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Créé le 24/12/2009 à 08h20 - Mis à jour le 11/05/2010 à 13h42

Jean Glavany sur RTL le 24 décembre 2009 / La rédaction de RTL
Jean Glavany, député socialiste, membre de la commission parlementaire sur le voile était jeudi matin l'invité de RTL. Il répondait aux questions de Marc Tronchot notamment à propos du débat sur l'identité nationale et le voile intégral... Il a notamment attaqué Jean-François Copé, qui souhaite proposer une loi visant à interdire le port de ce type de voile dans l'espace public : "Copé met la pagaille dans cette histoire. Tout simplement parce que, quand il dit "moi je, moi je" il empêche le nous de s'exprimer sereinement. Il énerve, il excite, il attise le débat".
Jean GLAVANY, député socialiste, ancien ministre, membre de la comission parlementaire sur le voile islamique.
Bonjour, Monsieur Glavany
Bonjour,
Avant de parler des travaux de la mission sur le voile, un sentiment : qu'on l'aime ou pas, le ministre Eric Besson mérite t-il d'être assimilé, comparé par certains de vos camarades, Messieurs Cambadélis ou Huchon pour ne pas les nommer, à des ministres de Pétain, collaborateurs notoires sous l'Occupation ?
Le débat c'est entre Laval et Déat. C'est plutôt Laval, mais Laval était un radical où Déat qui était un socialiste. Ca peut paraître excessif, j'en conviens, mais il faut comprendre aussi les réactions de certains socialistes qui en ont assez de voir ce ministre qui était théoriquement des leurs pendant de longues années et qui est probablement, de tous les socialistes, celui qui a dit le plus de mal avec le plus de violence de Monsieur Sarkozy et de la droite, qui a même écrit en notre nom d'une violence inouïe, aujourd'hui, comme s'il devait se faire pardonner, devenir le spécialiste de celui qui tape le plus fort sur le parti socialiste et ses anciens amis. Et ça créé chez les socialistes, chez ceux qui l'ont cotoyé pendant de longues années un sentiment de colère devant cette spécialisation.
Vous justifiez l'outrance ?
Rien ne justifie l'outrance, ça c'est le débat politique. Voilà : qu'il s'arrête. Parce que je pense que s'il ne s'arrête pas, cette espèce de course à l'échalote va durer et ce sera bon pour personne. Mais qu'il trouve la mesure, parce que je trouve que l'on ne peut pas changer comme ça d'avis avec une telle violence, se faire le spécialiste de ces outrances aussi, dans l'autre sens, et ne pas s'exposer à ce genre de dérive. Donc voilà : j'en appelle au calme, mais il en est le premier responsable.
Monsieur Glavany, vous devez être satisfait : tour à tour le porte-parole du Gouvernement le le Président de la République ont hier, estimé que la mission à laquelle vous appartenez devait avant tout continuer son travail et faire ensuite des propositions. Une fois n'est pas coutume. Il va dans le bon sens, Nicolas Sarkozy ?
En tout cas, je n'ai pas grand chose d'autre à ajouter à ce qu'a dit Alain Duhamel, à l'instant, à propos de la méthode employée par le président du groupe UMP. Il fait une sorte de hold up politicien.
Nous sommes 30 parlementaires de droite comme de gauche UMP, socialistes, Nouveau Centre, Communistes, à travailler d'arrache-pied dans cette mission depuis six mois sur un sujet très difficile, très délicat et à le faire avec beaucoup de sérieux, à avoir auditionné beaucoup de personnalités de tous ordres avec évidemment beaucoup de Musulmans, mais aussi des juristes, des philosophes, des sociologues, des politiques. Vraiment, on a beaucoup travaillé. Et puis, au moment où on cesse nos auditions pour se mettre à rédiger un rapport avec la volonté, à échéance d'un mois c'est-à-dire fin janvier, de rendre des préconisations, de faire une analyse de ce phénomène aussi sage et sereine que possible... paf ! une nouvelle fois on excite la démocratie.
Et puis sur la forme, on explique à ces 30 parlementaires que tout ce qu'ils font n'a aucune importance, que si ça les amuse ils peuvent continuer, si ça les amuse, mais que "Moi je, moi je... Jean-François Copé, je sais mieux que tout le monde, je n'ai pas besoin de travailler avec vous, je n'ai pas besoin de savoir. Je sais déjà ce qu'il faut faire et voilà ce qu'il faudra faire."
C'est insupportable dans la méthode, parce que, comme le disait Alain Duhamel, c'est une négation du rôle, du droit, des méthodes du Parlement, de la sagesse collective du Parlement, du travail du Parlement, alors que ce Monsieur se fait le chantre de l'Hyperparlement. Il y a un paradoxe et une contradiction majeure. Et puis aussi, ça complique les choses parce que ce débat est difficile et il doit être fait avec modération et là, on l'excite. Alors précisément sur ce débat, pas question de faire un bilan d'étape. On va laisser la mission, effectivement, travailler.
