
François Fillon sur RTL le 17 février 2012
Crédit : RTLCrédit : Jean-Michel Aphatie
Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Fillon.
François Fillon : Bonjour.
Votre successeur à Matignon, Jean-Marc Ayrault, était à votre place, hier. Qu'est-ce que vous pensez de Jean-Marc Ayrault ?
(Silence) Ecoutez, l'homme, je le connais et j'ai de l'estime et du respect pour lui. Pour le reste, j'attends de voir ce qu'il va faire à la tête du gouvernement. Je note que le démarrage n'est pas aussi brillant que ce qu'on pouvait attendre, compte tenu des critiques...
... Vous êtes déçu ?
... Compte tenu des critiques extrêmement fortes...
(Rire)
... Que Jean-Marc Ayrault et ses amis faisaient sur le fonctionnement de mon propre gouvernement. Je sais bien que les couacs, c'est le métier qui rentre ; mais enfin là, on a assisté quand même à un petit festival, la semaine dernière.
Vous pensez à quoi ?
Je pense à madame Taubira et à ses annonces...
... C'est la nouvelle cible, madame Taubira !
Non, non, non, enfin je veux dire, je pense...
... Ah c'est incroyable !
... Au ministre du Redressement productif...
Oui.
... Qui, avant même d'avoir commencé à exercer ses fonctions, annonce qu'il y aura sans doute des échecs, et qui ne réussira pas tout, sans parler de sa condamnation. Je pense surtout à François Hollande qui est allé à Camp David ; et on a vu un Président de la République qui était assez différent de l'orateur du meeting du Bourget, de celui qui pourfendait la finance internationale et qui, tout d'un coup, se trouvait être assez à l'aise au milieu de messieurs Cameron, Obama et Merkel.
Et puis qui, deux jours après, à Chicago, a passé apparemment sans difficultés 48 heures avec les chefs de gouvernement de l'OTAN. Lui qui défendait la motion de censure contre mon gouvernement lorsque nous avons décidé d'intégrer complètement l'OTAN et qui avait pris l'engagement formel de quitter immédiatement cette structure dès qu'il serait élu Président de la République. Voilà.
On change mais surtout ça signifie qu'il y a eu beaucoup de postures, il y a eu beaucoup d'impostures pendant toute cette campagne.
Et il y a un peu d'amertume, chez vous, quand vous dites tout ça ?
Ah, on n'est jamais... Enfin, il y a toujours de l'amertume quand on a perdu ; et surtout quand on a perdu sur un score aussi étroit que celui qui a été à l'occasion des élections présidentielles et après une campagne qui a quand même été essentiellement une campagne contre le Président de la République où l'anti-sarkozysme a complètement dissimulé la réalité de la situation économique et financière qui était évoquée à l'instant et qui est grave ; qui est grave pour l'Europe et qui est grave pour la France.
Un mot sur Arnaud Montebourg avant d'en venir à l'UMP, François Fillon. Arnaud Montebourg, vous l'avez dit au détour de votre phrase, a été condamné à un euro symbolique. Certains de vos amis demandent sa démission parce que François Hollande avait dit : "Personne condamné ! Je ne m'entourerais pas de personnes condamnées !"
Boh, c'est une décision qui revient au Premier ministre. Mais là encore, je note que s'il s'agissait d'un ministre de mon gouvernement, on aurait toute la Gauche à ses basques pour demander sa démission. La Gauche demandait la démission de ministres de mon gouvernement qui n'ont jamais été condamnés. J'ajoute que s'agissant d'Arnaud Montebourg, il y a un sujet particulier, c'est qu'il est condamné pourquoi ? Il est condamné pour avoir insulté des chefs d'entreprise, les responsables de SeaFrance qu'il avait traités d'"escrocs"...
... Outrage... "Escrocs".
.... Alors qu'en réalité, les escrocs c'étaient les syndicalistes - enfin, certains syndicalistes - qui avaient engagé le coulage de cette entreprise. Bon, ce n'est pas un très bon départ pour le ministre qui est chargé de l'industrie, de démarrer sur une posture comme celle-là.
Vous venez de donner une interview au "Figaro Magazine". François Fillon qui fait beaucoup parler. A la question : "La droite peut-elle gagner les élections législatives ?" Vous répondez : "Bien évidemment". "Bien évidemment" ! C'est les urnes qui le diront. Vous avez tout à fait raison. Si la droite gagne, vous redevenez Premier ministre ?
Non pas du tout. Il y a une Constitution...
Vous n'êtes pas candidat à ce poste-là ?
Non, ce n'est pas ça la question. Il y a une Constitution qui est très claire. Et je me souviens de François Mitterrand qui avait dit, je crois que c'est en 1986, "toute la Constitution, rien que la Constitution".
La Constitution, elle prévoit qu'il y a un Président de la République qui est élu au suffrage universel et qui a une très forte légitimité. Le résultat des élections législatives, si nous les gagnons, n'efface pas le résultat de l'élection présidentielle. Il y aura toujours un Président de la République avec une très forte légitimité...
... Mais l'UMP a bien le droit d'avoir une préférence !
... Et c'est lui, et c'est lui qui choisira le chef du gouvernement.
L'UMP a bien le droit d'avoir une préférence ?
Après, il y a une majorité à l'Assemblée nationale...
... D'accord !
