Dr Frédéric Saldmann : "La grasse matinée porte bien son nom"

Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen, sur RTL le 14 juillet 2011
Crédit : RTLCrédit : Philippe Corbé
Crédit : RTL
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Philippe Corbé : Bonjour, Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Pierre Chevènement : Bonjour.
Est ce qu'on est pris dans un piège en Afghanistan ?
Nous sommes dans une situation difficile. Un auteur russe du siècle précédent disait que l'Afghanistan était "un pays qui ne pouvait pas être conquis", et il ajoutait : et qui "ne mérite d'ailleurs pas de l'être".
Justement, les Britanniques, les Soviétiques se sont cassés les dents en Afghanistan, ont dû se retirer. Est-ce que ce n'est pas ce qui nous attend nous aussi Occidentaux ?
Je crois que voilà, c'est un pays extrêmement difficile. Je crois que la démocratie ne s'exporte pas, elle doit venir de chaque peuple, de ses motivations. Et il y a certainement dans la société afghane, des gens qui ne veulent pas de la dure loi des talibans, et il y a aujourd'hui, je le crois, les conditions réunies pour une rupture entre les populations afghanes dans leur diversité, dont l'élément pachtoun, à peu près la moitié de la population, et puis le terrorisme international, Al Qaida. Il faut se rappeler que c'était le but de guerre initial, la reconquête....
... Après le 11 septembre ?
... Reconnue comme légitime par les Nations Unies, et nous nous y sommes associés dans des proportions modestes au départ, vous l'avez rappelé à l'instant, disons que le Président de la République actuel, a augmenté notre participation par solidarité avec l'administration américaine, qui était celle du président Bush à l'époque. Je pense qu'aujourd'hui, nous devons agir comme une grande nation responsable, le président Obama a fixé une orientation générale qui est le retrait des troupes américaines et des troupes de l'OTAN. Nous sommes amenés à suivre le mouvement, par l'enchaînement même des décisions prises.
Ca veut dire que cette guerre, on est entrain de la perdre ou on l'a déjà perdue ?
Je pense qu'il faut laisser aux Afghans, la possibilité de créer eux-mêmes leur propre gouvernement. Ne nous donnons pas d'objectifs peu accessibles. J'entendais encore le Président Sarkozy dire qu'il fallait que les insurgés acceptent la Constitution afghane. Ils peuvent l'accepter du bout des lèvres, mais on n'imposera pas un modèle de démocratie à l'occidental à un pays, dont on voit bien que le fonctionnement repose sur des assemblées de notables, les chouras, celles là même que devaient protéger nos soldats, et cette protection leur a coûté la vie.
Vous rappeliez, il y a un instant, que Nicolas Sarkozy, le président de la République, a décidé après son élection, d'augmenter la participation militaire française en Afghanistan. Est-ce que vous diriez, comme Ségolène Royal aujourd'hui, qu'il "s'est fourvoyé" ?
Disons que nous sommes à la remorque des impulsions successives de l'administration américaine. Au départ, le président Obama disait lui-même que c'était la guerre qu'il fallait faire.
Il a lui même, envoyé des troupes supplémentaires.
Il a lui-même, dans le cadre du Surge, envoyé des troupes supplémentaires. Et maintenant, il a clairement donné l'indication d'un retrait d'ici 2014. Voilà, nous sommes les alliés des Etats-Unis, donc nous marchons du même pas. On peut le regretter, on peut faire tout ce qu'on voudra, mais on le constate.
Est ce que du coup, il faut accélérer le retrait. Par exemple, François Hollande dit : "Si je suis élu, dans un an, toutes les troupes françaises seront retirées dans un an", donc d'ici mai 2013.
Je ne pense pas que ça changera quelque chose. Je crois très franchement que nous devons faciliter la transition afghane, permettre à un gouvernement afghan de se maintenir. De ce point de vue là, je pense que même après 2014, il faudra pouvoir apporter des soutiens à un tel gouvernement, y compris soit sous la forme de fourniture d'armes, mais pourquoi pas en maintenant quelques bases avec un appui aérien. Cela peut s'avérer nécessaire. Je pense que des grandes puissances responsables doivent essayer de faire en sorte que leur retrait ne se transforme pas en débâcle.
