"En Europe comme en France, François Hollande s'est attribué l'idée de la croissance" selon Alain Duhamel
Créé le 19/05/2011 à 11h42

Christine Boutin sur RTL le 19 mai 2011 / RTL
La présidente du Parti chrétien-démocrate répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christine Boutin.
Christine Boutin : Bonjour.
Dans votre première réaction à l'affaire Strauss-Kahn, dimanche dernier, vous avez évoqué un possible "piège tendu" au directeur général du FMI. Puis vous avez rectifié, deux jours après, en vous référant plutôt à la psychanalyse pour expliquer son comportement. Mais ce qui frappe dans vos réactions, comme dans celles de la quasi-totalité des responsables politiques, c'est le manque spontané d'attention à une présumée victime : cette jeune femme de 32 ans, employée de l'hôtel Sofitel de New York. On se demande si c'est l'action politique et sa dureté qui peut, parfois, en déshumaniser les acteurs ?
Jean-Michel Aphatie, ce n'est pas tout à fait exact ce que vous venez de dire puisque sur Facebook, dès dimanche j'ai indiqué le problème de la femme qu'il ne fallait pas oublier.
Mais Facebook, c'est moins important sans doute comme vecteur d'information que l'AFP dans ces circonstances-là...
Ah mais je ne sais pas mais vous savez, aujourd'hui, il faut être moderne. Mais donc voilà !
Traitez-moi de ringard ! C'est très gentil...
Non, non, mais voilà, je dis simplement ça, si vous voulez...
D'accord.
Mais pour être plus sérieux, moi je pense que dans cette affaire, il y a deux victimes. Si on est dans l'hypothèse du piège, la femme en particulier, si elle a été un appât, pour moi c'est une prostituée, donc elle est victime. Si elle n'a pas été l'appât et qu'elle a subi des violences, elle est une victime. Donc, il faut prendre en considération cela.
Je pense également que DSK est une victime. Je le pense profondément...
Mais victime de lui-même.
Victime de lui-même, victime de la société.
De la société, pourquoi ?
Mais parce que, moi je suis persuadée que s'il a fait véritablement un suicide psychique, psychologique, un suicide politique, c'est parce qu'il était arrivé à un moment où ce n'était plus possible. Si véritablement ce que l'on dit, et je ne sais pas si c'est vrai, et c'est très difficile de parler aujourd'hui parce que tout ça, c'est présumé... Mais si véritablement, c'était un libertin comme on le laisse penser aujourd'hui, ce qui est à vérifier, moi je n'en sais rien...
Vous ne l'avez jamais entendu avant ?
Mais bien sûr, que si. Naturellement, naturellement. Vous savez, je suis allée voir une pièce de théâtre, enfin une comédie musicale sur "Anne Franck" qui s'appelle "Anne, la musicale" ; et la dernière phrase d'Anne Franck dans cette pièce, c'est dire : "Personne ne voulait le croire, mais tout le monde le savait". Et je pense qu'effectivement, aujourd'hui, nous sommes dans une société où l'on sait beaucoup de choses et on ne le dit pas obligatoirement. Mais je partage l'analyse d'Alain Duhamel, honnêtement.
Vous auriez le droit d'être en désaccord avec Alain ?
Ah, mais tout à fait.
Mais vous êtes en accord ! Très bien.
Mais quand je le suis, je le dis de façon très claire.
D'accord.
Mais je pense que chercher, chercher dans la vie privée, c'est d'abord impossible et on finit... La transparence conduit au totalitarisme.
"Tout le monde le savait, personne ne voulait le croire". Si on part de ce propos, Christine Boutin, vous connaissez d'autres personnalités politiques - de haut niveau, qui ont des responsabilités - dont vous diriez que le comportement privé pourrait être un problème pour la démocratie ?
Je pense, en tous les cas, que beaucoup et je partage ce point de vue, estiment que l'élite aujourd'hui, a perdu son code moral. Ca, je crois.
Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
Eh bien, c'est ...
Les actes, des choses que vous savez, que nous ne savons pas, qui ne sont pas publiques...
Que vous savez aussi, ne faites pas l'innocent, vous les savez aussi bien que moi.
Non, non, non, non ...
Il y a un certain nombre, vous le savez très bien ...
Je suis un peu ringard, mais je ne suis pas naïf !
Non, non. Mais vous savez...
Non, non, je vous pose la question franchement...
