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Jean-Marie Le Pen : "Les micro-partis sont des pompes à fric"

Créé le 19/07/2010 à 08h37

Jean-Marie Le Pen, dans les studios de RTL, le 25 février 2009

Jean-Marie Le Pen, dans les studios de RTL, le 25 février 2009 / La rédaction de RTL

Le président du Front national répondait aux questions de Philippe Corbé lundi matin. Jean-Marie Le Pen a demandé la dissolution de l'Assemblée nationale et l'instauration de la "proportionnelle intégrale" face à la "rupture de plus en plus large entre le pouvoir et le peuple". Pour lui, "ce qui est grave c'est la rupture de plus en plus large entre le pouvoir et le peuple". Il a pointé "l'abstention considérable" dans les élections, l'attribuant "à la volonté d'imposer des systèmes électoraux réducteurs". Il a jugé que les micro-partis destinés au financement des partis étaient "des pompes à fric". Interrogé sur la Cotelec, association de financement du Front national qui a recueilli 415 000 euros en 2007, le leader du FN a déclaré : "Ce sont des emprunts, ce ne sont pas des dons". Envoyez-vos photos et devenez Témoins RTL
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Philippe Corbé : Bonjour, Jean-Marie Le Pen.

Jean-Marie Le Pen : Bonjour.

Après deux nuits de violences à Grenoble, les policiers ont, à nouveau, essuyé, ces dernières heures, des tirs à balles réelles. Je suppose que, comme la Gauche, comme la Droite, vous approuvez le déploiement massif des forces de l'ordre dans ce quartier de Grenoble.

Je trouve que c'est de la comédie.

Pourquoi de la comédie ? Il faut bien ramener l'ordre !

Parce que, tout à fait évidemment, l'appareil sécuritaire de l'Etat n'est pas à la hauteur des risques qui vont se développer, bien évidemment.

Le RAID, le GIGN : 300 hommes sur place, c'est à la mesure de ce qui se passe !

Et si ça claquait, comme cela, dans 100 villes différentes, comme ce fut le cas en 2005, ou même 500, que se passerait-il ?

Que faut-il faire : envoyer l'armée ?

A la vérité, notre appareil de sécurité - à la fois policier, judiciaire ou pénitentiaire - n'est pas à la hauteur des nécessités de la sécurité publique. Et, par conséquent, un moment donné, ça coincera. Et, comme la gravité des faits ne cesse de croître. Que selon un principe - comme je le dis souvent : quand, la nuit, on se trouve sous un arbre et qu'on ne sait pas ce que c'est, s'il en tombe des pommes, c'est probablement un pommier - voilà !

De la même manière, le raisonnement conduit les prémisses qui sont exposées devant nous, permettent de conclure que nous allons vers une aggravation - grave, très grave - de l'insécurité dans notre pays. Et bien évidemment, des épisodes peuvent ressembler aux prémisses d'une guerre civile.

On verra ça ! Vous semblez plutôt guilleret, ce matin. Vous buvez du petit lait. Est-ce le climat politique qui vous fait humer l'odeur du jackpot ?

Non, non, c'est la jeunesse !

82 ans !

Oui, tout ça se porte bien, merci ! Je vous les souhaite !

Sans blaguer, le climat actuel, les scandales, les affaires, ça vous porte, ça vous sert, en ce moment.

De la même manière que la maladie sert les médecins.

Vous avez un remède ?

Bien sûr ! Le premier remède - il n'y a pas de thérapeutique efficace sans diagnostic exact. Je crois que le Front National fait un diagnostic exact, pas très agréable à entendre, n'est-ce pas. Justement, il annonce.

"Tous pourris !", le diagnostic ?

Comment ?

"Tous pourris !". C'est vieux, ça !

"Tous pourris !", c'était le slogan anti-parlementaire, mais le Parlement n'a plus aucune importance, en France, puisque 80% des lois ne sont pas votées par lui. Par conséquent, c'est une "chambre d'enregistrement", ce n'est pas autre chose. Donc, il n'y a pas d'action anti-parlementaire. En revanche, ce qui est grave, c'est la rupture qui existe et qui est de plus en plus large entre le pouvoir et le peuple.

Les élections partielles - et même des élections générales - montrent une abstention considérable. Les Français ne participent plus à la vie publique, et cela pour une raison qui est liée à la responsabilité du pouvoir. C'est la volonté d'imposer des systèmes électoraux réducteurs, alors que la seule mesure efficace et démocratique, c'est la proportionnelle intégrale. Si monsieur Sarkozy voulait changer les choses, il dissout l'Assemblée nationale.

Vous êtes d'accord avec Julien Dray qui était ici à votre place...

Il dissout l'Assemblée Nationale, après avoir modifié la loi électorale et permis une représentation de tous les courants politiques français. Il faut que le peuple se sente impliqué dans la situation, faute de quoi le pouvoir capotera.

