Meeting du Bourget : François Hollande vous a-t-il convaincu ?
Sondage ouvert le 23/01/2012
* sondage à valeur non scientifique Tous les sondages RTLCréé le 23/01/2012 à 11h40
Le secrétaire général de l'UMP répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Jean-François Copé a estimé que le candidat PS à l'Elysée, François Hollande, avait décliné sur tous les registres "le cadeau de Noël", la veille lors de son premier grand meeting de campagne au Bourget. Selon lui, en désignant le monde de la finance comme son adversaire principal, le député de Corrèze est "en décalage complet avec ce qu'est le monde d'aujourd'hui". "Etre l'adversaire de la finance dans un pays ouvert au monde, en 2012, c'est se tromper de registre", a-t-il dit.
Jean Michel Aphatie : Bonjour, Jean-François Copé.
Jean-François Copé : Bonjour.
La presse ce matin est unanime : François Hollande a réussi son discours hier. Vous qui avez souvent présenté le responsable socialiste comme "falot et sans caractère", avez-vous été surpris ?
Sur la forme, c'était un de ces bons gros meetings comme on sait les faire en début de campagne dans les grands partis politiques.
Pas plus que ça ? Il n'y avait pas de touche particulière ?...
Il y avait le monde qu'il fallait, il y avait l'enthousiasme militant qui sied à ce type de meeting, il y avait les people, dont d'ailleurs certains beaucoup moins allergiques au bling-bling que monsieur Hollande n'a l'air de le dire. Non, c'était de ce point de vue un lancement de campagne.
C'est une campagne présidentielle, c'est une campagne individuelle. Vous avez souvent dit : "Hollande est celui qui ne décide rien, il ne tient pas la barre de son camp, il n'a pas d'autorité". Alors, lorsque vous l'avez vu hier, est-ce que vous avez surpris ou pas ?
Surpris non.
Je vous posais la question sur ce que vous disiez avant de lui.
Oui, je ne peux pas vous dire que j'ai été nettement transformé.
Vous n'avez même pas été surpris ? Ce n'est pas ça ma question.
Je n'ai pas été surpris non, ni transformé par ce que j'ai entendu. Au contraire. Quel est le reproche que l'on peut faire à François Hollande : c'est finalement d'être, comme on en parle souvent, on dit de lui qu'il est habile, qu'il est prompt à la manœuvre, à la tactique. Personne ne dit jamais qu'il est courageux. Qu'est ce que c'est être courageux ? C'est oser quand on pense que c'est l'intérêt supérieur du pays qui est en cause, proposer des réformes difficiles au risque d'être impopulaire, si on sait que c'est au service du pays. Or hier, tout l'après-midi, on annonce qu'on aurait avec François Hollande, le Père Noël toute l'année ! Pardon de le dire très simplement.
J'entends bien que l'ambiance générale est "Ah, il est formidable, il a fait un discours, il y avait une ambiance, quel talent." Moi, ce n'est pas mon point de vue, parce qu'est-ce qui m'intéresse...
... Il n'est pas courageux ?
C'est de voir que sur le fond, qu'est ce qu'il fait comme annonces : il encadrera les loyers quand c'est trop cher, il fera un tarif social de l'eau pour ceux qui n'ont pas les moyens, il tordra le bras aux méchants Chinois en exigeant la convertibilité de la monnaie chinoise, comme si tout cela était évident. Il renégociera un traité européen, comme si tout ça, était si simple. Et ainsi suite, sur tous les registres de la vie humaine, il nous fait le cadeau de Noël.
En même temps, il ne pouvait pas reprendre le discours de l'UMP !
Ah, mais moi, je ne lui demande rien.
Je ne comprends pas ce que vous voulez dire par là, mais tout responsable politique fait des propositions à une tribune.
Quel est celui qui peut vous dire qu'il est contre le fait, d'encadrer les loyers pour lesquels c'est trop cher. Tout le monde peut dire ça. Le problème c'est que concrètement que chacune de ses propositions a des conséquences. Quand vous bloquer les loyers, la conséquence c'est que vous ne trouvez plus à vous loger dans un certain nombre de secteurs, c'est encore pire que ce que l'on peut connaître aujourd'hui. On sait que ce n'est pas la solution.
Mais vos administrés, votre ville, vos administrés doivent vous dire parfois que les loyers sont trop chers. Donc il ne faut rien faire ?
Ben si, mais c'est très exactement l'inverse, je crois qu'il faut proposer.Qu'est-ce qu'on doit faire, et c'est vrai que ce n'est pas tout à fait aussi agréable à entendre dans l'immédiat ? Il faut revoir les conditions dans lesquelles on travaille en France ; il faut revoir les conditions de financement de la Sécu qui aujourd'hui ne pèse que sur les entreprises ; voir comment, comme l'ont fait d'autres pays qui se sont engagés dans cette voie, je pense à l'Allemagne, on a le courage de tordre le bras à certaines mauvaises habitudes. Dans la droite ligne de ce que nous faisons depuis cinq ans. C'est ça que je veux vous dire, je comprends que l'ambiance générale, tout ça est merveilleux.
