Crédit : Alexia Kefalas
Les partis hostiles au plan de renflouement en hausse ?
La Grèce s'offrait samedi une journée de réflexion avant les élections
législatives de dimanche, scrutin capital dont les résultats pourraient
assombrir un peu plus l'avenir du pays au sein de l'Union européenne et
affaiblir la monnaie commune.
Les Grecs sont appelés à renouveler pour quatre ans les 300 sièges du
Parlement lors d'élections anticipées qui devraient sanctionner la
rigueur née de la crise de la dette et des plans de sauvetage financier
de leur pays. Les spécialistes des sondages jugent l'issue du scrutin
difficile à anticiper, aggravant la peur d'une nouvelle crise politique.
Le dernier sondage autorisé, qui remonte à 15 jours, donne le parti
conservateur Nouvelle démocratie (ND) et le Pasok socialiste
respectivement en première et seconde position. Mais leur popularité
pâtit des mesures d'austérité qui ont comprimé les salaires et fait
grimper le taux de chômage.
"Avec pour dilemme le maintien dans l'euro ou la faillite, il s'agit
pour les électeurs de l'un des scrutins les plus importants de ces
dernières décennies", soulignait samedi le journal de centre-gauche Ta
Nea. Le quotidien Ethnos, également orienté au centre-gauche, affirme
quant à lui : "Ce qu'on nous demande de faire, c'est de décider par
notre bulletin de vote si le pays aura un avenir ou non."
Si la ND et le Pasok ne parviennent pas à obtenir une majorité au
Parlement, ils devront courtiser les petits partis hostiles au plan de
renflouement, condition du versement de l'aide financière internationale
de 130 milliards d'euros, ce qui pourrait obliger Athènes à revenir sur
ses promesses, voire à sortir de l'euro.
L'Allemagne menace
L'inquiétude montait samedi en Grèce et en Europe, à la veille d'élections législatives qui pourraient voir un effondrement des deux grands partis traditionnels et une forte poussée des extrêmes, laissant craindre une paralysie du pays et une remise en cause des efforts de rigueur pour assurer son maintien dans l'euro.
Au dernier jour de la campagne électorale, le coup de semonce est venu d'Allemagne, sourcilleux gendarme du respect par Athènes de ses engagements, qui lui imposeront notamment de mettre en place dès le mois de juin de nouvelles mesures d'économies, pour un montant sur deux ans de 11,5 milliards d'euros. "Si les électeurs grecs votent pour une majorité qui n'honore pas ces engagements, la Grèce devra en supporter les conséquences", a déclaré selon les médias grecs le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dans un discours à Cologne.
L'adhésion à l'UE est "un acte volontaire", a-t-il insisté, alors que près de la moitié des électeurs grecs pourraient selon les sondages voter pour les petites formations qui de l'extrême gauche à l'extrême droite rejettent les diktats de l'austérité. L'UE et le FMI font pourtant dépendre de leur respect la poursuite du soutien au pays, confronté sans cela à une banqueroute qui ferait vaciller la monnaie unique. A Bruxelles aussi, le journal Le Soir s'inquiétait: "le sort de l'euro se joue dans les urnes grecques", titrait-t-il vendredi, jugeant que ce scrutin pourrait "avoir un impact bien plus rapide sur l'Europe", que la présidentielle française.
L'organisation bancaire internationale IIF, partenaire d'Athènes pour la restructuration de la dette grecque a elle aussi mis en garde vendredi contre une domination du bloc du "non" à l'austérité, qu'elle estime à "60% des votes ou plus", "ce qui rendrait difficile un mandat populaire clair pour soutenir l'ajustement budgétaire et les réformes".
Ce désaveu des artisans locaux de la rigueur, le Pasok socialiste, qui devrait perdre plus de la moitié de ses 44% d'électeurs de 2009 et la Nouvelle-Démocratie conservatrice, à qui sa victoire annoncée autour de 25% ne donnera pas le pouvoir, se combine toutefois avec une forte europhilie. Au fil des sondages, le soutien de plus de trois-quart des Grecs à l'euro n'a encore jamais été démenti.
Reprenant le dilemme posé par le dirigeant socialiste Evangélos Vénizélos, qui a tenu vendredi soir son dernier meeting à Athènes, le quotidien Ethnos (populaire socialiste) titrait ainsi samedi sur "la grande décision" attendant les électeurs: "euro et stabilité ou cité à la dérive".
"Besoin de stabilité"
Porte-parole de la Nouvelle-Démocratie (ND), le journal Elefthéros Typos relevait aussi "le besoin de stabilité" pour le pays. En rupture avec le dirigeant conservateur Antonis Samaras, qui a jusque là exclu toute coopération avec le Pasok, menaçant de renvoyer le pays aux urnes s'il n'avait pas un "mandat fort pour gouverner seul", le quotidien évoquait toutefois déjà ce scénario de coalition au vu de "la menace de Bruxelles, en l'absence d'un gouvernement fort et stable de couper les prêts" promis. Le pays attend encore 160 milliards d'ici 2015, en sus de 98 milliards déja versés depuis mai 2010.
Il aura d'autant moins de temps à perdre pour se trouver un exécutif que le retour de la troïka, le trio de représentants de l'UE et du FMI surveillant son ajustement est prévu pour la mi-mai, moment où il devra aussi envoyer un représentant à une réunion de l'Eurogroupe.
Le FMI a rappelé cette semaine que "rien n'a changé" sur ce qui sera alors demandé au gouvernement, soit "la mise en oeuvre des principaux objectifs" de redressement, avalisés par le Pasok et la ND depuis leur alliance dans un cabinet de crise en novembre.
Si M. Vénizélos, 55 ans plaide désormais pour un délai supplémentaire d'un an, et M. Samaras, 61 ans, conteste le "dosage" des mesures en promettant des baisses d'impôts, c'est moins leur volonté que leur capacité à imposer les nouveaux sacrifices requis, en cinquième année de récession et avec un chômage à plus de 20%, qui va se jouer dans les urnes.
La montée du fascisme inquiète
Et ce même dans le cas où la ND se plierait finalement à un accord avec les socialistes, en l'état la seule formule garantissant une coalition majoritaire au vu des pronostics des votes. Aux termes de la Constitution, le pays disposera d'une dizaine de jours pour trancher. "L'issue probable est un gouvernement plus fragile jusqu'à de nouvelles élections", prédisait sombrement, dans un autre maillon faible de l'euro, le quotidien portugais Diario Economico.
Au royaume de la finance, c'est toutefois plutôt la percée prévue du groupe néo-nazi Chryssi Avghi (Aube dorée) qui nourrissait les craintes: "le fascisme surgit du désespoir grec", s’émouvait le quotidien britannique de centre-gauche The Independant, jugeant que la réponse au dilemme l'euro ou le non se trouvait dans un relâchement de l'austérité au profit de la relance.
(Avec agences)
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