Pr Serge Hercberg : "Pas de culpabilité face aux féculents !"

François Chérèque sur RTL le 1er mai 2009
Crédit : La rédaction de RTLCrédit : Jean-Michel Aphatie
Crédit : La rédaction de RTL
Bonjour François Chérèque.
Bonjour.
Le chômage a augmenté en janvier : 19.500 demandeurs d'emploi supplémentaires. Un accident ou une tendance d'après vous ?
Une tendance. Une tendance. Il suffit de se déplacer en France et de voir ce qu'il se passe.
Vous êtes inquiet ?
Oui je suis inquiet. Derrière des plans sociaux médiatisés, il y a beaucoup de petites entreprises en difficulté, en particulier dans l'automobile. On a beaucoup parlé : "l'automobile est sauvée". Non, on nous annonce encore beaucoup de difficultés dans ce secteur.
La prime à la casse terminant ses effets, on peut imaginer que ce secteur va souffrir ?
C'est ce qu'il s'était passé lors de la prime Juppé. On avait eu, après, une forme de dépression dans ce secteur-là.
La sortie est difficile.
Nicolas Sarkozy, le 25 janvier sur TF1, devant des Français : "dans les semaines et les mois qui viennent, vous verrez le chômage reculer". Alors, le chef de l'Etat a dit quelque chose qui ne se vérifiera pas d'après vous ?
Excès d'optimisme habituel chez les responsables politiques dans notre pays. On aura peut-être des mois où l'on aura quelques reculs comme on en a eus en janvier. Mais globalement, on sait très bien que la tendance n'est pas bonne.
Et moi, je voudrais souligner deux catégories qui sont particulièrement touchées : les seniors, on en a parlé ce matin sur votre antenne. Et puis les chômeurs de longue durée : ceux qui ont plus d'un an de chômage augmentent de 2,8% c'est-à-dire une augmentation trois fois plus importante que les autres. Il y a actuellement 30 % de ces presque 3 millions de chômeurs qui sont chômeurs de longue durée. Et c'est pour eux qu'il faut faire un effort particulier, c'est eux qui sont touchés particulièrement par les fins de droits à l'assurance chômage.
Et l'on a trouvé la réponse pour les fins de droits ? Pas encore.
Alors pour les fins de droits à l'assurance chômage, on a progressé. D'abord le patronat a fini par accepter qu'il devait y avoir un partage de l'effort entre l'assurance chômage et l'Etat. Donc ça, c'est un élément important.
Maintenant, on doit voir avec l'Etat que faire. Alors il y a deux pistes : la première c'est un accès aux minimas sociaux, l'Allocation Spécifique de Solidarité qui ne soit pas en fonction des revenus du ménage, mais en fonction des revenus des personnes pour ne pas décrocher financièrement.
Et puis, en particulier chez ces chômeurs de fin de droits, faire en sorte qu'ils aient accès à des formations puisque l'on voit bien que ce sont des problèmes de qualification. Et en échange de formations, qu'ils aient un revenu pour pouvoir subsister d'une façon honorable.
Mais enfin, si la situation de l'emploi continue de se dégrader, la difficulté pour eux ce sera quand même de retrouver du travail.
Oui, mais c'est la raison pour laquelle il ne faut pas que le gouvernement baisse les bras sur le plan de soutien aux salariés et à l'économie. Le temps de la rigueur n'est pas venu, le temps du soutien, encore, en pleine crise économique est encore celui d'aujourd'hui.
Le temps de la rigueur n'est pas venu, mais le temps de régler le problème des finances publiques est venu. Cela va être difficile de tout concilier.
Oui, mais aujourd'hui, il y a des choix financiers à faire aussi.
Vous ne souhaitez pas que l'on remette en ordre les finances publiques. Il vaut mieux que l'on continue à faire des déficits.
Attendez, les finances publiques et les déficits, ce n'est pas seulement baisser les dépenses, c'est aussi regarder les recettes. Je suis désolé. Je pense qu'il faut que le gouvernement sorte de son dogme de "on ne touche pas en particulier les hauts revenus". La CFDT réclame depuis le moment - au moins pendant la période de la crise - une taxation suplémentaire sur les revenus, faire une 5ème tranche, comme on dit, pour les plus hauts revenus, faire sauter le bouclier fiscal et là on aura des recettes, au moins pendant la crise, pour aider ceux qui sont victimes de la crise.
Il n'est quand même pas normal que certains s'enrichissent encore aujourd'hui alors que d'autres sont dans la situation dont on parle.
La grève est terminée chez Total : est-ce qu'elle a servi à quelque chose, François Chérèque ?
Surtout, elle aurait pu être évitée. On est dans un cas typiquement français de manque d'anticipation.
De qui, de la part de qui ?
D'une part, manque d'anticipation de la part du secteur. Cela fait deux ans que la CFDT demande une table ronde sur l'avenir du raffinage.
Parce qu'il y a une surcapacité en France ?
