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François Bayrou : "L'absence de Marine Le Pen serait un trouble"

Créé le 13/02/2012 à 10h10

VIDEO - Le président du MoDem, candidat à l'élection présidentielle, répondait lundi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. François Bayrou a jugé "impossible" qu'une seule formation politique complète les parrainages présidentiels de Marie Le Pen, réaffirmant qu'il reviendrait aux grands partis ensemble d'en parler afin d'assurer le "pluralisme". Une élection sans la championne du Front National, "c'est un trouble", selon le député des Pyrénées-atlantiques. Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.

François Bayrou : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

La déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy est imminente. Est-ce un moment important pour vous, François Bayrou ?

En tous cas, ça pose une question très simple pour tous les électeurs, c'est est-ce qu'ils veulent continuer pendant cinq ans,  avec le régime que nous avons aujourd'hui, avec le président et la majorité actuelle. C'est très simple, je suis persuadé que la réponse des Français est non, qu'ils veulent un changement,  qu'ils veulent qu'on ouvre une page nouvelle, tant il y a eu des erreurs, tant le bilan de la situation actuelle est cruel.

Vous avez évoqué hier soir "une ligne de fracture avec Nicolas Sarkozy", à propos de son interview au "Figaro Magazine", et notamment ses propos sur les chômeurs, le mot vous à échapper ? Fracture ou c'est un mot qui veut dire quelque chose ?

Oui, c'est un mot qui veut dire quelque chose.  Je pense que Nicolas Sarkozy, en choisissant cet axe, qui est un axe, pour moi extrêmement gênant, et pas seulement pour moi, mais pour beaucoup de Français.

Voilà une crise, qui est une crise énorme. Nous avons le record de chômage de ces douze dernières années, on a 2.700.00 chômeurs si j'ose dire à temps plein, et presque 4,5 millions de chômeurs, de gens inscrits, de personnes à la recherche d'un travail, et au lieu de poser la question des erreurs économiques qui nous ont conduit où nous sommes, que fait-on ? Comme si c'étaient eux les responsables de la situation dans laquelle nous sommes, et on annonce, ce qui donne un échos à des oreilles qui sont très particuliers, on annonce qu'on va faire un référendum sur le droit des chômeurs.

Et tout le monde voit bien ce que ça veut dire. Ça veut dire qu'on expose ces personnes à une espèce d'inquisition populaire, comme si c'était des gens qui étaient paresseux, qui n'avaient pas envie de travailler, alors qu'ils sont évidemment des victimes de la situation dans laquelle nous sommes. Alors, est-ce qu'il y a des abus, quelques uns ? Sans doute..

Mais ça ne mérite pas un référendum ?

Mais ces abus sont beaucoup moins grands que ceux qu'on a dans le monde de la finance, ils sont moins grands que ceux qu'on a, hélas, dans certains univers politiques, dans lesquels les détournements, ou les abus ou les privilèges sont considérables. Cibler les plus fragiles, je trouve que dans une société comme la nôtre qui ne demande qu'à se fracturer, c'est dangereux et il faut le reprouver.

Mais je reviens sur le mot "fracture", François Bayrou. Jusqu'à présent on pouvait imaginer que Nicolas Sarkozy, était votre concurrent, comme d'autres candidats étaient vos concurrents, mais quand vous employez le mot de "fracture", ça veut dire que Nicolas Sarkozy est devenu votre adversaire ?

Jean-Michel Aphatie, on se connaît depuis longtemps, on fait de la politique, vous êtes un observateur attentif, est-ce que vous croyez que je me suis présenté à l'élection présidentielle simplement pour faire un tour de piste, et que je pensais que "bon, la situation n'était pas si mal".

Je me suis présenté à l'élection présidentielle parce que je pense qu'en France ça va mal et que ça va durer, si on ne change pas un certain nombre de choses. Et de la même manière, je ne pense pas du tout que le Parti socialiste, ait la réponse à tout ça.

Vous avez entendu cette semaine, une intervention qui n'a pas été commentée, comme elle aurait dû l'être : Michel Rocard a dit du programme PS, que ça ne pouvait pas aller. Que c'était n'importe quoi, du point de vue des hypothèses de croissance, et que ça allait rendre la situation incontrôlable, ce sont les termes qu'il a utilisés. Donc, vous voyez bien, qu'il y a une grande question pour les Français : est-ce qu'on change, je crois que la réponse sera Oui.. et quel changement ? Et c'est ce nouveau changement que je porte devant les Français.

A deux mois du premier tour, nous n'avons pas beaucoup d'outils, mais les sondages sont un outil qu'il ne faut survaloriser, mais qu'il faut quand même regarder. Est-ce que vous faîtes comme nous François Bayrou, on constate une bipolarisation aujourd'hui, Hollande-Sarkozy, et ça, ça ne vous laisse pas un espace formidable.

Il y a des semaines et des mois que toutes les antennes simplifient l'élection présidentielle entre Hollande et Sarkozy. Et bien moi je vous dis...

... C'est peut-être l'opinion publique qui l'a simplifiée ?

