POLITIQUE

Claude Allègre : "Sarkozy n'est ni de gauche, ni de droite. Il est pragmatique"

Créé le 12/05/2008 à 08h39 - Mis à jour le 05/06/2008 à 09h23

Claude Allègre, le 12 mai 2008 sur RTL

Claude Allègre, le 12 mai 2008 sur RTL / capture rtl.fr

Invité de RTL, Claude Allègre a salué le "pragmatisme" de Nicolas Sarkozy. "Sarkozy est ni de gauche, ni de droite. Il est pragmatique" a commenté l'ancien ministre de l'Education. "On a besoin de ça aujourd'hui, pour sortir la France sur le chemin sur lequel elle est qui risque de la conduire au déclin" a-t-il déclaré au sujet de Nicolas Sarkozy dont il "admire l'énergie". Au sujet de la succession de François Hollande au PS, il estime que Ségolène Royal a "de bonnes chances" mais apporte son soutien à Bertrand Delanoë. Retrouvez la vidéo de l'entretien

Claude Allègre, ancien ministre socialiste de l'Education Nationale.

Bonjour Claude Allègre
Bonjour

Vous publiez "la Science et la Vie" aux éditions Fayard. Vous présentez cela comme un journal de l'année 2007 ; mais il s'agit aussi un peu de vos mémoires, les mémoires d'une vie déjà bien remplie. Vous y parlez de Science, votre carrière, votre passion et aussi de la vie, c'est-à-dire vous concernant de la politique. Vous vous présentez comme un homme de Gauche, dites-vous, et vous défendez l'action, la personnalité, l'attitude de Nicolas Sarkozy.
   
Nicolas Sarkozy serait-il un homme de Gauche pour vous, Claude Allègre ?

Je pense qu'il n'est ni de Gauche, ni de Droite. Il est pragmatique.

Il n'est pas un peu de Droite ?

Je pense qu'il se présente lui-même comme quelqu'un de Droite mais je pense qu'il est surtout un pragmatique.

Et ça, ça vous plaît ?
Je pense qu'on a besoin de ça aujourd'hui. On a besoin de sortir la France du chemin sur lequel elle est et qui risque de la conduire au déclin, tout comme l'Europe. Et je pense que ce que j'admire dans cet homme, c'est son énergie.

Ce que vous admirez !
Ah oui, c'est son énergie. Oui son énergie.

Ah, c'est fort comme jugement, comme verbe !

Mais non parce que je trouve que dans la classe politique, il y a eu beaucoup de gens qui réfléchissent, qui font des bonnes analyses, etc ... mais quant à l'action, ils sont paralysés soit parce qu'ils craignent des manifestations, soit parce qu'ils craignent de mécontenter telle ou telle catégorie. Je trouve qu'il a une énergie qui me fait penser d'ailleurs à celle qu'a eue Giscard d'Estaing pendant les six premiers mois de sa présidence ; et je souhaite qu'il continue.

A-t-il raison de dire qu'avant lui, Jacques Chirac donc Lionel Jospin et puis peut-être François Mitterrand, n'ont rien fait, n'ont pas fait assez. Est-ce qu'il a raison de critiquer comme ça ses prédécesseurs ?

Je pense que le fait de dire que Jacques Chirac n'a rien fait n'est pas une critique. C'est une constatation.
Lionel Jospin, je pense, a fait des choses notamment pendant les deux premières années, et puis il y a des choses qui sont plus discutables sûrement. François Mitterrand a fait quelque chose pendant le début. Ensuite, il a géré essentiellement les choses. C'est vrai que la France ne s'est pas attaquée à des grandes réformes comme le problème des retraites dans lequel on est au tout début. Il faut savoir que les Statistiques nous disent que : à la fin du siècle, la moitié des Français auront plus de 65 ans. Par conséquent, ce problème c'est un problème immense. On ne s'y est pas attaqué. On s'y attaque. C'est une bonne chose.

Quand ils jugent la première année de Nicolas Sarkozy, tous les dirigeants socialistes parlent du Paquet fiscal et le dénoncent comme une erreur. Sauf erreur de ma part, là pour le coup, je n'en ai pas vu une ligne dans votre livre ?

Non parce que je pense que ça a été d'abord très mal qualifié. Je ne suis pas sûr que c'était ... personnellement, je ne suis pas un fanatique du paquet fiscal. Comme je l'explique, je ne suis pas un thuriféraire du Président de la république. J'ai des désaccords sur un certain nombre de choses, je le dis par rapport à ça. De la même manière, d'ailleurs, que j'avais des désaccords dans le gouvernement dans lequel j'appartenais avec telle ou telle personne du gouvenrement. C'est comme ça.

Ce paquet fiscal est-il une erreur ?

Je pense que tel qu'il a été présenté, il n'a pas été bien présenté. Moi je suis très favorable aux aspects sur les Heures Complémentaires, ou Supplémentaires, je l'ai écrit dans le livre que j'avais fait avec Denis Jeanbart. Je pense que limiter le temps de travail de personnes c'est quelque chose qui est anti-social.