C'est la raison pour laquelle, je ne joins pas ma voix à ceux qui réclament une accélération d'un an du retrait. Croyez-le, je compatis à la douleur des soldats, et des familles. J'ai beaucoup d'émotion. Je crois qu'aujourd'hui, il faut penser à eux, se recueillir. Mais en même temps, la France est une grande nation, elle doit montrer un certain stoïcisme dans l'épreuve. Il est évident que la guerre coûte des vies humaines. Tous les dirigeants politiques le savent, mais ça devrait les astreindre à prendre des initiatives sérieuses et à ne pas se mettre à la remorque de tel ou tel.
En ce 14 juillet, on pense évidemment aux soldats français engagés à travers le monde, et nous sommes sur un autre front, en Libye. Vous êtes intervenu d'ailleurs avant hier au Sénat, à ce sujet, et vous avez dit : "Nous avons franchi les bornes de la responsabilité de protéger, nous sommes désormais dans l'ingérence".
Absolument. Je pense que la France doit rester le soldat du droit. Or, la légalité internationale, c'est la responsabilité de protéger des civils. Nous ne sommes pas autorisés à un autre objectif.
A frapper par exemple, les palais de Kadhafi ?
Je crois que là, on sort de la responsabilité de protéger, qui était adoptée par l'ONU en 2005, codifiée, qui n'est pas l'ingérence..
Et là, on est dans l'ingérence ?
Nous avons toujours été contre l'ingérence. Et bien que nous sommes sur une limite. Je me suis abstenu dans le vote qui a suivi les explications du gouvernement...
C'était un vote pour prolonger l'intervention.
Pour faire passer un message : c'est qu'il est temps de trouver une solution politique. Je pense que Kadhafi...
Avec ou sans le départ de Kadhafi en préalable ?
Kadhafi est suffisamment affaibli. J'ai rappelé que quand on a mis fin aux combats en Serbie, on n'a pas demandé le départ de Milosevich, finalement ce sont les Serbes qui s'en sont chargés un an plus tard.
Donc le président a tort de faire du départ de Kadhafi un préalable à toute discussion politique ?
Il ne faut pas faire une affaire personnelle de ces conflits, de ces guerres. Disons que Kadhafi, est destiné à s'effacer et moi, je serai le premier à m'en réjouir. Mais je pense qu'il faut trouver une solution politique qui permette au peuple libyen de trouver lui-même la voie de son avenir, et je l'espère de sa démocratie, disons que ce qui justifie la mise en œuvre de la résolution 1973 en Libye, ce sont les révolutions démocratiques arabes en Tunisie et en Egypte.
Jean-Pierre Chevènement quand est ce que vous allez déclarer votre candidature officiellement pour la présidentielle ?
Je l'ai déjà dit : j'officialiserai ma décision à l'automne.
C'est irrévocable ?
C'est tout à fait irrévocable. Je constate l'extrême atonie du débat, car je pense que de se battre sur date de retrait par exemple en Afghanistan, ce n'est pas vraiment nourrir le débat.
Entre Ollier, Aubry et Hollande par exemple ?
Oui, si vous voulez je constate qu'aucun candidat ne fait de propositions, face à la crise de l'euro, qui va être le grand événement de l'été, hélas ! Disons que cette construction qui était viciée dès l'origine, par le fait qu'on n'a pas voulu reconnaître l'importance des nations. Alors on voit que ça tire dans tous les sens. Il faudrait faire des propositions, et moi j'en ai faites. Par exemple, accroître les missions de la Banque centrale. Lui permettre de racheter des titres de dettes pour casser la spéculation, nourrir la croissance. Éviter d'avoir une monnaie surévaluée qui favorise les délocalisations industrielles.
L'euro est en péril selon vous ?
L'euro est incontestablement en péril à partir du moment où la spéculation s'attaque à des pays aussi importants que l'Espagne et l'Italie. Ce qui a été mis en place est tout à fait insuffisant, je parle du Fonds européen de stabilisation financière pour faire face aux assauts de la spéculation. Pensez que l'Italie emprunte aujourd'hui à 5,5%. Or, les échéances de dettes sont considérables pour un pays qui a presque 2.000 milliards de dettes, c'est à dire plus que nous.
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