Mais de quoi est-ce que l'on peut être sûr, aujourd'hui? Est-ce que vous avez des certitudes à l'heure qu'il est, après avoir écouté, effectivement, bon nombre de témoignages, d'acteurs ?
Oui, j'ai des certitudes mais en même temps j'ai des interrogations, comme tout le monde, comme tous ceux qui travaillent sur le sujet. J'ai une certitude, je dirais un peu plus loin qu'Alain Duhamel sur ce point : moi je sais que le port du voile intégral et de la burqa est quelque chose d'insupportable. Il y a des millions de femmes dans le monde qui se sont battues et beaucoup qui sont mortes pour avoir le droit de ne pas le porter, parce que c'est un instrument d'aliénation des femmes.
Le voile intégral et la burqa ont deux origines, mais ce n'est pas dans le Coran contrairement à ce que certains ont dit. Et tous les responsables musulmans sont venus nous dire qu'en aucun cas ce n'est une préconisation du Coran, mais que ce sont des pratiques minoritaires qui ont deux grandes sources : le Salafisme ou Wahhabisme, du côté de l'Arabie Saoudite, et les Talibans du côté de l'Afghanistan pour la burqa. Ce sont des pratiques politiques extrémistes et intégristes qui s'inscrivent dans une logique d'aliénation des femmes, de discrimination entre les femmes et les hommes. Et il y a quelque chose, là, d'insupportable et donc, vraiment, moi je suis de ceux - et je pense que c 'est l'unanimité au sein de la mission - qui ne supporteraient pas que cette pratique se répande en France - donc une volonté de l'empêcher. Je dis le mot "Empêcher" à dessein, sans exclure de l'interdire.
C'est ce que dit Copé aussi. Ce n'est pas justement une question religieuse.
Oui. Seulement Copé, pour les raisons que je vous ai expliquées tout à l'heure, il met la pagaille dans cette histoire simplement parce quand il dit "Moi je, moi je, moi je" il empêche le "nous" de s'exprimer sereinement et il énerve, il excite, il attise.
Il dit que c'est une question d'ordre public..
Alors est-ce que c'est seulement une question d'ordre public ? Moi je pense que c'est d'abord une question de discrimination et de violence faites aux femmes. Vous voyez déjà : on peut avoir des divergences sur le sujet. L'ordre public, comme le disait Alain Duhamel, n'est pas plus menacé par ces femmes que par les dealers dans certains quartiers où la police ne fait plus son travail. Mais voilà, c'est une certitude que j'ai. Violence faite aux femmes. On ne peut pas dire qu'on ampute ou qu'on invalide leur identité parce que le voile on peut le retirer, donc ce n'est pas une amputation, une annulation. Mais on voile leur identité, on empêche leur identité visuelle de s'affirmer. Cette violence-là est inacceptable. Donc ça c'est une première certitude.
Deuxième certitude : il ne faut pas stigmatiser une population. C'est-à-dire qu'il ne faut pas mettre en cause les Musulmans.
Mais il faut que les religions balaient aussi devant leurs portes.
Voilà, en même temps il faut que les religions balaient devant leurs portes. Nous l'avons dit aux responsables du Conseil Français du Culte Musulman : "faites-le. Si vous aviez fait le travail, si vous faisiez le travail, nous n'aurions pas à le faire."
Alors on nous dit à la fois, c'est un drôle de paradoxe, on nous dit : "ce n'est pas une préconisation du Coran, ce n'est pas une préconisation religieuse". Monsieur Sarkozy a même dit devant le Parlement à Versailles "Ce n'est pas une affaire religieuse". Sauf qu'on nous dit "si vous l'empêchez, vous allez porter atteinte à la liberté d'opinion religieuse." Donc il y a un paradoxe.
Il va falloir effectivement que les religions s'affranchissent d'un certain nombre de leurs dérives, et les combattent.
J'ai entendu un philosophe devant la mission dire cette chose, que vos auditeurs vont bien comprendre, elle est très pédagogique : "dire que les religions n'ont rien à voir avec leurs déviations intégristes et extrémistes c'est comme dire du football qu'il n'a rien à voir avec le hooliganisme, ou du Tour de France qu'il n'a rien à voir avec le dopage. Il y a un moment aussi, où il faut que chacun assume ses responsabilités." Alors voilà.
Donc c'est compliqué et il faut le faire avec sagesse et sérénité. Mais il y a un débat actuellement, là aussi je rejoins Alain Duhamel : ce n'est pas une bonne manière de traiter ces problèmes que de les traiter au moment du débat de l'identité nationale parce que ce n'est pas comme ça que l'on pose ces problèmes tranquillement et sereinement en République.
Sur votre blog, il y a marqué : "Je préfère une république qui rayonne par ses valeurs à celle qui blâme : l'interdiction ce serait la facilité".
Oui, mais en même temps, je n'ai jamais exclu l'idée d'interdire parce que ce n'est pas une interdiction liberticide : c'est au contraire une protection de la liberté des femmes de ne pas porter le voile pour celles qui le souhaitent. C'est cette protection-là, cette liberté-là qu'il faut défendre et qui, pour moi, est essentielle.
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