Les Français découvrent, ces jours-ci, l'existence de micro-partis qui sont créés par des personnalités politiques, notamment des ministres : Laurent Wauquiez, Eric Woerth, pour financer de manière légale leur carrière politique, à hauteur de 7.500 euros par an.

Non ! A hauteur de 7.500 euros par donateur !

Par donateur et par an.

Et, quand on a de bonnes relations dans ces milieux-là, ça peut faire beaucoup d'argent.

Ca vous choque ?

Ca me choque beaucoup, oui.

Il faut les supprimer ?

Ce sont des pompes à fric. Que ce soit les gens qui sont au pouvoir qui en bénéficient, alors qu'ils déjà ont tellement de moyens considérables, il y a quelque chose de très scandaleux. Et je crois que le peuple ne se trompe pas.

Alors, "la pompe à fric" la plus efficace qui existe s'appelle le Cotelec. C'est une association de financement qui est domiciliée au manoir de Montretout, à Saint-Cloud. 415.000 euros, en 2007. 140.000 euros de plus que Nicolas Sarkozy...

Ce sont des emprunts. Ce ne sont pas des dons !

Il n'y a pas de dons à la Cotelec ?!

Ce sont des emprunts ! Ce sont des emprunts, en effet, destinés à financer nos campagnes électorales, puisque nous n'avons pas les mêmes relations avec les banques ni avec les milieux d'affaires que les autres partis politiques. Nous sommes bien obligés d'essayer de survivre avec des moyens cent fois inférieurs à ceux de nos concurrents. Si nous avions les mêmes moyens qu'eux, nous les battrions aux élections.

Vous le redites encore, ce matin, sur RTL. Vous dénoncez les collusions entre Nicolas Sarkozy, l'UMP et les milieux d'affaires.

Oui. J'ai vu qu'il avait été particulièrement applaudi en passant devant le premier étage du Fouquet's. Il paraît que les applaudissements étaient maigres sur le parcours, mais au Fouquet's, ça applaudissait ferme. C'est normal !

Ca vous choque que des grandes fortunes financent de manière légale des personnalités politiques comme Nicolas Sarkozy, par exemple ?

Ca ne me choque pas. C'est banal, si vous voulez. Ce qui est choquant, c'est que, ce qui apparaît est très peu de choses par rapport à la vérité, à la réalité, parce que les mines effarouchées que font un certain nombre de ministres impliqués dans les scandales récents, laissent penser que la vertu règne dans ces milieux, ce qui n'est pas vrai.

Est-ce que monsieur Courroye est un procureur aux ordres ?

Comme tous les procureurs ! Comme tous les procureurs ! Le Parquet est aux ordres du ministre de la Justice.

Donc, il faut qu'il y ait un juge d'instruction qui soit nommé très vite ?

Oui. Moi, je suis pour le juge d'instruction, encore que je n'ai pas une confiance absolue dans un juge d'instruction, parce que c'est un juge d'instruction. Parce que je sais aussi que la magistrature obéit à un certain nombre de lobbies. Et moi j'ai eu l'occasion - qui ait été persécuté pratiquement toute ma vie - de rencontrer extrêmement peu de magistrats qui soient intègres et qui soient indépendants.

Nicolas Sarkozy a annoncé la création d'une commission sur les conflits d'intérêts avec tous les partis. Souhaitez-vous y participer ?

Je verrai bien si je suis invité ou pas. Si nous sommes invités, nous irons dire ce que nous pensons, sans illusions, parce que nous savons bien que ces consultations sont de pure forme. Et qu'elles n'ont pas du tout l'intention d'être utilisées pour servir le pays, mais pour servir de couverture au pouvoir.

Depuis quelques semaines, vous ne cachez plus votre soutien à votre fille, Marine Le Pen, dans la course à votre succession. Et Bruno Gollnisch, qui est l'autre candidat, regrette que vous sortiez de votre rôle d'arbitre.

Oui, mais je ne suis pas un arbitre, moi, je suis un avant-centre. Par conséquent, il ne faut pas s'étonner que je fasse un choix. Un choix qui n'est pas du tout dicté par l'amour paternel, mais par - je crois - les qualités qui sont nécessaires dans la fonction pour laquelle ils sont, l'un et l'autre, candidats. Quand on veut être pilote de Formule 1, il ne suffit pas d'être champion de natation.

Donc, Bruno Gollnisch, champion de natation et Marine Le Pen, championne de formule 1 !

Je ne sais pas si on peut dire ça, mais j'ai tout de même le droit de dire quelle est la personnalité qui me paraît la plus apte à remplir la fonction extrêmement dangereuse et fatigante qui est celle de président du Front national, il n'y a pas de doute. Président d'un parti d'opposition nationale, c'est quelque chose de très difficile.

Jean-Marie Le Pen, qui va pourtant passer ses vacances avec Bruno Gollnisch au Japon - ça promet - était l'invité de RTL.

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