"En Europe comme en France, François Hollande s'est attribué l'idée de la croissance" selon Alain Duhamel
Créé le 18/08/2010 à 09h25

François Bayrou sur RTL le 7 juillet 2010 / La rédaction de RTL
Le président du Mouvement Démocrate (MoDem) répondait aux questions de Philippe Corbé mercredi matin en direct de Pau. François Bayrou a estimé que "la politique de sécurité de la France doit être repensée du tout au tout" car elle "n'améliore pas la sécurité des Français". Selon lui, il faut d'une part repenser la présence de l'ensemble des services de l'Etat sur le terrain et, d'autre part, apporter "une réponse précoce et efficace" à la délinquance "qui soit en même temps éducation et punition". Le leader centriste a par ailleurs averti qu'il voterait contre la réforme des retraites si les 65-67 ans sont "pris en otage".
Ecoutez aussi :
- Expulsion de Roms : Jean-Pierre Grand persiste à parler de "rafles"
- A Bordeaux, les gens du voyage campent... sur leur position !
- Enquête RTL : Bondy face au discours sécuritaire du gouvernement
Philippe Corbé : Bonjour, François Bayrou.
François Bayrou : Bonjour
Demain, un premier avion doit s'envoler vers la Roumanie, avec à son bord 79 Roms délogés de leur campement. 700 Roms devraient ainsi être raccompagnés d'ici la fin août. Est-ce que finalement, François Bayrou, le gouvernement ne fait pas qu'appliquer la loi ?
Quand il applique la loi, il a raison de le faire. Mais vous voyez bien que dans cette affaire, on mélange absolument tout. Alors pour essayer d'y voir clair. Premièrement, il faut rappeler que ce qu'on appelle Roms, c'est des populations extrêmement différentes. Pour 80% au moins d'entre elles, ce sont des populations qui vivent en France et sont Français...
... Les gens du Voyage.
... Depuis des siècles. Depuis 400 ou 500 ans au moins. Alors leur intégration est difficile, parce que leur genre de vie n'est pas le même que le nôtre. C'est un genre de vie nomade pour beaucoup d'entre eux, avec notamment de grandes difficultés de scolarisation. Et c'est la scolarisation qui est évidemment la clef de tout. Et donc de ce point de vue-là, ce sont des populations françaises. Il y a des populations qui, elles, sont sans aucune connaissance de la langue française et de nos manières de vivre et qui sont souvent agglutinées dans des bidonvilles qui sont tragiques comme organisations.
Ca, ce sont les Roms qui viennent depuis quelques années.
On emploie le mot de Roms pour toutes les populations ; donc c'est extrêmement compliqué. Mais ce sont des populations qui, elles, sont naturellement très extérieures à la vie de la France, qui ont pu entrer notamment parce que les règles de circulation comme vous le savez en Europe, sont différentes maintenant. Ces populations-là lorsqu'elles sont en infraction, lorsqu'elles occupent des tentes où elles ne devraient pas être, il est normal que la loi s'applique à condition que ça soit fait dans des conditions humaines et notamment ce qu'on a entendu tous ces jours-ci sur : on sépare les mères des enfants, c'est des choses qu'en France, on ne doit pas faire. J'espère que ça n'est que l'exception ; mais en tout cas, l'attitude de la loi doit être ferme, forte et humaine.
Ces images sont assez frappantes. Le député UMP, Jean-Pierre Grand, parlait notamment de "rafles" ; vous n'iriez pas aussi loin, vous ?
Vous savez dans tout ce qu'on est en train de vivre pendant cet été, moi je propose qu'on fasse attention aux mots qu'on utilise.
Alors justement, voici un titre publié hier matin par le quotidien conservateur "The Times" à Londres : "En expulsant les Roms en masse, Nicolas Sarkozy rappelle les souvenirs de la Gestapo".
Ce sont des populations, comme vous le savez, qui ont été victimes au moment de la Deuxième Guerre Mondiale de choses absolument affreuses de déportations, de camps de concentration. C'est une population qui par centaines de milliers a disparu dans l'horreur de ce qui s'est passé en Allemagne. Oui, ça nous oblige à faire d'autant plus attention comme pour toutes les populations fragiles. Donc, de ce point de vue-là, il faut avoir non seulement le sens de l'actualité et de ce qu'il faut faire pour avoir, je le disais, une justice ferme et humaine. Il faut avoir aussi le sens de l'Histoire.
De manière générale, on le voit encore ce matin puisque Bucarest se dit inquiet des risques de dérapage populiste et de réaction xénophobe dans notre pays. Est-ce que vous craignez que l'image de la France soit affectée à l'étranger par l'offensive sécuritaire du gouvernement cet été ?
Vous voyez que dans votre phrase, on assimile deux choses ; et c'est d'ailleurs, je crois, le but de la communication du gouvernement. Le gouvernement ne cherche pas a améliorer la sécurité, il cherche à créer une polémique qui regroupera autour de lui son camp ou ceux qu'il croit sensibles à ces sujets qui sont nombreux, mais peut-être moins qu'il ne le croit. Donc le but de toute l'opération c'est qu'il y ait la polémique la plus violente possible.
