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Fadela Amara : "Je suis contre l'élargissement des conditions de déchéance de la nationalité"

Créé le 31/08/2010 à 09h31 - Mis à jour le 31/08/2010 à 12h31

Fadela Amara sur RTL le 31 août 2010

Fadela Amara sur RTL le 31 août 2010 / La rédaction de RTL

La secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la Ville répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Fadela Amara s'est déclarée "contre" l'élargissement des conditions de déchéance de la nationalité envisagé par le gouvernement. Elle a rappelé qu'elle était favorable à la législation actuelle (déchéance de la nationalité en cas de condamnation pour "terrorisme" ou "atteinte à la sûreté de l'Etat"). Et d'accuser le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux d'avoir contribué à une surenchère sécuritaire qui, dit-elle, l'a mise mal à l'aise. Envoyez vos photos/vidéos sur Témoins RTL

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Fadela Amara.

Fadela Amara : Bonjour.

Dans son discours de Grenoble prononcé le 30 juillet et consacré à la lutte contre l'insécurité, le Président de la République a établi un lien entre l'insécurité et l'immigration. "Nous subissons, a-t-il dit, les conséquences de cinquante années d'immigration insuffisamment régulées qui ont abouti à un échec de l'intégration". Partagez-vous cette analyse, Fadela Amara ?

Je pense que c'est assez complexe. Si vous me posez la question, pour être très claire, s'il y a un lien entre immigration et insécurité...

... Oui, je vous pose cette question-là !

... Voilà. Je vous dirais non. Je suis convaincue que l'insécurité n'a absolument pas de couleur de peau.

Donc, vous êtes en désaccord avec ce qu'a dit le Président de la République à Grenoble. Ce qui est naturel, dans une démocratie, d'être en désaccord ?

Nous pouvons être en désaccord. Nous sommes dans une démocratie. Il y a des débats dans notre pays. Donc je suis convaincue depuis toujours. Ca ne date pas d'aujourd'hui.

Non. Donc, vous êtes en désaccord avec le Président de la République ?

Non ! Depuis toujours, je suis convaincue qu'il n'y a pas de lien entre immigration et insécurité. Et je pense que faire un amalgame, ça peut amener à des dérives. Donc, je ne suis pas convaincue par ailleurs quand on parle du discours du Président Sarkozy à Grenoble, je ne suis pas convaincue dans la lecture que j'en fais, qu'il y ait ce lien aussi formel. Par contre, je suis convaincue...

Ah ! J'ai relu la phrase : "Nous subissons les conséquences de cinquante années d'immigration, insuffisamment régulées qui ont abouti à un échec de l'intégration".

Oui, mais c'est beaucoup plus complexe que ça et je veux dire, moi la lecture que j'en fais. Je fais une lecture qui est très clair, c'est-à-dire que je considère que le Président de la République est dans une logique, dans une détermination d'éradiquer l'insécurité dans notre pays... et la délinquance. C'est tout ce débat qu'il y a eu sur la question de la fermeté. Eh bien moi je suis évidemment totalement "pour" la fermeté quand on parle de l'insécurité. Vous connaissez ma position sur l'insécurité, notamment dans nos quartiers.

Je crois qu'aujourd'hui nous sommes dans une logique et c'est aussi la mobilisation du gouvernement d'éradiquer cette délinquance, de combattre les groupes mafieux qui existent dans nos cités parce que nous considérons et je considère depuis toujours, même si on m'a reproché ses positions un peu radicales, que le meilleur moyen pour arriver à sortir du marasme certains Jeunes, c'est de rétablir l'ordre républicain qui est émancipateur et on ne peut rien construire dans le désordre.

Vous êtes favorable à la lutte contre l'insécurité. D'ailleurs, on ne connaît pas beaucoup de gens qui y soient défavorables. Mais vous...

... Vous le savez bien que c'est beaucoup plus complexe dans notre pays.

... Tout est plus complexe ; mais vous niez tout lien entre insécurité et immigration. Toujours dans ce discours de Grenoble...

... Mais moi je veux être claire...

Oui, mais vous l'avez été.

Non, non je veux être claire. Nos parents n'ont pas immigré ; pour être très claire, nos parents n'ont pas immigré pour que leurs enfants rentrent et basculent dans la délinquance. Absolument pas. Donc c'est pour ça que je pense...

... Mais alors les propos du Président de la République vous ont choquée ou pas ?

C'est plus complexe, encore une fois.

Vous en avez parlé avec lui ?

Le Président de la République, je l'ai dit...

... Vous êtes mal à l'aise ? On ne sait pas ?

La manière dont s'est présenté, sur la surenchère qui a été faite à partir du discours du Président de la République...

... Je parle du discours du Président de la République. Est-ce que vous êtes mal à l'aise face à ce discours ou pas ?

Mais moi aussi, je voudrais aussi qu'on parle de la surenchère qu'il y a eue après. Moi je pense que la surenchère, par exemple, ce n'est pas une ligne politique.

La surenchère, de la part de qui ?

De la part, par exemple, de monsieur Hortefeux qui, à un moment donné, le ministre de l'Intérieur veut élargir, donc il y a tous le débat, les amendements qui sont proposés, mais il n'y a pas que ça, les surenchères à Gauche aussi...

... Sur la déchéance de nationalité, par exemple ?

Oui, la déchéance de la nationalité, on va en parler...

Il y a la polygamie ?