Vous faites quand même partie du gouvernement qui a fait les 35 heures, Claude Allègre !

Je répète encore une fois ...Quand vous appartenez à une équipe, vous n'êtes pas obligé d'être d'accord. Tout le monde sait que je n'étais pas favorable ...
Mais ça, c'était la réforme centrale.

Ah ! tout le monde sait ? Vous ne l'avez pas beaucoup dit ... enfin !

Si, je l'ai dit partout.

Pas à l'époque.

Justement pas à l'époque parce que je considère que je n'avais pas à faire de critiques à l'intérieur. J'ai même été ensuite quelqu'un qui a soutenu les 35 heures parce que je considère que c'est un devoir quand on appartient à une équipe. Ceci étant, tout le monde sait que je n'étais pas un fanatique des 35 heures ; mais les 35 heures c'est une chose. On peut être pour les 35 heures et contre la limitation des Heures Supplémentaires.

Je pense que c'est deux choses distinctes.
Les 35 heures, ça a été des bonnes choses pour les grandes entreprises ; ça n'a pas été des bonnes choses pour les Petites et Moyennes Entreprises. Mais par contre la limitation des Heures Supplémentaires qui a été initiée par la Droite et qui a été amplifiée par la Gauche, je pense que ce n'est pas bien et que ce n'est pas moral. S'il n'y avait pas eu d'Heures Supplémentaires, moi je ne serai pas là parce que mon grand-père n'aurait pas pu prendre ce qu'on appelle l'ascenseur social.

Il y a des manifestations qui sont consécutives à l'action que mène Nicolas Sarkozy, vous le disiez tout à l'heure, Claude Allègre. Xavier Darcos, ministre de l'Education, qui donc vous a succédé à la tête de ce difficile ministère est en but à une grogne chez les enseignants. Ils vont défiler jeudi.
Vous êtes du côté de Xavier Darcos ou du côté des enseignants qui vont défiler ?

Il faudrait que les enseignants et les syndicats enseignants créent une commission pédagogique et commencent à faire ce qu'ont fait les syndicats d'enseignants après la guerre, faire des propositions pédagogiques de rénovation. On ne peut pas continuer à être contre toutes les réformes. Il n'y a pas une seule réforme qui a été proposée sur lesquelles les syndicats ne sont pas CONTRE. La seule chose sur lesquelles ils sont POUR, c'est qu'il faut augmenter le nombre d'enseignants, pas très bien payés d'ailleurs. Donc, je pense que Xavier Darcos essaie de faire des choses. Moi je ne suis pas d'accord à 100% sur tout ce qu'il fait, chacun a sa sensibilité ; mais je crois qu'il faudrait que les enseignants maintenant aient une attitude positive et non pas du toujours plus parce que le toujours plus, je ne pense pas que c'est avec ça qu'on va améliorer l'Education Nationale.

Cette année 2007 que vous décrivez dans votre livre "la Science et la Vie" a vu l'implantation de Ségolène Royal. Elle poursuit son projet politique et elle a envie maintenant de succéder à François Hollande à la tête du Parti Socialiste. Va-t-elle y arriver, d'après vous, Claude Allègre ?

Ce que j'avais écris dans mon précédent livre, soi dit en passant ...

Ah, vous avez presque tout prévu !
Non, je n'ai pas tout prévu.

Non, allez-y. C'est Ségolène Royal !

Il se trouve que ça, je l'avais dit. Je pense qu'elle a des bonnes chances de succéder à François Hollande. Je pense qu'elle a de bonnes chances parce qu'elle appartient à une nouvelle génération et je pense qu'elle a eu une détermination très forte. Je pense que la division la favorise. Alors, évidemment, il y a Bertrand Delanoë. Et Bertrand Delanoë est aussi un très, très bon candidat. Je pense que normalement, si les choses devaient se jouer, elles doivent se jouer entre les deux. Ce que je veux dire c'est que je ne crois pas qu'un parti politique puisse se rénover s'il n'y a pas un leader. L'espèce de discours qui consiste à dire "Mettons-nous d'accord sur les idées, etc ... les hommes après", c'est une plaisanterie.

Vous n'y croyez pas ?

Je veux dire. Il suffit de regarder l'histoire du Monde.

Et entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, vous préférez Ségolène Royal.

Ah moi je préfère Bertrand Delanoë mais je ne veux pas l'handicaper en disant que je suis pour lui. Je vous dirai pourquoi parce que je considère qu'il a réussi comme maire de Paris. C'est un homme qui est plein d'allant et je crois qu'il a le talent pour emmener le Parti Socialiste vers une re-fondation.

Mais comme vous n'êtes plus membre du Parti Socialiste, vous regarderez ça comme un spectateur.

Absolument.

    Claude Allègre "la Science et la Vie", c'est édité chez Fayard, et il était ce matin l'invité d'RTL. Bonne journée.

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