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POLITIQUE

Cour des comptes : les propos de Claude Guéant font jaser

Créé le 09/07/2011 à 08h05

Manuel Valls le 27 novembre 2010 à Corbeil-Essones

Manuel Valls le 27 novembre 2010 à Corbeil-Essones / AFP

Le député socialiste Manuel Valls a de nouveau demandé vendredi la démission du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, qui a vigoureusement mis en cause un rapport de la Cour des comptes sur la politique de sécurité. La polémique entre la majorité présidentielle de droite et l'opposition de gauche sur le coup de colère de ce proche du président Nicolas Sarkozy s'est poursuivi dans les médias. Manuel Valls, candidat à la primaire socialiste pour l'élection présidentielle de 2012, a ainsi estimé qu'aucun ministre, dans n'importe quelle autre démocratie, ne pourrait critiquer, comme Claude Guéant, une institution chargée de juger en toute indépendance la gestion de l'Etat. Les déclarations de Claude Guéant agace aussi chez les "sages" de la Cour des Comptes.
"Je demande la démission la démission de Claude Guéant", a déclaré Manuel Valls. "On ne peut pas accepter qu'un ministre de la République mette ainsi en cause l'institution qui est là (...) pour juger l'action (de l'Etat)."

"Il faut qu'il démissionne", a-t-il ajouté. "Comment voulez-vous que les Français puissent accepter un discours de droits et de devoirs (...) quand au plus haut sommet de l'Etat on met en permanence en cause ce qui fonde l'autorité ?"
   
La direction du PS a elle aussi fustigé les propos la veille de Claude Guéant s'indignant d'un rapport de la Cour des comptes critique contre la politique de sécurité du gouvernement depuis 2002, jugeant que le ministre de l'Intérieur devrait plutôt "s'attaquer à l'insécurité".

"Claude Guéant devrait s'attaquer à l'insécurité plutôt qu'à la Cour des comptes", écrivent dans un communiqué Harlem Désir, Premier secrétaire par intérim et Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national du PS à la sécurité.

Pour eux "la Cour des comptes vient, dans un rapport, de mettre en lumière la contradiction flagrante qui existe entre les discours gouvernementaux et la réalité de la baisse des moyens de sécurité dans notre pays".

"Cette réalité est claire, le gouvernement a désarmé les forces de sécurité publique. Les effectifs ont été réduits dans la police et dans la gendarmerie. Les violences aux personnes ont augmenté de 20% de 2002 à 2009. Afin d'obtenir des chiffres moins accablants, des directives ont été adressées aux services de police et de gendarmerie pour ne pas enregistrer certaines plaintes", ajoutent-ils.

Le ministère de l'Intérieur avait réagi vendredi sur RTL. "La Cour des Comptes n'est pas une institution infaillible. J'ai le plus grand respect pour elle. Mais lorsqu'elle avance des faits qui sont inexacts, lorsqu'elle se livre à des approximations dans le raisonnement, lorsqu'elle raisonne de façon contestable, eh bien je conteste." a expliqué le ministre de l'Intérieur et de l'Immigration.

Avant de poursuivre : "Par exemple, c'est un fait. Il a été publié par la presse, hier ; donc, c'est facile de s'y référer. Il y aurait, dit la Cour, 31 fonctionnaires de police sur la voie publique dans les Yvelines, ce n'est pas exact. Il y en a 140 (...) Mais c'est moi qui ai raison, je le sais. C'est moi qui commande la police, je le sais."

Les sages de la Cour des Comptes montent au créneau

Les magistrats de la Cour des comptes sont sortis de leur réserve vendredi pour défendre leur impartialité et leur indépendance face aux accusations de "politisation" adressées par la majorité, furieuse de voir la juridiction financière critiquer la gestion des forces de sécurité.

Fait très rare, les "sages" de la rue Cambon sont eux-mêmes montés au créneau. Dans un communiqué, l'Association des magistrats de la Cour des comptes a fait part de sa "consternation".

Une telle prise de position est "assez rare", a déclaré à l'AFP le président de l'association, Jean-Luc Lebuy. "C'est également assez rare qu'un rapport de la Cour des comptes donne lieu à autant de réactions de la part d'un certain nombre de personnes. La situation est tout de même assez exceptionnelle", a-t-il ajouté.
  
La Cour des comptes a éreinté dans un rapport publié jeudi la gestion des forces de sécurité et mis en doute la baisse de la délinquance depuis 2002, date de l'arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur.

Dès jeudi, le premier président de la Cour des comptes, l'ancien député socialiste Didier Migaud nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de la juridiction, avait défendu un rapport "exact, objectif et fruit de la collégialité". "Je ne comprends pas cette fureur!", avait-il lancé sur RTL.

Mais plus d'une centaine de députés UMP et Nouveau Centre ont aussitôt écrit à Didier Migaud pour "condamner" une "forme insidieuse de politisation" de son institution. Les signataires de cette lettre évoquent aussi de "lourdes interrogations" sur les auteurs du rapport et leurs liens avec le Parti socialiste.
  
Ces réactions "témoignent d'une méconnaissance fondamentale, réelle ou feinte, du mode de fonctionnement des juridictions financières", estiment pour leur part les magistrats de la rue Cambon, réaffirmant leurs "trois principes fondamentaux" : "l'indépendance, la contradiction et la collégialité".

Les juges financiers soulignent notamment que "tout rapport rendu public n'est pas le fruit de la décision de quelques uns, mais de l'ensemble de la Cour". Le rapport controversé "a ainsi été adopté par la formation la plus "solennelle" de la juridiction, la "chambre du Conseil", qui réunit l'ensemble des présidents de chambre et des conseillers maîtres, soit en l'espèce une centaine de magistrats", insistent-ils.

(Avec AFP)
  



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