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François Hollande : "Le Président n'a pas pris la mesure de la crise morale que traverse le pays"

Créé le 13/07/2010 à 11h47

François Hollande sur RTL le 16 février 2010

François Hollande sur RTL le 16 février 2010 / La rédaction de RTL

L'ancien premier secrétaire du Parti socialiste répondait aux questions de Philippe Corbé mardi matin. Nicolas Sarkozy a "avoué" qu'un soupçon de conflit d'intérêts pesait sur Eric Woerth en lui conseillant de renoncer à être le trésorier de l'UMP, a dit François Hollande. Le député de Corrèze a par ailleurs jugé "inédit" qu'un président annonce un remaniement ministériel trois mois à l'avance, ce qui donne aux ministres un "contrat à durée très déterminée" au sein du gouvernement. Ecouter aussi :
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Philippe Corbé : Bonjour, François Hollande.

François Hollande : Bonjour, Philippe Corbé.

Nicolas Sarkozy s'est posé, hier soir, comme un homme d'équilibre et de sang-froid. Est-ce que vous avez été rassuré par ce sang-froid ?

Ah, je pense qu'il a fait des efforts pour dominer son tempérament.

Ce n'est pas naturel, il faut qu'il fasse un effort ?

Je pense qu'il a été dans la lutte par rapport à ce que son caractère peut parfois emporter, c'est-à-dire un manque de sang-froid et souvent des jugements à l'emporte pièces. Là visiblement, il voulait dominer son interlocuteur, ça ce n'était pas le plus difficile mais dominer aussi son tempérament. Mais moi ce que j'ai trouvé surtout c'est qu'il ne prenait pas la mesure de la crise morale qui traverse le pays.

Justement, le Président dénonce des calomnies. Il assure qu'Eric Woerth est lavé de tout soupçon, que c'est un honnête homme. On a entendu, plusieurs fois, le mot honnête hier soir dans la bouche du Président ? Est-ce que vous considérez, ce matin, qu'une page est tournée dans l'affaire Woerth-Bettencourt ?

Je considère qu'il y a eu deux aveux de la part du Président de la République, malgré tout. Le premier, ça a été en demandant à Eric Woerth de cesser d'être trésorier de l'UMP, de mettre un terme à une confusion.

Donc, il vous écoute, vous les socialistes qui demandez ceci depuis un mois ?

Je pense qu'il ne pouvait pas faire autrement. Néanmoins, c'est un aveu. S'il demande à Eric Woerth de ne plus être trésorier de l'UMP, c'est qu'avoir été trésorier de l'UMP et ministre du Budget posait visiblement un problème et notamment une suspicion de conflits d'intérêts.

Et puis, il a fait un deuxième aveu en installant une commission. C'est un jeu facile, chaque fois qu'il y a un problème on ouvre une commission. Mais malgré tout, il a souhaité qu'il y ait une commission sur les conflits d'intérêts, c'est bien qu'il y avait matière à suspecter des conflits d'intérêt et notamment par rapport à la présence de l'épouse de l'ancien ministre du Budget, comme conseillère fiscale ou conseillère patrimoniale de la première fortune de France. Donc malgré ces dénégations, malgré sa volonté de clore une page, un épisode, le Président de la République a été forcé d'admettre qu'il y avait eu une double confusion, un double risque de conflits d'intérêts.

Une commission qui réunirait toutes les familles politiques pour réfléchir à ce problème du conflit d'intérêts, vous allez être forcés d'y participer, les Français auraient du mal à comprendre que les socialistes refusent de réfléchir à cette question du conflit d'intérêts ?

Il y aurait une bonne manière de faire puisque les socialistes ont demandé une commission d'enquête sur l'affaire et sur les conflits d'intérêts, eh bien organisons cette commission d'enquêtes. Elle est parfaitement pluraliste, elle regroupera toutes les familles politiques représentées à l'Assemblée nationale et permettra non seulement de jeter un regard nécessaire sur ce qui s'est passé mais d'en tirer les conclusions pour l'avenir notamment en matière de conflits d'intérêts. Ca vaut pour les membres du gouvernement, je suis d'accord ; ça vaut aussi pour les membres du parlement.

Le Président annonce une nouvelle étape, en octobre. Est-ce que le remaniement peut attendre jusqu'à octobre ? Est-ce qu'Eric Woerth peut défendre la réforme des retraites en septembre à l'Assemblée ?

C'est inédit qu'un Président annonce une date pour un remaniement. On peut dire qu'il n'y aura pas de remaniement, ça c'est une posture que je peux parfaitement admettre mais donner un rendez-vous pour un remaniement c'est considérer que ceux qui sont aujourd'hui ministre ou secrétaire d'état sont là pour un contrat à durée très déterminé, à peine trois mois.

C'est une facilité au gouvernement...

