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Daniel Cohn-Bendit : "Etre contre la burqa, c'est comme être contre mourir de soif" (vidéo)

Créé le 27/01/2010 à 08h45 - Mis à jour le 11/05/2010 à 13h47

Daniel Cohn-Bendit sur RTL le 27 janvier 2010

Daniel Cohn-Bendit sur RTL le 27 janvier 2010 / La rédaction de RTL

Le député européen, co-président du groupe des Verts/Alliance Libre Européenne et leader d'Europe Ecologie, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Ecouter aussi :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Daniel Cohn-Bendit.

Daniel Cohn-Bendit : Bonjour.

L'Europe. Tout le monde se demande où est passée Catherine Ashton, la ministre des Affaires étrangères de l'Europe dans la crise haïtienne. Personne ne l'a vue, personne ne l'a entendue. Vous avez une réponse ?

Oui, elle a organisé une réunion, mais c'est tout à fait vrai. Nous étions très critiques après la nomination de madame Ashton. Madame Ashton est une catastrophe, point à la ligne. Et les responsables, c'est qui ? Ce sont les gouvernements qui l'ont désignée. Et les responsables, ce sont les Socialistes européens parce que c'est eux qui ont proposé madame Ashton ; et madame Ashton fait exactement ce qu'on avait dit, c'est-à-dire elle a une conception - disons - de ministre des Affaires étrangères européennes qui est une secrétaire générale du Conseil et qui coordonne mais qui n'a aucune position à elle. Donc, c'est une des raisons pourquoi les Verts Européens voteront contre la Commission de monsieur Barroso.

Si c'est une catastrophe, on peut en changer ou pas ?

Non, parce qu'il faudrait demander à Sarkozy de prendre une initiative et de changer ; le Socialiste européen, de dire : on s'est trompé et de proposer quelqu'un d'autre, par exemple monsieur Moratinos qui est le ministre des Affaires étrangères espagnol et président du Conseil aujourd'hui.

Ah, peut-être s'il nous entend, le Président de la République, peut-être que voilà !

S'il se lève tôt !
   
Est-ce que vous convenez, Daniel Cohn-Bendit, de la petite forme d'Europe Ecologie dans cette campagne des élections régionales ?

Oui et non.

Ah oui, déjà c'est pas mal, tiens !

Oui, c'est-à-dire que c'était... Visiblement Europe Ecologie n'est pas encore rentrée en campagne. Il y a eu toute une procédure pour faire les listes qui prend du temps. D'un autre côté, quand on voit les sondages, même les plus faibles, d'une stabilisation à 13%, 14%, c'est extraordinaire, c'est extraordinaire...

C'est pas terrible, pour un courant de pensées qui, après les élections européennes, peut-être dans l'euphorie, disait : "On sera devant les socialistes !"

Oui, mais ça, je ne l'ai jamais dit.

C'est vrai ?

Ah jamais. Et j'ai toujours dit que c'était de la bêtise.

Ah bon ! Il y a des copains à vous qui l'ont dit alors !

Eh bien oui mais, vous savez, il y a des bons et des mauvais journalistes, et il y a des bons et des mauvais politiques.

Ah bon  ?

Oui, il n'y a que des bons journalistes ?! D'accord !

Je croyais.

Non, mais c'est possible, je peux me tromper moi aussi. Non, je dis simplement, les élections régionales, vous rentrez dans le dur d'un socle électoral. Le PS a un socle électoral qui est, on ne peut pas le comparer avec le nôtre. L'Ecologie politique ré-émerge dans le paysage politique, après les élections européennes si on arrive à se stabiliser entre 13% et 15%. Rappelez-vous ! Quand on a commencé les Européennes et que j'avais dit : "On veut 10%". Les monsieur Aphatie et les plus intelligents, nous riaient au nez. "Mais enfin, vous allez faire 1,5% aux présidentielles, 10% vous êtes quand même un peu gonflés !" Bon, on en a fait 16%. Maintenant, on dit : "On veut stabiliser à 13%". Ils disent : "Ce n'est pas suffisant". En deux ans...

Ah, je ne dis pas que ce n'est pas suffisant.

Si, si, vous dites, c'est un peu pâle, c'est vrai.

Je voulais vous interroger sur vos ambitions.Ca veut dire qu'il n'y aura pas, après les élections régionales, de président Vert dans les régions françaises. Vous en faites votre deuil, Daniel Cohn-Bendit ?

Non, moi je ne  fais jamais du deuil comme ça, je dis : aujourd'hui, ce n'est pas prévisible. Maintenant, dans une campagne, on l'a vu aux Européennes, tout peut arriver. On est arrivé au score où on était que dans la dernière semaine dans la campagne. Donc, je ne dis pas que c'est impossible mais c'est improbable ; et je crois que ce que nous voulons avec un programme de transformation écologique par les régions, c'est justement de consolider la pensée de l'écologie politique et la politique de l'écologie politique par les Régionales.