L'ambiance, ça a l'air de vous déplaire, Jean-François Copé...
Ne dites pas ça, vous qui êtes toujours soucieux d'équité, ne me dîtes que ça me déplaît.
J'imagine...
Le problème n'est pas là. Quel est mon rôle ? Il est simplement de donner au-delà de l'ambiance convenue, un éclairage qui est de dire attention, derrière toutes les belles paroles qu'on peut entendre à gauche, et notamment de la part de François Hollande, il y a une réalité, c'est qu'il est en décalage complet dans son discours, avec ce qu'est le monde d'aujourd'hui. Rendez vous compte qu'en 2012, un grand leader de l'opposition qui vous dit "mon ennemi, c'est la finance".
Nicolas Sarkozy a pu le dire : "Il faut sanctionner la finance, la Taxe Tobin..."
Ce n'est pas tout à fait la même chose... Non, excusez-moi !
Il a pu le dire Nicolas Sarkozy... Que la finance a amené la crise...
Là vous êtes parti sur un exercice qui est pas facile pour vous, c'est de vous faire l'avocat du diable. Être l'adversaire de la finance, dans un pays ouvert au monde en 2012, c'est se tromper de registre. Alors ça fait plaisir sur les bancs socialistes, mais pourquoi est-ce qu'on a besoin des marchés financiers? On a besoin des marchés financiers pour financer les dettes qu'on a contractées. Pourquoi est-ce qu'on les a contractées ? Pour financer des dépenses publiques, et notamment des dépenses sociales. Rien de tel que de baisser les déficits.
Je note au passage que Hollande nous fait perdre encore un an de plus, puisqu'il dit 2017, alors que nous voulons un retour à l'équilibre en 2016 vis à vis des Européens, et voilà on reprend un an de plus. Voilà c'est sur ces sujets que je dis attention, attention, ce décalage est la réalité du discours d'hier, et n'est en aucun cas, les belles promesses.
Une élection présidentielle, ce sont des personnalités qui se font face. Alain Duhamel a cité la phrase de François Hollande "J'aime les gens, quand d'autres sont fascinés par l'argent". Est-ce que ce genre de phrase peut rencontrer un certain succès, d'après vous, car on voit bien de quoi il s'agit.
Bien sûr, c'est l'angle classique que prend la gauche française depuis des années. Elle se l'applique assez rarement elle-même, mais en revanche c'est à chaque fois le bouc émissaire que l'on désigne.
Est-ce que Nicolas Sarkozy, de ce point de vue, du rapport à l'argent qu'il a eu notamment, au début du quinquennat, est-ce qu'il doit faire une auto-critique d'après vous ?
Moi, personnellement, je suis toujours un peu réservé sur ce type de choses, pour une raison très simple, parce que je crois que ça n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Le sujet d'aujourd'hui n'est pas de savoir si on doit remettre à chaque fois l'étiquette bling-bling alors qu'elle pourrait s'appliquer, je me permets de le dire, à beaucoup de personnalités de gauche qui passent pour le moment sous l'écran radar, mais qui un jour ou l'autre seront rattrapés par les rendez-vous de la vie.
Vous suggérez quelque chose, je ne sais pas quoi...
Non, je suggère simplement que cette manière assez traditionnelle de donner des leçons de la part du coté gauche de l'échiquier politique, on oublie que ça peut se retourner. Parce que celui les fait parfois à gauche, oublie ce qu'il est. Si je vous dis ça, c'est parce que je ne pense pas que ce soit le sujet de fond. Je crois que le sujet de fond dans ces périodes de crise, c'est d'inviter les français à un rendez-vous, en réalité avec leur propre destin. Que voulons-nous, une fois bien qu'on a bien tapé sur les boucs émissaires traditionnels, qu'est-ce qu'on fait pour s'en sortir ? Et il y a des clés. Ces clés, elles sont autour de l'idée qu'il faut être courageux, et qu'il faut être rassemblés.
Est-ce que l'UMP va investir Rachida Dati pour les Législatives en juin à Paris, Jean-François Copé, puisque vous êtes le secrétaire général de l'UMP ?
C'est un autre sujet. Là en l'occurrence, je ne sais pas, je n'ai pas la réponse sur ce point.
C'est à la fin de la semaine que vous finissez les investitures.
Pour le VIIème arrondissement de Paris, c'est François Fillon qui est investi.
Et Rachida Dati sera investie dans l'autre circonscription du VIIème ou pas ?
Non, pour l'instant, je n'ai pas connaissance de ça.
C'était un autre sujet, je vous le confirme.
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