Je pense que nous avons un problème en France, c'est que nous faisons une séparation très forte entre vie privée et vie publique, ce que j'acquiesce ; mais la difficulté des hommes et des femmes politiques, comme tous les autres, c'est de ne pas faire de passerelle entre vie publique et vie privée. Il n'y a plus de cohérence entre les paroles et les actes ; et ceci finit par éclater au grand jour.
Mais vous pensez à certaines personnes ? Vous pensez à beaucoup de personnes ? Vous pensez que le mal est très important ? C'est quelques cas isolés ? Comment comprendre ? Quel statut donner aux propos que vous tenez ce matin sur RTL ?
Quel statut ? Mais c'est celui de la vérité. Manque de cohérence entre vie publique et vie privée. Il est nécessaire d'avoir cette exigence.
Mais ça concerne beaucoup de gens ou peu de gens ?
Je pense que ça concerne beaucoup de gens, effectivement. Mais pas... Pardon !
Vous-même, peut-être ?
Ah, il y a certainement des moments d'incohérence, bien sûr. Mais enfin, en général, vous le savez, sur un certain nombre de positions...
Ah non, je ne sais pas autant de choses que vous le suggérez, vous savez !
Si, si, si... Au niveau de mes positions et de mes convictions, vous savez que j'ai une certaine constance et que j'essaie effectivement d'être cohérente entre ma vie publique et ma vie privée. Et naturellement, il peut y avoir des accidents mais il y a des niveaux d'accidents. Mais en tous les cas, ce que je pense c'est qu'aujourd'hui, les Français estiment que l'élite a perdu, l'élite pas uniquement politique, mais l'élite a perdu son code moral, eh bien il va falloir retrouver un petit peu les repères. Nous sommes dans une société libérale sur le plan économique, libérale sur le plan culturel. Nous sommes dans une société qui devient libertaire et on s'aperçoit que l'individualisme dans lequel nous sommes, nous amène dans le mur. Il va bien falloir, un jour, que nous osions le dire sérieusement.
C'est quoi ? Le retour au communisme qui est nécessaire, alors ?
Je ne demande pas surtout le retour au communisme, vous le savez fort bien. Je pense à la solidarité, je pense à la fragilité, je pense au respect de l'autre. Aujourd'hui simplement, la personne s'intéresse à elle-même et je crois qu'il faut que nous redécouvrions l'autre pour pouvoir construire une société solidaire.
Cet événement, Christine Boutin, modifie évidemment les conditions dans lesquelles va se dérouler la prochaine élection présidentielle. Souhaitez-vous la réélection de Nicolas Sarkozy ?
(Silence) Je ne sais pas comment ça se passera.
Non, mais ma question est simple : est-ce que vous souhaitez la réélection de Nicolas Sarkozy ? Moi non plus, je ne sais pas comment ça se passera...
Aujourd'hui... Mais est-ce que Nicolas Sarkozy sera candidat ? Je n'en sais rien. Mais en tous les cas, en tous les cas, je souhaite la victoire de la Droite classique, je vous le dis clairement.
Ca, c'est une forme de réponse.
C'est une forme de réponse.
Vous ne serez pas candidate vous-même ?
Le Parti Chrétien Démocrate aura un candidat.
Vous faites peser la menace comme ça pour...
Le Parti Chrétien Démocrate aura un candidat et le suspens...
Mais je n'y crois pas. Pour vous dire le fond de ma pensée, je n'y crois pas.
Ah bon, eh bien écoutez, on verra. On verra, monsieur Aphatie. On verra.
Il sera candidat pour quoi ? Pour témoigner ?
Le candidat du Parti Chrétien Démocrate sera là pour éviter le gonflement des voix du Front national, en particulier.
Ah ! Pourquoi ? Parce que vous avez la recette magique pour l'électorat du Front national ?
Eh bien, vous savez, les Cantonales ont été une expérience tout à fait claire en ce qui concerne le parti Chrétien Démocrate. Nous avions 23 candidats. Sur 23 candidats, il y en a 20 qui ont empêché le Front national d'être là au second tour ; et il y en a eu dix qui sont passés au 1er tour, et 3 élus. Donc voilà, c'est tout. C'est une expérience concrète. Certes, l'échantillon n'est pas vaste mais il est quand même là, voilà. Et moi, je veux me battre pour cela.
Et à par vous, il pourrait y avoir un autre candidat dans le Parti Chrétien Démocrate ?
On verra. Vous verrez, ce sera la surprise pour vous, Monsieur Aphatie.
Bon, je vais aller sur Facebook tout de suite, et Christine Boutin était l'invitée de RTL, bonne journée. 
Publicité
Publicité
Publicité