Moi je ne crois pas, je vous dis, comme à d'autres occasions, les Français ne se laisseront pas imposer un deuxième tour fabriqué à l'avance, c'est un deuxième tour, dont évidemment on connaît l'issue. Vous avez vu le titre du Monde vendredi, le titre du "Monde", c'était "Messieurs Sarkozy et Hollande, d'accord pour la bipolarisation".  C'est à dire, qu'ils organisent les choses, la communication pour qu'il apparaisse qu'il n'y aurait que ces deux choix. Or ceci, n'est pas vrai, et ce dont la France a besoin, besoin pas seulement envie superficielle, besoin, c'est qu'on tourne la page sur le régime actuel, et qu'en même temps on propose aux Français un autre choix que celui du sempiternel PS, dont les solutions ne sont pas la hauteur.

Alors que l'essence flambe, la société Total annonce un bénéfice record de 11,4 milliards, son PDG, Christophe de Margerie, sera à votre place demain matin, qu'est ce que vous auriez envie de lui dire ?

Et bien, j'aurais envie de lui dire, que c'est une situation qui choque, trouble beaucoup beaucoup de Français...

Le rapport entre prix de l'essence, et bénéfice d'une compagnie ?
 
Le bénéfice de la compagnie, c'est une compagnie que j'aime puisqu'elle est née chez nous, à Lacq, qu'elle a à Pau, son centre de recherches le plus important, mais que le fait qu'il y ait une raréfaction de l'offre, fait flamber les prix..

Mais ça, ce n'est pas Total qui en est responsable.

Mais Total est un raffineur comme les autres, et donc le fait qu'on ait moins de produits à vendre, ça fait flamber le prix, ça fait les bénéfices société, mais ça fait pour les Français, une inquiétude très grande.

Il faut savoir que ces 11,4 milliards, ces bénéfices sont essentiellement liés à l'exploitation, à la recherche, et pas du tout au raffinage et à la vente, à l'étranger, et pas en France. Est-ce qu'on peut reprocher à une société de gagner trop d'argent ?

Je sais. Attendez, c'est une société au vu de son histoire, que la France et les pouvoirs publics français, ont beaucoup contribué à développer. C'est une société dont, je n'ai jamais cru ou pensé qu'elle pouvait se laver les mains de l'évolution du pays, des problèmes que nous rencontrons, et donc je pense que les dirigeants de cette société doivent avoir une responsabilité particulière, se sentir en situation d'entreprise citoyenne, et pas seulement d'entreprise profitable, pas seulement regarder les résultats, mais aussi penser à leur histoire et à ce que la France a mis dans cette histoire.

Le gouvernement a décidé d'allonger la vie des centrales nucléaires, de quarante ans - elle passera à 50/60 ans. C'est une décision inévitable, une mauvaise décision ?

Ca devrait pas être une décision gouvernementale. Il y a au fond deux attitudes : il y a ceux qui pensent que le nucléaire est vraiment dangereux, et qui proposent de fermer tout de suite les centrales. C'est une vision logique, cohérente, même si je ne la partage pas. Et il y a ceux qui pensent que le nucléaire on peut vivre avec, et que comme moi, c'est une bonne énergie de transition vers le temps lointain, peut-être moins lointain qu'on ne le croit, où on aura des énergies de remplacement non polluantes. Parce que le gaz, le charbon, le pétrole sont des énergies qui projettent des gaz à effet de serre et qui participent aux difficultés climatiques que nous savons.

Voilà deux attitudes, si on est dans la deuxième attitude qui est de dire, c'est une bonne énergie de transition, la France y a une compétence, et ne jetons pas tout ça à la poubelle. Et bien à ce moment là, il n'y a qu'un choix cohérent, c'est de dire, c'est à l'autorité de sûreté nucléaire de déclarer ce qui est sûr, ou pas. On a fait une autorité indépendante, avec des savants, avec des gens respectés, je crois, ils viennent de prendre une décision intéressante, sur des investissements de sécurité, respectons les choix de l'autorité de sûreté nucléaire, ça n'est pas au gouvernement de trancher pour des raisons politiques.

On n'a pas bien compris ce que vous avez voulu dire hier soir à propos de Marine Le Pen. Si elle n'a pas ses signatures, il faudra que les autres partis en discutent, c'est à dire ?

C'est très simple, si Madame Le Pen n'a pas ses signatures, ça pose une question à la démocratie française, et je pense que les grands courants démocratiques du pays en parlent entre eux.

Pour permettre à Marine Le Pen d'être candidate, d'avoir ses signatures ?

Pour permettre en France, au pluralisme d'exister.

Une élection présidentielle sans Marine Le Pen, c'est inimaginable ?
En tous cas, c'est un trouble. Donc, je pense qu'il est impossible qu'une formation politique, seule, comme la mienne dise "Écoutez on va faire ce qu'il faut..." parce que ça ferait manœuvre, je ne le ferai pas. En revanche en parler avec les autres partis politiques pour que le pluralisme ait droit de citer en France, je suis prêt à le faire s'ils y sont prêts, ce dont je ne suis pas certain.
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