à son expérience de Meaux, dans une ville impossible, avec des difficultés politiques majeures, avec le FN, avec des difficultés sociales, il a montré sa capacité à gagner Meaux, avec un score formidable. C'est pour moi quelque chose de très important pour ce premier rendez-vous de 2014, d'avoir un Maire capable de conduire notre famille politique à la victoire aux municipales, qui doit être la première marche vers ce parti de l'alternance que nous devons conduire les uns et les autres.
Moi, j'aime beaucoup Jean-François Copé, j'ai de bonnes relations avec François Fillon, mais je pense que Jean-François Copé, c'est le leader d'avenir. Il incarne l'avenir à l'UMP, et je pense qu'aujourd'hui, la génération qu'est la mienne doit aider la jeune génération à émerger. Ca, c'est l'une des qualités de Nicolas Sarkozy. Il a nommé un grand nombre de jeunes ministres, de jeunes personnalités et donc nous avons de la ressource humaine. Il faut maintenant aider les jeunes. C'est pour cela que j'aide Copé.
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10/04/2013 - 09h48
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