
Jean-Pierre Jouyet sur RTL le 17 juin 2011
Crédit : RTLCrédit : Jean-Michel Aphatie
Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Pierre Jouyet.
Jean-Pierre Jouyet : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Votre ami de 35 ans, François Hollande, croisé à l'ENA à la fin des années 70, va devenir tout à l'heure le septième Président de la Vème République. Que ressentez-vous, Jean Pierre Jouyet ?
Eh bien, beaucoup d'émotion et également un moment qui est historique et qui est très rare dans la vie d'une, je veux dire, d'une personne, c'est avoir un ami très proche devenir Président de la République, c'est quand même très rare. Je ne suis pas sûr de l'avoir imaginé, il y a trente-cinq ans.
Vous serez tout à l'heure à l'Elysée pour la passation des pouvoirs.Vous avez eu François Hollande, ces dix derniers jours ; vous le trouvez déjà changé, ou pas encore ?
Je le trouve changé ; je l'ai vu effectivement la semaine dernière et je le trouve déjà changé ; c'est quelqu'un qui a pris conscience avec gravité de ses nouvelles responsabilités. On ne peut pas dire qu'il en ait beaucoup profité, il n'est pas allé beaucoup au soleil, il n'est pas allé beaucoup en vacances, il s'est quand même installé tout de suite dans ses nouvelles fonctions. Je crois qu'à part un ou deux matches de foot, il n'a pas dû avoir beaucoup de loisirs.
Beaucoup de reportages, beaucoup de choses ont été écrites sur François Hollande, ces derniers jours. Lui-même a pu parler dans certains documentaires, je pense notamment à celui qu'a réalisé Denis Jeambar et qu'a diffusé France 3, la semaine dernière. On a l'impression à lire tout cela et à l'entendre lui-même qu'il se préparait depuis très, très longtemps à être Président de la république.Vous avez ressenti ça, vous, très tôt chez lui ?
Je ne l'ai pas ressenti objectivement très tôt ; il s'est préparé depuis très longtemps à avoir des responsabilités politiques importantes et il s'est également préparé avant 2002, entre 1997 et 2002 à exercer des responsabilités plus importantes que celles de premier secrétaire du Parti socialiste. Et vous savez ce qu'il en advint en 2002.
Après, j'ai senti véritablement qu'il s'y préparait et qu'il le voulait à partir de 2009. Vous savez également ce qui a pu se passer en 2007, donc il était prêt mais enfin, il n'avait pas été soutenu en 2007.
Il aurait souhaité être candidat. Mais c'est sa compagne, Ségolène Royal, qui l'a été.
Oui, il aurait pu l'être ; c'est sa compagne qui l'a été. Il a estimé...
... Il l'a mal vécu ? Parce qu'il n'en a pas beaucoup parlé mais dans l'intimité, vous qui le connaissez, vous étiez ami du couple, donc aussi de Ségolène Royal...
... Oui, oui, oui, oui.
Il l'a mal vécu le fait de ne pas pouvoir l'être en 2007 ?
Non, je crois que ce qu'il a mal vécu pour être clair avec vous c'est le fait qu'il n'ait pas eu de soutien suffisant en tant que premier secrétaire et que cela ait sans doute permis à Ségolène de se détacher et de trouver la voie pour pouvoir être candidate. Ce qui est un peu différent.
Oui, parce que là, vous refaites de la politique, et vous n'évoquez pas peut-être des choses plus intimes qu'il aurait pu vous confier à ce moment-là.
Mais enfin là, je veux dire les deux ont pu mal le vivre !
Oui, d'accord. Dans "L'Express", la semaine dernière, Jean-Pierre Jouyet, vous dites cette chose qui est un peu étonnante sur François Hollande. Je vous cite : "C'est un homme profondément solitaire."
Oui, c'est vrai. C'est quelqu'un qui est très pudique, c'est quelqu'un qui est plus solitaire qu'on ne le croit, c'est quelqu'un qui, comme vous le savez, est extrêmement convivial, extrêmement proche des gens, qui est normal dans ses rapports aux autres, mais c'est quelqu'un qui reste solitaire, c'est quelqu'un qui...
... Qui se confie peu ?
C’est quelqu'un dont on croit qu'il se confie beaucoup mais qui, en fait, en dit très peu.
D'accord. Donc secret ?
Assez secret. Assez secret, qui segmente,mais j'allais dire comme beaucoup de responsables, on le dit, on a l'habitude de le dire, des responsables politiques mais c'est vrai aussi des responsables économiques qui segmentent assez ses réseaux, ses amitiés, qui ne confond pas ce qu'est l'amitié et ce qu'est la responsabilité politique. Donc, il est assez clair dans la séparation des genres.
Un homme de pouvoir ?
C'est incontestablement un homme de pouvoir. Oui.
