Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 31/07/2008 à 12h07 - Mis à jour le 31/07/2008 à 15h18

François Hollande sur RTL / capture rtl.fr
Invité de RTL, François Hollande a estimé que le président et le gouvernement "s'agitaient beaucoup mais restaient bras croisés sur la détérioration de la situation économique". "Même en période de vacances, on ne peut pas rester inactifs" a estimé le premier secrétaire du PS qui a également dénoncé les indemnités que vont toucher les dirigeants démissionnaires du groupe Alcatel-Lucent : "Rien n'a été fait par Sarkozy. Le PS avait demandé un plafonnement de ces indemnités de départ et une fiscalisation lourde sur ces indemnités".
Bonjour François Hollande.
Bonjour Philippe Corbé...
François Fillon vient d'annoncer aux partenaires sociaux son intention d'augmenter les cotisations retraites et de diminuer les cotisations chômage. Le PS dénonce le mépris du gouvernement pour le dialogue social et pourtant, François Hollande, c'était une mesure attendue, prévisible. Les caisses de l'Assurance Chômage ont été un peu renflouées ces derniers mois.
Mais pourquoi en faire l'annonce au mois de juillet, au moment du départ en vacances ? Pourquoi prendre les partenaires sociaux là de court, même si c'est vrai que ces décisions faisaient partie de ce qui pouvait être des hypothèses ? Je crois qu'il y là de la désinvolture et c'est ça qui est coupable, avant même de se pencher sur la décision elle-même. L'augmentation des cotisations vieillesse peut être compensée, je l'espère en tout cas, par la baisse des cotisations chômage. Mais quand on a le dialogue social toujours dans la bouche, on doit le pratiquer et François Fillon, lui, il est parti en vacances, il a envoyé sa lettre et il a dit aux partenaires sociaux : ben voilà, c'est ma décision et vous n'avez plus rien à dire, plus rien à faire, elle sera prise à la rentrée.
En plein débat justement sur l'utilisation de ces excédents de l'assurance chômage, on apprend ce matin que le nombre de chômeurs augmente à nouveau, pour le deuxième mois consécutif, François Hollande : +0,2% en juin. Est-ce que pour vous c'est une mauvaise nouvelle ou finalement c'est une confirmation de ce que vous dénonciez ces derniers mois ?
Oui, mais moi je ne veux pas être un oiseau de mauvaise augure. Je préfère que le chômage baisse, je préfère que le pouvoir d'achat augmente, je préfère que la croissance reprenne. Ce n'est pas le cas et vous avez raison de mettre en évidence les deux informations. D'un côté, on dit on va baisser les cotisations chômage, nous l'espérons, pour financer les régimes de vieillesse. Et puis, ensuite, on annonce que le chômage a repris sa progression et notamment chez les jeunes, et c'est là le chiffre le plus inquiétant. Plus de 6% pour l'augmentation du chômage des jeunes de moins de 25 ans. C'est là que l'on peut avoir effectivement les plus grandes appréhensions pour l'avenir. Et moi, je trouve que le gouvernement et le Président de la République s'agitent beaucoup, mais restent finalement bras ballants ou bras croisés, je ne sais ce qu'il faut dire, par rapport à la détérioration de la situation économique. On a suffisamment d'indices partout pour être vraiment dans une très grande vigilance par rapport à ce qui se produit, puisqu'il y a à la fois une augmentation du prix du pétrole, on la connaît, un niveau de l'euro qui est très élevé...
Qui s'est un peu tassée ces dernières semaines... l'augmentation du prix du pétrole.
Oui, mais reprend. On sait qu'elle va rester à un niveau, enfin, le prix du pétrole va rester autour de 120-130 dollars le baril, c'est beaucoup. Et face à ce ralentissement de la croissance, le gouvernement et le Président de la République nous disent : il ne faut rien changer, notre politique est bonne. Partout en Europe et dans le monde, il y a des plans de relance... aux Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne, pas en France. Donc, moi, je mets en cause effectivement non seulement les choix qui ont été faits il y a maintenant plusieurs mois, le fameux paquet fiscal qui nous a privés de toute marge de manoeuvre et qui, visiblement, n'est pas efficace. Mais je mets en cause le fait qu'aujourd'hui, même en période de vacances, on ne peut pas rester comme ça inactif, indifférent à la détérioration de la situation économique, qui est attestée par deux chiffres.
Le gouvernement n'est pas totalement puisque, en dévoilant par exemple son plan sur l'assurance maladie, on s'attendait à des mesures douloureuses pour les patients, et finalement le gouvernement choisit de taxer plutôt les mutuelles et d'épargner les assurés. Donc, il ne reste pas totalement bras ballants.
