Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 23/02/2010 à 09h00 - Mis à jour le 23/02/2010 à 09h52

Gérard Collomb / AFP / Boris Horvat
Gérard Collomb, le sénateur-maire socialiste de Lyon, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. En direct depuis le bureau RTL de Lyon, il s'est exprimé sur son soutien à Georges Frêche, le président controversé de la région Languedoc-Roussillon.
Bonjour Gérard Collomb.
Bonjour.
Vous êtes avec nous depuis le bureau RTL de Lyon. Vous allez prendre le train dans un peu plus d'une heure et vous serez à Montpellier à l'heure du déjeuner que vous partagerez avec Georges Frêche, le Président sortant de la Région Languedoc-Roussillon. Que voulez-vous montrer ou démontrer, Gérard Collomb, en vous affichant ainsi avec Georges Frêche ?
Tout d'abord, si vous voulez Jean-Michel Aphatie, l'histoire de l'affaire Frêche. Moi, lorsque j'ai entendu dire : "Georges Frêche c'est quelqu'un d'antisémite" ?
Moi je connais Georges Frêche depuis vingt ans. On peut dire beaucoup de choses de lui, que c'est une grande gueule, qu'il n'a pas toujours le style. Mais Georges Frêche antisémite, ça je peux témoigner du contraire.
Il se trouve que j'étais, il y a une dizaine d'années, avec lui en Israël dans une période particulièrement difficile et Georges Frêche était l'un des meilleurs soutiens d'Israël. Il l'est toujours auprès de la communauté juive, donc j'avais trouvé que c'était un mauvais procès.
Alors vous faites référence aux propos qu'il a tenus concernant Laurent Fabius : "ce mec a une tronche qui n'est pas très catholique". Laurent Fabius, ici même, avait dit : "les propos de Georges Frêche ont évidemment un caractère antisémite". C'est Laurent Fabius qui l'a dit.
Oui, mais je ne le crois pas. Je crois que Laurent Fabius et Georges Frêche ne sont pas des amis depuis longtemps. Mais à mon avis, le fond du problème n'est pas l'antisémitisme, c'est les rivalités au sein du Parti socialiste qui, comme le dit Franz-Olivier Giesbert actuellement, ressortent et que l'on voit effectivement s'exacerber.
Vous savez, dans cette affaire, moi je ne serais pas réintervenu. Pendant longtemps, j'ai refusé des interviewes parce que je pensais qu'il fallait calmer les choses et faire en sorte que ceux qui, aujourd'hui, font campagne sur le terrain, puissent ne pas être embarrassés par "l'affaire Frêche". Mais lorsque j'ai entendu qu'on allait exclure quarante amis du Parti socialiste qui, depuis vingt ans, se battent sur le terrain je me suis dit "là, il faut intervenir parce que l'on dépasse les bornes".
Qui dépasse les bornes ?
Je crois que c'est la direction du PS qui, aujourd'hui, est en train d'ailleurs de faire machine arrière. Si je comprends bien, au moins l'engagement de François Rebsamen, "mon engagement aura une conséquence c'est que ses amis seront peut-être temporairement suspendus mais ils ne seront pas exclus du Parti socialiste, ce qui est bien".
Après tout, j'ai entendu Martine Aubry. Hier, elle est allée soutenir Jean-Paul Bachy qui était un candidat exclu du PS. Comme quoi, dans le temps, les choses varient.
Oui, on s'y perd un peu au Parti socialiste.
Vous avez raison, de temps en temps.
Pourquoi Martine Aubry se comporte t-elle comme ça d'après vous, Gérard Collomb vis-à-vis de Georges Frêche ?
Je vous le disais : je pense que Franz-Olivier Giesbert vient de faire une analyse qui est excellente.
Ah, mais toujours !
Il vient de montrer effectivement que les fédérations du Languedoc-Roussillon étaient plutôt pour Dominique Strauss-Kahn, voire s'il ne revient pas, pour François Hollande. Et donc se débarrasser des fédérations du PS du Languedoc-Roussillon, c'est finalement faire coup double : d'une part on dit "je m'élève au nom de la vertu" et puis en même temps, on se débarrasse de gens qui pourraient être encombrants.
Donc, petite manoeuvre pour se débarrasser de Georges Frêche.
Je le crains hélas et je crois que cela ne grandit pas le PS. J'espère que l'on va se remettre sur d'autres sujets. Vous savez, par exemple, on prépare une convention du PS sur le projet. Est-ce que vous en entendez parler, aujourd'hui ? Non, jamais.
Non, mais on va en entendre parler.
J'espère qu'on va en entendre parler parce que c'est sur le fond qu'il faut que le Parti socialiste revienne. Le véritable problème.
Pour vous, Georges Frêche est toujours socialiste ?
Pour moi, il est socialiste de cœur.
Il faudrait le réintégrer ?
Ecoutez, vous savez les histoires entre les hommes et leur parti sont toujours plus complexes que l'on croit.
