Drame de Toulouse : craignez-vous une récupération politique des événements?
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Claude Guéant sur RTL le 5 mars 2012
Crédit : RTLCrédit : Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Claude Guéant.
Claude Guéant : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Vous allez participer tout à l'heure au dernier conseil des ministres présidé par Nicolas Sarkozy. Quel est votre état d'esprit ?
C'est un moment particulièrement émouvant, bien entendu, parce que le Conseil des ministres est le lieu où se prennent les grandes décisions, où s'arrêtent les projets de loi, par exemple. Et chaque Conseil des ministres est émaillé, de la part du Président, de considérations tout à fait passionnantes d'ailleurs sur sa vision du monde, de la France. Et ce sera l'occasion à se remémorer tout ce qui a été fait et qui est considérable parce que depuis cinq ans, il y a eu énormément de réformes.
Mais le mot réforme est un peu galvaudé ; je préfèrerais dire énormément de mesures d'adaptation au monde moderne ; et je pense que l'Histoire en fera crédit à Nicolas Sarkozy.
Terminer sur un échec, c'est difficile ?
Evidemment, et d'autant que j'ai un rôle particulièrement délicat, ce matin, puisque je vais avoir la tâche douloureuse de présenter le résultat des élections présidentielles. C'est vrai, ceci dit, le Président a fait une magnifique campagne. Il faut savoir que par rapport au stock de droite qui était rassemblé au premier tour, il a gagné 21 points entre les deux tours. Je crois que ça montre la pugnacité qui a été la sienne et sa force de persuasion à l'égard de l'opinion.
Mais c'est un échec. Pourquoi cet échec, Claude Guéant ?
C'est un échec parce que c'est la règle démocratique comme ça. Si vous voulez mon interprétation...
... Oui, c'est ce que je veux ...
Mon interprétation, c'est que dans la crise et nous ne sommes pas sortis de la crise, et les Français ont vécu la crise, quand il y a un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, un gouvernement-sortant ne peut pas gagner les élections. Et c'est ce que nous avons observé partout en Europe.
La personnalité de Nicolas Sarkozy est en cause ; on l'a décrite trop clivante. On a parlé d'erreur de comportement, d'un début de quinquennat manqué. C'est aussi dans la facture tout cela, Claude Guéant ?
C'est vrai que Nicolas Sarkozy est moins aimé ou était moins aimé au moment de l'élection qu'il ne l'était au début de son quinquennat lorsqu'il a été élu en 2007. C'est vrai qu'il a commis quelques erreurs. Les Français restent attachés à une conception très monarchique, très formelle du rôle du Président de la république. C'est quelqu'un qui est profondément moderne, qui a voulu dépoussiérer l'Institution, vivre comme les autres, se comporter comme les autres, et c'était sans doute prématuré.
Depuis la défaite de dimanche soir, vous avez sans doute eu l'occasion de parler avec Nicolas Sarkozy ?
Oui.
Qu'est-ce qu'il emporte chez lui ? La tristesse d'avoir perdu ? Une forme de peur devant l'inactivité qui l'attend ? Le soulagement, disent certains ?
Je pense... Non, je n'ai pas du tout cette impression de soulagement. C'est vrai que je sens qu'il est triste bien qu'il n'exprime pas de sentiment de cette nature ; mais je crois qu'il a le sentiment du devoir accompli, la conviction de s'être bien battu, d'avoir porté ses idées ; et par conséquent, c'est une vraie sérénité qui l'habite.
Pas la peur du vide ?
Elle n'est pas perceptible.
Elle peut exister ?
Elle peut exister parce que c'est quelqu'un que je connais bien, il accepte de se reposer trois jours mais enfin, au bout de trois jours, il bouillonne, il a envie de faire plein de choses. Ceci dit, il n'y a pas que la Politique dans la vie. Il a dit qu'il prendrait du champ par rapport à la vie politique. Il resterait partie de sa famille mais sans chercher à conquérir un autre mandat, ni à jouer un rôle actif et je pense qu'il y a bien d'autres choses : voyager, lire, rencontrer des gens, parler, exercer un métier peut-être. Ca occupe son homme ainsi !
Croyez-vous à un retrait temporaire ou définitif de l'activité politique pour Nicolas Sarkozy ?
Il a dit clairement qu'il resterait dans la famille, c'est-à-dire qu'il participerait à des réunions mais pas avant la rentrée, après l'été. Mais enfin, il ne jouera pas de rôle actif. Je crois qu'il est absolument déterminé à cet égard. Je le regrette pour ma part, mais c'est ainsi.
C'est-à-dire que ce matin, Claude Guéant, vous diriez plutôt que Nicolas Sarkozy va se retirer à peu près définitivement de la vie politique ?
Je pense, oui. Oui, je pense.
Et vous le regrettez un peu ?
Et je le regrette.
Et il n'y a pas de solution ?