Si ça se trouve, vos copains s'ils vous écoutent ce matin sur RTL, vont vous reprocher votre franchise, votre réalisme, si vous voulez. Non, mais enfin, on ne dit pas ça en pleine campagne ; on dit qu'on est le meilleur.

Oui, mais moi je suis très réaliste et je ne sais pas, moi ça m'est complètement égal d'ailleurs ce qu'on peut me reprocher ou pas. Je crois que c'est la vérité ce que je dis. On est beaucoup plus fort... L'écologie politique a ré-émergé ; et maintenant, il ne faut pas non plus croire qu'en deux ans, on dépasse comme ça le Parti socialiste même s'il n'est pas très bien.

Etes-vous contre la burqa, Daniel Cohn-Bendit ?

Oui, est-ce que vous êtes contre de mourir de soif ? Oui. Je suis contre la burqa. Oui.

Ca va de soi ?

Oui, ça va de soi.

Donc, il faut l'interdire  par la loi ?

Ca ne veut rien dire. Ca ne veut rien dire. L'interdire, la burqa par la loi, c'est-à-dire : vous prenez une femme qui est enfermée dans sa burqa, vous lui interdisez d'aller dans la rue, vous l'enfermez chez elle. (silence) Donc, vous avez... Vous dites : "Je suis contre l'enfermement et c'est pour ça que je veux redoubler l'enfermement".

C'est une manière de l'aider, de lui dire : "Ne mettez pas cette burqa, sortez dans la rue sans burqa".

Moi je crois que les seuls qui peuvent l'aider, c'est une émancipation des musulmans. Ca se fait de l'intérieur. Vous savez, prenez la communauté juive. Allez à Meha Sharim. Regardez ce qui se passe à Meha Sharim, ils n'ont pas de burqa  mais l'enfermement par les religieux les plus sectaires qui existent, eh bien cette libération ne se fait pas de l'extérieur où il y a un mouvement émancipateur à l'intérieur par exemple des musulmans, c'est ça qu'il faut aider. Il faut que les musulmans se libèrent, que ces femmes se libèrent mais ce n'est pas le Président de la République en levant le doigt qui va dire : "Madame, vous êtes une méchante, enlevez votre burqa".

Donc, pas de loi pour vous ?

Je crois que cette loi, ça ne sert à rien ; et je crois qu'Alain Duhamel avait raison, avait raison de dire : de toute façon, ça ce sont les intégristes qui en profitent. Alors, si on veut faire monter les intégristes, qu'on continue comme ça.
   
Qu'avez-vous pensé de la prestation du Président de la République, lundi soir, sur TF 1, Daniel Cohn Bendit ?

Je crois que le Président de la république avec toute la tchatche qu'il a, il est avocat, il connaît les dossiers...

Il n'y a pas que lui qui a de la tchatche !

Oui, il n'y a pas que lui. Oui, il avait de l'empathie pour les gens ; et je crois que cette empathie était crédible. Et en même temps, il disait aux gens comme Jospin : "Mais j'y peux rien".

Et alors ?

Et je crois que son problème c'est : sa politique, pour l'instant, ne marche pas. Alors, il mise sur le fait que ça va marcher. Peut-être que ça va marcher ! Moi, je ne crois pas mais ça c'est de bonne guerre. Pourquoi pas ! Je n'en sais rien.

Mais vous savez, les gens ont un sentiment d'inégalité. Il y a face à la crise, une inégalité flagrante. Le bouclier fiscal ne passe pas. Il ne passe pas. Alors, et c'est que,  si on n'arrive pas à redonner un sens de l'inégalité, et deuxièmement ce qui est dramatique pour lui, c'est que son gouvernement dans la pratique politique ne fonctionne pas. Si on se fait retoquer à chaque fois par le Conseil constitutionnel... Par exemple, un truc difficile comme la contribution climat-énergie qu'on appelle taxe-carbone, est censé retoquer, c'est deux fois zéro. C'est deux fois zéro, et c'est ça son problème. C'est que sa manière de gouverner de son gouvernement, aujourd'hui, est quelque chose qui est enrayé. Et donc, il paie le prix.

Une star émerge de ce dialogue avec les Français. Délégué CGT, fan de Che Guevara, il s'appelle Pierre Le Méhanès. On aime beaucoup les gauchistes en France ?

Oui, mais moi je crois qu'il défendait... Alors là, par exemple, ce qui était intéressant, c'est la seule chose qu'on pouvait répondre. L'automobile, il faut arrêter. Là, je vois que les Néerlandais ont racheté SAB et tout ça. Il y aura moins de voitures produites dans les années qui vont venir, même si on fait des voitures électriques...

En France, en Europe ?

En France, en Europe et partout. Donc ce qu'il faut c'est un salaire de transformation d'une autre mobilité. Et c'est ça qu'il fallait répondre au cégétiste, de dire : oui, vous avez raison. Aujourd'hui, nous devons un salaire de transformation pour produire autre chose. Voilà ce que propose Europe Ecologie, région par région.

Daniel Cohn Bendit, homme politique de l'année, qui a de la  tchatche, était l'invité de RTL ce matin.  


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