Est-ce qu'il faudrait le réintégrer dans le Parti socialiste ?
Georges Frêche n'a pas demandé à être réintégré. Mais il sera toujours un socialiste de coeur. Je crois que Frêche c'est quelqu'un qui s'est battu pendant des années pour son parti, pour les valeurs de gauche auxquelles il croyait. Et ça, on ne peut pas le lui enlever.
Vous savez, je crois que la conception du PS c'est pas "le PS tu l'aimes ou tu le quittes". C'est plus complexe que cela.
Vous seriez dans le Languedoc-Roussillon, Gérard Collomb, vous voteriez pour Georges Frêche sans aucun problème ?
Sans problème, parce que lorsque je regarde ce qu'il a fait de sa ville en vingt ans, une ville qui n'existait pas, qu'il a développée. Vous savez, finalement, la France ce n'est pas un sujet qui soit hors sol. Lorsque Georges Frêche développe l'économie de Montpellier, l'urbanisme, c'est la France qu'il projette en avant. Et donc aujourd'hui on s'interroge pour savoir comment la France, demain, résistera aux pays émergents, au Brésil, à la Chine, etc. Avoir des gens qui sur le terrain...
Et donc, il faut copier Georges Frêche.
... bâtissent la réalité économique, et bien c'est pas mal du tout.
Vous qui êtes un élu local, Gérard Collomb, vous êtes le maire de Lyon, quand vous apprenez que Georges Frêche a fait voter en Conseil d'agglomération l'aménagement d'une place à Montpellier, la place du XXème siècle, et qi'il va y mettre une statue de Mao et de Lénine, vous dites "bravo je ferai pareil à Lyon" ?
Vous savez Georges Frêche, comme vous le savez, est amateur d'art contemporain et l'art contemporain c'est toujours la provocation. Si j'avais dû censurer tout ce qui, dans les biennales d'art contemporain de Lyon, ne me semblait pas tout à fait orthodoxe, j'aurais censuré beaucoup.
On ne parle pas de la même chose. Là vous parlez d'artistes qui produisent des choses que vous qualifiez de provocatrices parfois. Moi, je vous parle d'un élu.
Mais Georges Frêche c'est un provocateur.
D'un élu qui, sur les deniers publics, va faire une statue à Mao et Lénine.
Ecoutez, je vais lui en parler tout à l'heure. Je lui dirai qu'il ne prenne pas, peut-être, Mao ou Lénine, encore que Lénine, certains dans la gauche, sont beaucoup moins catégoriques que moi je ne le serais.
Ah oui, c'est un grand démocrate, Lénine. Il en a fait tuer quand même quelques dizaines de milliers.
C'est comme cela, si vous voulez que j'ai adhéré au Parti socialiste.
Ah, oui, grâce à Lénine...
Non. Parce que dans ma jeunesse, j'ai toujours été un social-démocrate qui détestait le totalitarisme. Et donc, moi je me suis engagé parce que le socialisme pour moi c'était la liberté. Mais le socialisme c'est aussi de la liberté de ton, de la liberté de pensée. Et si l'on veut que tout le monde soit sur un modèle unique, alors excusez-moi mais ce n'est plus le Parti socialiste du débat, davantage celui de Blum ou de Jaurès.
Cela vous fera un sujet de conversation avec Georges Frêche.
Je voudrais vous en soumettre un autre, Gérard Collomb. Dans le magazine Le Point que dirige Franz-Olivier Giesbert, du 4 février, il y a une interview de Georges Frêche. Et Georges Frêche dit ceci : "le CRIF qui est le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France est un peu instrumentalisé par Sarkozy, mais c'est normal : le grand-père de Sarkozy était juif". "Dans la plupart des régions" poursuit Georges Frêche, "les juifs ont voter Sarkozy". Vous allez lui en parler de cette analyse politique ?
Que la communauté juive ait voté dans son plus grand nombre pour Nicolas Sarkozy, moi qui suis très proche de la communauté juive, je peux vous l'affirmer.
Mais comment vous le savez ? Qui recense le vote des juifs, en France ?
Ecoutez, si vous, vous ne savez pas comment, comme commentateur, vote un certain nombre de quartiers, un certain nombre de communautés, c'est que vous ne regardez pas de très près.
Moi, je peux vous dire que les mêmes qui ont voté Sarkozy ont voté ensuite pour moi parce qu'aujourd'hui les gens ne votent plus par idéologie fermée, mais en fonction des hommes et des projets qu'ils présentent à un moment donnée.
Cela vous fera un sujet de conversation avec Georges Frêche.
Et donc, je le sais bien parce que justement je suis très proche de cette communauté, je sais qu'elle a voté Sarkozy et qu'ensuite elle peut voter pour des hommes de gauche. C'est ce qu'elle va faire, par exemple, dans beaucoup de régions pour les élections régionales.
Allez, souhaitons que vos derniers propos ne soient pas trop commentés. Bon déjeuner avec Georges Frêche, Gérard Collomb.
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