Oui. Alors table ronde refusée conjointement et ce n'est pas une surprise, par le patronat du secteur, mais aussi par la CGT. Par la CGT qui refuse de voir l'avenir.
Ce n'est pas une surprise ?
Non, ce n'est pas une surprise parce que l'on a... Généralement le patronat nous dit "on ne fait pas de table ronde si tout le monde n'est pas d'accord". Et on ne le fait pas. Et puis des interventions intempestives du gouvernement. Je veux dire avec un Secrétaire d'Etat à l'Industrie qui joue...
Un ministre de l'Industrie, pas un secrétaire d'Etat.
Excusez-moi, mais enfin qui joue les pompiers pyromanes.
Vous n'aimez pas son interventionnisme, à Christian Estrosi ?
Interventionnisme à condition que ce soit positif. Premièrement, je mets le feu : comment je mets le feu ? Je dis à Total, qui avait prévu un Comité Central d'Entreprise en janvier "vous ne faites pas ce Comité Central d'Entreprise sur le problème de Dunkerque. Déplacez-le après les élections pour des raisons électoralistes".
Jamais, le gouvernement n'a dit ça.
Mais moi, je vous le dis qu'il l'a fait.
Ah bon, comment vous le savez ?
Parce que ce Comité Central d'Entreprise s'est réuni et on n'a pas parlé de Dunkerque alors que le site de Dunkerque est à l'arrêt depuis septembre.
Vous accusez le gouvernement d'avoir demandé à Total de reculer le Comité d'Entreprise pour régler le problème de Dunkerque après les régionales ?
C'est ce qui a été fait.
D'accord.
Le 29.
Deuxièmement, Monsieur fait le pompier en accusant Total de ne pas prévoir et d'anticiper l'emploi. Alors je crois que si l'on avait, d'une part anticipé sur l'avenir du secteur et que le gouvernement était resté à sa place, on aurait pu éviter cette grève et on a été obligé de faire cette grève pour défendre l'emploi. Et je crois que c'est un honneur des syndicats de l'avoir faite.
vous êtes d'accord : le site de Dunkerque va fermer ? Puisque l'on maintient une ambiguïté qui est une fausse ambiguïté.
Attendez, il faut que la France s'en sorte d'une forme de schyzophrénie. On a d'un côté Monsieur Borloo qui nous demande d'acheter des voitures électriques. Et de l'autre côté Monsieur Estrosi qui nous dit qu'il faut raffiner du pétrole. Pour quoi faire ? Pour le stocker dans les caves. Donc, le problème : on a le Grenelle de l'Environnement, on a Copenhague. On dit qu'il faut maîtriser la production de CO2. Et bien, il faut en tirer les conséquences économiques et il faut que Total, qui a les moyens financiers - et c'est là qu'il faut utiliser les moyens de Total - fasse une reconversion du site d'une façon industrielle c'est-à-dire qu'il investisse dans les énergies de demain pour que les salariés de ce site gardent leur emploi à Dunkerque.
Ce ne sont pas des magiciens chez Total, non plus : ils ne vont pas créé des emplois comme ça...
Attendez, ils ont les moyens. Vous croyez que Total n'a pas une responsabilité d'envisager l'après pétrole ? C'est aujourd'hui que se prépare l'après pétrole et il faut que les politiques, aujourd'hui, n'aient pas d'injonction paradoxale : d'un côté nous dire "n'utilisez plus de pétrole" et d'un autre côté nous dire " gardez les emplois dans ce secteur-là". Donc il faut prévoir les emplois de demain et c'est maintenant qu'il faut le faire, avec les moyens financiers de Total.
Donc Total : Comité Central d'Entreprise le 8 mars, maintenant.
Et l'on sera très vigilant, justement, sur l'avenir des emplois de Dunkerque, et des sous-traitants.
La semaine dernière, Xavier Darcos ministre du Travail, a annoncé dans un entretien à La Tribune, la création d'une commission pour, a t-il dit, toiletter le code du travail qui est quand même assez épais - un toilettage ne lui fera pas de mal - et cela ça vous a fâché, pourquoi François Chérèque ?
C'est fort de café, quand même.
On ne peut pas le toiletter le code du travail ?
Attendez, on a une réunion avec le Président de la République le lundi où..
Le 15 février, oui...
... le Président de la République nous fait l'agenda social, où il nous demande de négocier sur les problèmes d'institution représentative du personnel et de partage de la valeur ajoutée. Et le lendemain, sans en parler à personne, Monsieur le Ministre prend une décision unilatérale en disant "on va revoir le code du travail, de mon côté". Alors que c'est des éléments que le Président de la République nous a donnés à la négociation.
Donc, au bout d'un moment on a une parole à l'Elysée, une autre au ministère de l'Emploi. Donc, je crois qu'il faut être cohérent dans le gouvernement.
C'est un bon ministre, Darcos ?
Visiblement, il a des interventions intempestives et il faut qu'il respecte l'agenda social.
Bon. François Chérèque qui ne donnerait pas une bonne note au ministre, ce matin. Il était l'invité d'RTL. Merci beaucoup.
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