Si vous pensez que ça va rassurer les Français, j'entendais le commentaire sur le moral de nos concitoyens, que d'apprendre qu'il va y avoir un prélèvement sur les mutuelles et les complémentaires santé, parce que ça va être immédiatement répercuté sur les cotisations des assurés sociaux et des mutualistes. Donc là, il y a la forme, j'allais dire suprême, de l'hypocrisie gouvernementale, qui consiste à dire : mais je ne vous touche pas. Regardez, je ne vous fais pas de mal, mais je fais effectivement du dégât à ce qui correspond à votre protection et qui, forcément, aura un coût, c'est-à-dire vos mutuelles et votre complémentaire santé. Là aussi, je pense qu'il n'est pas honnête de la part du gouvernement de laisser penser que nul ne paiera, si ce n'est des vagues organismes sociaux qui, finalement, sont ceux des Français.
Autre sujet économique : le départ des deux dirigeants d'Alcatel Lucent avec des indemnités allant jusqu'à 6 millions d'euros, malgré l'échec de la fusion des deux groupes.
Je me souviens avoir entendu le Président de la République protester, s'insurger devant de telles indemnités, retraites chapeau, etc. Rien n'a été fait. Le Parti Socialiste, je l'avais fait moi-même, avait demandé qu'il y ait pour le moins un plafonnement de ces indemnités de départ. Quand on a échoué, il n'y a nulle raison d'avoir des indemnités qui atteignent ce niveau-là, mais plus encore, une fiscalisation quasiment lourde sur ces indemnités et là encore, rien n'a été fait. Donc, nous avons cette situation insupportable où, en même temps qu'on annonce des résultats en baisse pour Alcatel Lucent, eh bien, on va verser 6 millions d'euros, on n'a même plus les ordres de grandeur en tête. Alors, c'est vrai que quand Bernard Tapie en reçoit 400, on se dit que 6 c'est un pourboire. Mais 6 millions d'euros pour des dirigeants qui ont échoué, c'est un pur scandale, pour reprendre des mots qui sont hélas maintenant tombés dans le domaine courant du vocabulaire politique. Mais je demande donc, plutôt que de m'insurger, je demande donc qu'il y ait un plafonnement à l'avenir par la loi des indemnités de départ et une fiscalisation de ces indemnités à un niveau plus élevé qu'aujourd'hui.
François Hollande, une question brève : la Chine confirme ce matin qu'elle ne reviendra pas sur sa décision de censurer internet durant les Jeux Olympiques, contrairement à ce qu'elle avait promis au Comité International Olympique. Est-ce que cette censure chinois remet en cause, selon vous, la présence de Nicolas Sarkozy, la semaine prochaine, à la cérémonie d'ouverture ?
Vous savez, comme Nicolas Sarkozy n'a posé aucune condition à sa venue en Chine pour la cérémonie d'ouverture, il ira vraisemblablement ce jour-là dans le lieu même des Jeux Olympiques, ce qui est, dans une certaine mesure, compréhensible. Mais dans un pays qui n'a pas respecté, c'est le moins qu'on puisse dire, les engagements qu'il avait pris. Donc, moi, je déplore qu'on n'ait posé aucune condition, ce qui permet à la Chine, aujourd'hui, de faire ce qu'elle veut pour l'organisation des Jeux Olympiques et là encore, la méthode de Nicolas Sarkozy, c'est de parler, de faire de l'incantation, de l'agitation, mais au moment des faits, c'est finalement de se soumettre.
C'est l'été, mais ça chauffe beaucoup au PS. Les clans se font, se défont, tout le monde s'observe, se jauge, se juge. Il s'y passe presque plus de choses que dans la télé-réalité de TF1 "Secret Story". Est-ce que vous vous amusez à ce jeu-là pendant tout l'été, François Hollande ?
Non, moi je pense qu'un congrès c'est une affaire sérieuse, c'est pour débattre des préoccupations des Français, c'est pour faire apparaître des débats qui peuvent correspondre à des choix : quel mode d'opposition à Nicolas Sarkozy ? quel rassemblement à gauche ?
On a vu vos proches se réunir l'autre jour et faire une tribune dans la presse.
Qu'est-ce qu'ils ont dit ? Ils ont dit : il faut mettre de la cohérence. Cohérence dans notre mode d'opposition à Nicolas Sarkozy, pas de voix qui finissent par donner du brouillage ou du brouillard, de la cohérence dans la stratégie de rassemblement, c'est toute la gauche qui doit se rassembler. De la cohérence dans nos propositions. Il faut que sur les sujets qu'on a évoqués, la croissance, les retraites, l'assurance maladie, le Parti Socialiste soit en alternative. Et puis enfin de la cohérence dans nos comportements. Et, vous avez raison, il y en a besoin. Et donc, je souhaite qu'après le congrès, ce soit un parti cohérent qui soit en situation d'être l'alternative.
François Hollande était l'invité de RTL ce matin depuis son lieu de vacances. Bonne journée.
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