... Qui devra donner sa confiance ou qui ne devra pas donner sa confiance à ce gouvernement. Mais prétendre qu'on imposerait un Premier ministre, un gouvernement à un Président de la république élu au suffrage universel dans la Vème République, c'est un contresens.
D'accord.Et ma question n'était pas celle-là. Elle était précise, au premier degré ; elle est adressée à vous, François Fillon. Avez-vous envie de redevenir Premier ministre si l'UMP gagne l'élection législative ?
Franchement, je me poserais cette question si elle se pose, le moment venu. Pour l'instant, je suis engagé dans la bataille des Législatives.
Il est possible que vous redeveniez Premier ministre ?
Enfin, non. Je veux dire : ça semble assez peu probable compte tenu du fait...
.... D'accord. Je voulais vous l'entendre dire.
... Que j'ai passé cinq ans à ce poste.
Je voulais juste vous l'entendre dire. D'accord.
Mais je ne veux pas rentrer dans le jeu qui consisterait à faire des plans sur la comète et à désigner un Premier ministre avant d'avoir gagné les élections législatives et avant de savoir ce que le Président de la République en pense.
Dans cet interview au "Figaro Magazine", vous dites que "depuis le départ de Nicolas Sarkozy, il n'y a plus à l'UMP de leader naturel". Donc, il y aura "une compétition", ajoutez-vous, "qui n'est pas une division". Et vous pensez à la présidence de l'UMP à l'automne. Jean-François Copé a très mal resenti ces phrases. "J'invite tous mes amis, a-t-il dit, toutes générations confondues" (Ah, ce n'est pas très sympa !)...
(Rire)
... A ne se mobiliser que dans la perspective des élections législatives. Est-ce que vous n'avez pas commis une faute, François Fillon, en déclarant un peu tôt la guerre à Jean-François Copé ?
Ecoutez, quelle hypocrisie enfin ! C'est une évidence que le départ de Nicolas Sarkozy laisse l'UMP sans leader naturel. Nicolas Sarkozy manque à l'UMP ; c'est lui qui a très largement construit le succès de cette formation politique et il y a un vide depuis son départ que personne ne peut nier. Et donc, je n'ai fait que constater une évidence.
Un peu tôt, peut-être ?
Mais il n'est jamais trop tôt pour constater des évidences, monsieur Aphatie.
D'accord.
Deuxièmement, j'ai indiqué, je pense que c'est rassurant dans le cadre des élections législatives pour tous nos électeurs et pour tous nos militants, j'ai rappelé qu'il y avait des statuts, que nous avions une organisation, des institutions internes à notre formation politique qui allaient permettre de résoudre cette question dans la démocratie. J'entends parler de "guerre" ce matin, de guerre de chefs. Il n'y a pas de guerre. D'ailleurs, ce n'est jamais mon vocabulaire.
C'est agressif vis-à-vis de Jean-François Copé, vous le comprenez bien ?
Ca n'a rien... Mais ça n'a rien...
.... C'est lui qui mène la campagne des Législatives et vous dites : "Eh bien, il n'y a pas de leader"...
Non, non, pardon, pardon... La campagne des Législatives est menée de manière collective...
... Ca n'existe pas ?...
Nous l'avons décidée ensemble ; et si nous l'avons décidée ensemble ...
Vous parlez vous-même d'hypocrisie ; ça n'existe pas de mener une campagne de manière collective !
Non, non. Elle est menée de façon collective...
Mais non !
Et je peux vous dire que physiquement, j'en sais quelque chose puisqu'on se réunit de façon très régulière...
.... Mais non !
... Pour le faire.
C'est le secrétaire général de l'UMP qui mène la campagne !
Si on a décidé de mener cette campagne de façon collective, c'est bien parce qu'il y a un vide créé par le départ de Nicolas Sarkozy.
Jean-François Copé est secrétaire général de l'UMP.
Il ne remplit pas ce vide ?
Il fait parfaitement son travail...
Mais il ne remplit pas ce vide ?
Mais il ne peut pas prétendre être le leader de cette formation politique sans qu'il y ait eu un débat démocratique, sans que les militants soient prononcés, c'est comme ça que pourra émerger à la fois une ligne politique après les élections présidentielles et les élections législatives. Il n'y a rien d'agressif dans tout ça. Ca n'a rien à voir avec la guerre ; ça a voir avec une chose qui s'appelle la démocratie. La dé-mo-cra-tie, monsieur Aphatie.
Et donc, vous dites : stop à l'hypocrisie !Vous serez candidat à la présidence de l'UMP, François Fillon ?
J'ai dit que... Enfin, personne ne peut imaginer que je ne participe pas de façon active à ce débat démocratique...
... Et il faut entendre : "Je suis candidat" ?
Mais on verra ça, le moment venu ; ce n'est pas du tout ce que j'ai dit. J'ai dit que je serai très actif dans ce débat avec...
... C'est ce que tout le monde comprend ! Vous savez ça ?
... Beaucoup d'autres.
C'est ce que tout le monde entend !
Ecoutez...
François Fillon : (deux points) "Je suis candidat à la présidence de l'UMP".
C'est Jean-Michel Aphatie qui parle ; ce n'est pas François Fillon.
Vous avez des nouvelles de Nicolas Sarkozy ?
Oui, je l'ai eu au téléphone. Il est en bonne santé et il se repose.
François Fillon, bien candidat à la présidence de l'UMP (enfin, peut-être ! On verra)...
... Ca c'est vous qui l'avez dit, quand même !
... Etait l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée.
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