Et on voit bien qu'il y a là une contradiction. Ou ce gouvernement est bon alors pourquoi le changer ! Pas plus en octobre qu'à la saint Glinglin ! Et s'il est mauvais, et il y a eu quelques légèretés, et je ne parle pas des deux qui sont sortis sans qu'on sache exactement si ça venait d'eux mêmes ou si ça venait du Président de la République ou du Premier ministre ; mais alors à ce moment-là, s'il y en a qui ont commis des légèretés, et il y en a eues, chacun a à l'esprit un certain nombre d'histoires ou de comportements, alors mieux valait faire le remaniement tout de suite.

Ca vous agace quand sur les retraites, par exemple, il évoque publiquement pour la première fois, l'erreur majeure de François Mitterrand de passer de 65 à 60 ans ?

Ce n'était pas une erreur de faire la réforme des retraites, c'est-à-dire là en l'occurrence la retraite à 60 ans, nous étions en 1982, et il y avait beaucoup de nos concitoyens qui sont aujourd'hui en retraite, qui n'en pouvaient plus, qui avaient commencé leur vie professionnelle à 14 ans, 15 ans, 16 ans, et qui attendaient depuis des années qu'il y ait une réforme qui permette de partir à 60 ans. Donc, ce n'est pas une attaque contre les socialistes, je ne l'ai pas, en tout cas, moi vécue comme ça, j'ai trouvé que c'était une attaque contre tous ceux qui étaient partis à la retraite à 60 ans et que l'on - en l'occurence, Nicolas Sarkozy -  regardait comme des privilégiés.

En tout cas, il y avait une attaque directe contre les Socialistes, notamment les présidents de collectivités locales de Gauche, départements, régions. Vous, vous êtes président du conseil général de la Corrèze, il dit : "Vous devriez vous aussi faire un effort pour limiter le nombre de fonctionnaires comme moi je l'ai fait à la tête de l'Etat".

Mais vous savez, vous rappelez que je suis président de conseil général de la Corrèze. Nous avons pris un certain nombre de fonctionnaires d'Etat parce que des tâches, des compétences nous ont été transférées. Nous n'avions rien demandé. Donc, ça serait quand même un comble d'être accusés, alors que l'Etat nous renvoie un certain nombre de ses agents pour des missions tout à fait indispensables, je pense notamment au secteur social ou au secteur des routes, de dire maintenant, nous n'en voulons pas, nous allons les renvoyer.

Il dit, par exemple, en dix ans pour les régions, uniquement les régions, 34.000 créations d'emploi hors transferts de compétences.

Là, il s'agit pour l'essentiel des personnels des lycées, personnels administratifs, techniques qui ont été transférés. Il a pris d'ailleurs un mauvais exemple. Ce ne sont pas dans les régions qu'il y a eu des recrutements, ce n'est pas dans les régions qu'il y a le plus de fonctionnaires, il aurait pu s'adresser aux communes, c'est dans les communes qu'il y a le plus d'agents publics ou dans les départements. Mais je crois que pour répondre à votre question et pour répondre aussi à l'interpellation de Nicolas Sarkozy, chacun a à faire des économies, mais chacun doit être "juste". Le mot a été prononcé très souvent, hier, par le Président de la République. "Je veux être juste".

Or, tout ce qu'il fait c'est la crise morale, tout ce qu'il a décidé depuis 2007 qu'il est Président de la République, c'est toujours marqué par l'injustice que ce soit sur les retraites, sur la maladie, sur le logement, même sur les économies à faire, moi je pense qu'il faut faire des économies dans le budget de l'Etat et il y a des avantages fiscaux qui ont été accordés sur lesquels il faut revenir ; mais là s'en prendre, par exemple, à l'allocation logement des étudiants pour la prochaine rentrée, je considère que ça n'a même pas de sens par rapport à l'appui qu'il faut donner, au soutien qu'il faut donner à la jeunesse dans notre pays.

Les socialistes disent parfois que Nicolas Sarkozy est un homme d'argent. Il disait, hier soir : "Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l'argent que des gens qui le détestent, c'est un rapport malsain".  Est-ce que Nicolas Sarkozy est un homme d'argent ?

Moi je ne veux pas porter de jugement. Ce que je sais c'est que Nicolas Sarkozy parle beaucoup d'argent, c'est un sujet qui l'intéresse. D'ailleurs, il en a parlé à la télévision et un des mots actuels de notre société, au sommet de l'Etat, c'est précisément qu'il n'y a pas de distance par rapport à l'argent, non pas qu'il faudrait détester ou aimer l'argent. Vous demandez à ceux qui n'en ont pas s'ils voudraient en avoir ?

Tout le monde voudrait en avoir davantage.

Bien sûr. Mais c'est le rapport à l'argent. Et quand il a dit : "J'aurais pu gagner de l'argent si je n'avais pas fait Président de la République". C'est quand même une curieuse conception des choses. Lorsqu'on s'est engagé, on ne s'est jamais posé cette question ! Pourquoi avoir presque un regret ou une forme de contrition ! Et est-ce que ce n'était même pas lui qui disait que finalement, après avoir été Président de la République il gagnera de l'argent. Je souhaite donc pour Nicolas Sarkozy qu'il puisse gagner de l'argent pour qu'il ne soit plus Président de la République.

François Hollande, qui aimerait que Nicolas Sarkozy gagne beaucoup d'argent, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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