Ceux qui disaient "Flamby", "il est mou"...
Alors je peux vous dire. Vous me posiez la question de savoir ce qui m'a surpris et où j'ai vu le plus de changements comme vous le savez, compte tenu des fonctions que j'avais et pour d'autres raisons qui ont été évoquées par Alain Duhamel : je n'ai pas participé à la campagne de François Hollande ; mais ce qui m'a le plus surpris, c'est d'une part, (non pas surpris, mais confirmé) c'est son jugement sur les hommes et les femmes qui est un jugement qui est, en général, au laser.
Et deuxièmement, sa capacité de décision. Et je dis, tout de suite très gentiment à tout le monde que ceux qui ont considéré que François Hollande n'avait pas une capacité de décision, vont déjà l'apprendre à leurs dépens dans les 48 heures à venir.
Avec la composition du gouvernement, il est capable de faire...
... Vraisemblablement.
... Beaucoup de peine à ses amis.
Il est capable de décider, de trancher, et il tranchera que ce soit en France et en Europe.
Est-ce que vous connaissez Jean-Pierre Jouyet -7h55 sur RTL, je ne vous demande pas de nom -, est-ce que vous connaissez le nom du Premier ministre ?
Je pense qu'il y a un favori qui est donné par la presse, qui reste le grand favori pour être Premier ministre.
J'espère pour vous que vous avez d'autres sources que la presse !
J'ai... La presse principalement. Je peux avoir également d'autres sources privées.
Et donc, ces sources privées confirment ce que la presse peut dire à propos du favori pour être Premier ministre. Il sera nommé tout à l'heure ?
Je pense qu'il sera nommé tout à l'heure, oui.
Voilà. Il s'agit de Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes. C'est moi qui le dis. Ce n'est pas vous.
Non. C'est vous qui le dites ; mais comme vous êtes bien informé, même mieux que moi, donc voilà... Si c'est vous qui le dites, c'est vrai !
Allez. Vous avez aussi donc été ministre de Nicolas Sarkozy, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes du début du quinquennat jusqu'à la fin de 2008.
Oui.
Et vous allez aussi voir, puisque vous serez à la cérémonie d'investiture tout à l'heure, Nicolas Sarkozy. Quel regard aujourd'hui avez-vous, Jean-Pierre Jouyet, sur le Président-sortant ?
Eh bien, je pense qu'Alain Duhamel a bien résumé les choses. Il faut distinguer ce qui est le style et le fond.
Moi j'ai participé à une oeuvre politique qui est la Présidence française de l'Union européenne. Je crois que nous n'avons pas à rougir de ce qui a été fait à cette époque. Ca a été une Présidence, comme je l'ai dit, de crise. C'est une présidence qui a été difficile et ça a été une présidence quand même qui a maintenu l'influence de la France en Europe ; et que sur la gestion des crises qui ont été difficiles, ça a plutôt été bien géré.
Donc, il faut distinguer cet aspect d'un aspect de style, d'un rapport à l'argent ; je crois qu'on l'a vu ces derniers jours, lorsqu'il a été lui-même, il y a eu de bonnes interventions mais dans ... Le problème, c'est qu'il ne faut pas confondre ce qui est le peuple français et un comportement assez américain.
On a pu parler de vous, Jean-Pierre Jouyet, pour le secrétariat général de l'Elysée ?
Non, j'ai eu des conversations avec François Hollande mais je crois qu'il y a eu deux arguments qui ont été extrêmement clairs et que nous avons échangé ensemble.
- Le premier, c'est qu'il est toujours difficile de travailler dans des fonctions professionnelles avec quelqu'un qui est très, très proche de vous.
- Et la seconde c'est que compte tenu des orientations, compte tenu de ce que je fais depuis vingt-cinq ans, de l'économie, de la Finance, de l'Europe, des marchés financiers, du fait que j'ai été un ministre d'ouverture de Nicolas Sarkozy, je ne pouvais pas ni être à l'Elysée, ni, bien sûr, à fortiori dans des fonctions gouvernementales.
En un mot, François Hollande sera à Berlin ce soir avec Angela Merkel. Ca va bien se passer ?
Bah, ça va bien se passer, bien évidemment sur la forme ; c'est un homme courtois, Angela Merkel aussi.
Sur le fond, personne n'a à donner de leçon à personne ! Et il faut respecter les équilibres.
François Hollande est élu, a des choix à assumer ; la France a des priorités et il faut savoir que l'Europe est bien sûr nécessaire à la France ; mais la France reste indispensable à l'Europe, sachant que le couple franco-allemand reste le vecteur de tout.
Jean-Pierre Jouyet, qui connaît le nom du Premier ministre, était l'invité de RTL ce matin.
Non, non, non.
Mais c'est vous qui l'avez dit !
C'est vous qui l'avez dit !
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