On va en parler, on va en parler... Mais c'est aussi la surenchère qu'il y a eu à Gauche. Moi je crois que ce sont des sujets qui sont très sérieux, ce sont des sujets sur lesquels, en réalité, il faut prendre du recul. Il faut apaiser ce débat-là parce que moi, je suis convaincue d'une chose. Si on veut construire le "vivre ensemble", eh bien ce n'est pas en mettant les uns et les autres, et ça, je parle de toute la classe politique, en mettant de l'huile sur le feu, on n'y arrivera pas, voilà.

Moi je pense qu'aujourd'hui, les processus d'intégration puisque vous posez la question sur les processus d'intégration. Il y a eu des périodes où ça a été un peu compliqué. Moi je considère que les processus d'intégration ont plus ou moins bien réussis. Si vous faites des comparaisons, parce qu'il faut peser les choses telles quelles. Si vous faites des comparaisons entre le statut social des immigrés qui sont venus dans notre pays et le statut social de leurs enfants aujourd'hui, vous voyez qu'il y a une progression.

On ne peut pas dire que ça n'a pas marché. Par contre, effectivement, il y a aujourd'hui un problème générationnel parce que nous avons des hommes et des femmes politiques, à Gauche comme à Droite, qui ont du mal à accepter que la France est dans une période de transition, que c'est un peuple métissé, que c'est une république métissée, et on a une certaine élite avec une classe politique qui ont des codes et un logiciel pour traiter les problèmes comme à l'époque des années 80, par exemple.

Alors, parlons de ce que veut proposer Brice Hortefeux. La déchéance de la nationalité pour toute personne fraîchement naturalisée qui serait dans une situation de polygamie de fait. Vous y êtes opposée ? Vous y êtes favorable ?

Ecoutez, vous connaissez mon parcours. Moi je suis une fille d'immigrée. Mes parents, à l'heure où je vous parle, sont tous les deux immigrés. Voilà. Je ne souhaite pas qu'on me mette en situation de précarité juridique, voilà. Je pense qu'aujourd'hui quand on parle de la déchéance de la nationalité, il faut qu'on soit clair. Je suis attachée à ce que si on déchut quelqu'un de sa nationalité, ce soit uniquement pour des crimes graves, genre terrorisme, genre sûreté de l'Etat. Voilà. En dehors de ça...

Vous êtes favorable ou opposée à la proposition du Président de la République, de déchoir de la nationalité quelqu'un qui attente à la vie d'un représentant des forces de l'ordre ?

Ah c'est compliqué parce que...

Mais pourquoi je vous dis ça ?

Attendez, attendez, pourquoi je vous dis ça ?

Non, mais vous êtes favorable ou défavorable ?

Si je vous dis que je ne suis pas favorable, j'ai l'impression de cautionner les meurtres de policiers alors que je trouve scandaleux, etc., et que ce n'est pas normal.

Le Parlement au mois de septembre...

Je suis contre l'élargissement ...

Vous êtes contre l'élargissement ?

Je suis contre l'élargissement, à toutes les autres formes de crime ; mais je pense que nous avons, par exemple, si on parle de la police républicaine à laquelle je suis très attachée, vous le savez, si on parle de crimes en direction de la police républicaine nous avons des  textes de loi et des peines qui sont lourdes et qu'il faut appliquer. Voilà.

Donc ça suffit ?

Je pense qu'il ne faut pas élargir la déchéance de la nationalité française à d'autres crimes.

D'accord. Avez-vous songé à démissionner cet été, Fadela Amara ?

Je ne suis pas quelqu'un qui jette l'éponge. Je suis évidemment comme tout le monde émue par les expulsions des Roms parce que nous allons certainement en discuter...

Non, on n'a plus le temps ; mais effectivement, allez-y !

Je suis émue. Moi vous savez, je suis contre les expulsions. J'ai toujours milité contre les expulsions. Mais quand je vous dis ça, encore une fois je n'ai pas réglé le problème des Roms...

Mais pourquoi restez-vous au gouvernement alors ?

Je crois que le Président de la République ne pratique pas une politique de l'esquive. Il faut prendre les problèmes qui sont à bras-le-corps et je pense qu'il faut que ce soit, et je milite, pour qu'on pèse et qu'on fasse pression près de l'Europe, pour que l'Europe et les pays européens assument totalement leurs responsabilités.

Pourquoi restez-vous au gouvernement, Fadela Amara ?

Je termine juste : ces Roms sont discriminés chez eux, maltraités dans les autres pays. Je crois qu'il est temps enfin qu'on puisse réellement mettre en place des politiques d'accueil et d'intégration en direction de ces populations. Mais alors pourquoi vous me posez... Pourquoi je reste ?

Pourquoi vous restez au gouvernement ?

Parce que j'ai une mission que m'a confiée le Président de la République, et qu'aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, je sens toujours intactes la volonté, la détermination du Président de transformer et de changer les choses dans les banlieues, notamment pour la jeunesse des quartiers populaires. Je reste et je continuerai. Mais je vous le dis très clairement, si je ne sens pas la même détermination intacte, je pense que je ne resterais pas. Pour être très claire puisqu'on parle...

Et vous doutez de la détermination, aujourd'hui, du Président de la République ?

Non, non je ne doute pas. Elle est intacte pour moi, mais si d'ici là, je sens qu'elle n'est pas intacte, je ne vois pas la nécessité de rester dans un gouvernement. Vous savez que je suis très attachée à la question des banlieues, c'est une mission que j'ai acceptée, que je mène avec beaucoup de détermination.

Fadela Amara, qui trouvait que le  ministre de l'Intérieur fait de la surenchère - tout de même ! Ce n'est pas rien ! -, était l'invitée de RTL ce matin. Bonne journée.


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