Eh bien non, puisque c'est sa décision à lui. Non, je pense qu'il aurait encore beaucoup à apporter à notre famille compte tenu de son expérience qui est considérable, à apporter à notre famille, à la réflexion de la famille parce qu'il sent bien la société française avec toutes ses fibres puisqu'il a sillonné la France, rencontré des centaines de milliers de Français au cours de ces années mais enfin, c'est son choix : il veut tourner la page.
Nous sommes le 9 mai 2012 ; ce qui est devant nous, Claude Guéant, ce sont des élections législatives.
Oui.
Nicolas Sarkozy a un successeur à l'UMP, aujourd'hui ?
Eh bien, il y a un patron à l'UMP : Jean-François Copé, le secrétaire général. Nicolas Sarkozy en était le président mais il n'a pas été remplacé dans ce poste de président et il va mener pour l'UMP la bataille aux Législatives. Il y a eu un bureau politique dès lundi ; il y en a un autre jeudi matin qui sera précédé d'un comité stratégique pour actualiser un tout petit peu sans doute le programme présidentiel ; et c'est sur ce programme que nous irons à la bataille des Législatives.
Dans les faits, Jean-François Copé, aujourd'hui, est le successeur de Nicolas Sarkozy ? On peut le dire comme ça ?
Ecoutez, aujourd'hui, Jean François Copé est à la tête de l'UMP ; personne ne lui conteste son rôle. Le bureau politique qui s'est tenu lundi était parfaitement unitaire. Nous irons unis sur un même programme.
Si l'UMP gagne les élections législatives, c'est Jean François Copé qui devient le chef du gouvernement ?
Ah ça, je ne sais pas.
C'est ça la question de la succession ?
Non, non... Mais oui, oui... Mais enfin, je ne peux pas lire dans le marc de café d'autant que j'appelle l'attention sur le fait que c'est le Président de la république qui choisit le Premier ministre même si dans un cas de cohabitation que vous évoquez, il faut bien sûr un dialogue entre le Président et la Majorité.
Elections législatives, 10 - 17 juin. Une cohabitation, c'est souhaitable pour le pays ou pas ?
Moi je pense qu'institutionnellement, au regard de ce qui fonde la Vème république, ce n'est pas logique mais il n'empêche que très franchement, je crois que ce serait bien pour la France que la majorité sortante puisse appliquer son programme plutôt que ce soit le Parti socialiste qui applique son programme. Nous ne pouvons pas aller à nouveau vers la dépense publique, vers les déficits, vers les impôts, vers les diminutions de compétitivité.
Donc, pour l'intérêt de la France, je pense que ce serait bien que la Majorité sortante reste à l'assemblée nationale de la Majorité.
Cela, vous l'avez expliqué à l'occasion de l'élection présidentielle aux citoyens qui ne vous ont pas suivi ?
Oui, bien sûr. Oui, bien sûr.
Donc, ce serait paradoxal qu'ils vous suivent maintenant ?
Eh bien, écoutez le citoyen peut changer d'avis en l'espace de quelques semaines. Nous aurons aussi... Le citoyen aura l'occasion de se faire une appréciation sur les quelques semaines de gouvernement de monsieur Hollande.
Vous êtes vous-même, Claude Guéant, candidat aux élections législatives à Boulogne...
... Oui.
... Et vous figurez - c'est Bruno Gollnisch, le numéro 2 du Front National, qui l'a rendu publique hier - sur une liste de personnalités que le Front National désire voir battue. Vous figurez sur cette liste parce qu'ici même le 24 avril, vous aviez dit qu'en cas de duel aux élections législatives, au deuxième tour, entre un candidat du Front National et un candidat du Parti socialiste vous ne voteriez "jamais", avez-vous dit, pour le candidat du Front National. Maintenez-vous cela ce matin, Claude Guéant ?
Oui, je maintiens cela effectivement ; ce qui me permet d'ailleurs de dire que ce que j'ai dit, c'est exactement ce que vous venez de rappeler, Jean-Michel Aphatie, et je n'ai pas dit que je voterai pour le candidat socialiste non plus.
Mais vous avez dit : je ne voterai jamais pour un candidat du Front National.
Vous me permettrez de remarquer que faire des listes que monsieur Gollnisch qualifie de listes noires dans une démocratie comme la nôtre, c'est quand même quelque chose d'inquiétant.
Ce n'est pas républicain ?
Je trouve que c'est inquiétant.
Vous êtes triste, ce matin ?
Oui, bien sûr, bien sûr. Oui, c'est une époque qui a été absolument passionnante ; autour de Nicolas Sarkozy, nous avons tous la conviction que nous avons fait beaucoup pour adapter la France au XXIème siècle ; elle avait besoin de l'être ; elle a besoin de l'être encore, ne serait-ce que parce que le monde bouge très vite, il faut toujours s'adapter. Donc, nous sommes tristes d'abandonner une œuvre qui n'est pas achevée, c'est vrai.
Mais c'est la loi de la démocratie !
Mais c'est la loi de la démocratie !
Claude Guéant avant son dernier Conseil des ministres, était l'invité de RTL. Bonne journée.
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