Et ça marche !
Et pour l'instant, bon ! En tout cas, la polémique existe. Je ne suis pas sûr que ça marche, on le verra beaucoup plus tard. Donc, l'idée a été de faire qu'insécurité et immigration, ce soit pour les Français et pour les gouvernants, ce soit la même chose.
C'est le tabou qu'a brisé le Président lors du discours de Grenoble. C'est ça l'essentiel.
Oui, c'est en tout cas le but qu'il voulait atteindre. J'avais dit, dans la minute, il veut tracer un signe égal pour la première fois depuis très longtemps, il veut tracer un signe égal entre insécurité et immigration ; et je crois qu'il est très important de rappeler que la politique de sécurité de la France doit être repensée du tout au tout, je crois... Non pas que rien n'a été fait ; bien sûr qu'il y a des efforts qui ont été faits. Mais en tout cas, pour l'instant, tout le monde le voit bien, cette politique n'améliore pas la sécurité des Français.
Justement, le ministère de l'Intérieur a annoncé, hier, des chiffres. Pour la première fois depuis plusieurs années, les violences aux personnes sont en très légère baisse : de 0,60%.
Oui ! Monsieur ! Il y a une chose à laquelle je ne crois pas, c'est les statistiques dans cette matière parce que comme vous le savez, quand la politique du gouvernement est fondé sur le chiffre, alors il y a beaucoup de raisons de faire attention aux chiffres. Je veux dire qu'il y a au moins deux choses qui dans la politique de sécurité doivent être repensées profondément, la première c'est la présence sur le terrain, dans les quartiers notamment où règne l'insécurité et qui sont pour beaucoup d'entre eux, hors la loi, cette présence elle a été supprimée et il faut la repenser du tout au tout, pour moi pas seulement pour la police mais pour l'ensemble des services publics et des services de l'Etat. C'est l'Etat qui doit reprendre pied dans ces quartiers, ça c'est le premier point.
Il y en a un deuxième qui est : quel type de réponse précoce ? Parce que quand un homme en vient, à 25 ou 30 ans, à tirer sur les policiers ou à faire des hold up, avant il y a une chaîne qui dure depuis des années : 10 ans et 15 ans de délits, de petits délits, puis de gros délits. Quand est-ce qu'on interrompt la chaîne ? Tant qu'on n'aura pas une réponse précoce et efficace qui soit en même temps éducation et punition, parce que je pense que la punition est indispensable et que cependant, elle doit être dans une démarche de : éducation, ou de rééducation comme on voudra. Tant qu'on n'aura pas cette réponse, on aura rien et on aura peu à peu cette espèce de délitement dans lequel des gamins de 13, 14 ou 15 ans protégés par la loi pénale sont mis dans la situation que nous avons. Et donc ça, c'est la réponse indispensable.
François Bayrou, on apprend ce matin dans "Le Figaro" que le Président de la République va convoquer à Brégançon, le Premier ministre et les ministres chargés des affaires économiques pour évoquer les grands dossiers de la rentrée : la croissance, le Budget et les retraites. Vous, vous vous opposez au passage de 65 à 67 ans de l'âge à la retraite sans décote. Le gouvernement dit que ça va de pair avec le passage de l'âge légal de 60 à 62 ans ?
Oui, ça va être un des très grands sujets de la rentrée, comme vous savez.
Alors, il faut dire ceci.
1- Pour ma part en tout cas, je pense et nous pensons que la réforme des retraites est indispensable et que tous ceux qui prétendent, affirment ou laissent entendre qu'on pourrait se passer de cette réforme des retraites d'une manière ou d'une autre, ceux-là ne disent pas la vérité au pays.
Mais est-ce que le gouvernement peut bouger sur les 65-67 ans ?
Ca, c'est la première chose. Je considère que passer de 60 à 62 ans, c'est raisonnable et d'une certaine manière inéluctable. Mais en profiter pour reporter de 65 à 67 ans, l'âge où l'on peut faire valoir les droits qu'on a acquis à la retraite, même si c'est peu, c'est ciblé les gens qui ont les carrières incomplètes et c'est vraiment d'une profonde, profonde injustice à l'égard, par exemple, des femmes qui ont élevé des enfants ou de ceux qui ont galéré dans leur carrière professionnelle ; et donc moi qui suis prêt à voter la réforme des retraites, je ne le ferais pas, je voterais contre si on est dans la situation où les 65 à 67 ans sont en réalité pris comme otages pour une réforme des retraites, par ailleurs indispensable.
On aura l'occasion d'en reparler. François Bayrou était l'invité de RTL en direct des studios de France Bleue Béarn que nous remercions confraternellement.
Merci à vous.

Publicité
Publicité
Publicité