"En Europe comme en France, François Hollande s'est attribué l'idée de la croissance" selon Alain Duhamel
Créé le 06/09/2011 à 09h22
Cécile Duflot était l'invitée de RTL mardi matin. La secrétaire nationale des Verts, qui répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie, a parlé mardi de "situation insensée" à propos du retour en France hypermédiatisé de Dominique Strauss-Kahn et a refusé de dire si elle accepterait de siéger dans un gouvernement à ses côtés. "C'est insensé que cet homme soit revenu avec des applaudissements à l'aéroport", a-t-elle insisté. "Je ne sais pas qui a organisé, a participé de cet état d'esprit, mais il y a quand même un malaise collectif assez notable".
Bonjour Cécile Duflot
Bonjour ...
Les bourses repartent à la baisse, la Grèce court à la faillite, les banques chancèlent et c'est la rigueur ou l'austérité qui nous pendent au nez. Comment les Verts et leur candidate à l'élection présidentielle prennent-ils en compte ces réalités ?
Ecoutez, Europe Ecologie Les Verts dit depuis longtemps que la crise que nous vivons n'est pas une crise conjoncturelle, ce n'était pas la crise des subprimes en 2009, c'est une crise de fond, c'est-à-dire la crise d'un modèle de développement puisque vous parlez des problèmes de la Dette et les problèmes bancaires mais il y a le problème de la récession qui est ...
Mais est-ce que ça vous incite à changer votre programme et à tenir un discours différent aux Français qui vont voter au printemps ?
Simplement ce qui est intéressant, c'est que quand on faisait cette analyse-là, il y a dix ans, quand les Ecologistes disaient : on est dans un système d'ultra court terme, de gaspillage qui court à sa perte. On savait que ça allait provoquer ce type de crise, le type de crise qu'on connaît aujourd'hui. Donc l'analyse des Ecologistes qui a abouti à vérifier la réalité de ce qu'on craignait, justement consiste à penser que les solutions qu'on préconise et notamment une meilleure régulation : la transition écologique, c'est-à-dire de sortir d'un modèle de gaspillage, de penser la solidarité au niveau européen, ces solutions-là, elles sont bien sûr d'actualité.
Pas de problème ! Votre programme a tout anticipé. Il n'y a rien à changer ?
C'est pas pas de problème ; la réalité, c'est comment on fait en sorte qu'il soit beaucoup plus partagé. C'est ça la réalité. C'est qu'effectivement, on pouvait avoir raison, il y a dix ans, la question aujourd'hui c'est de mettre en oeuvre ces propositions, c'est d'engager vraiment la transition écologique.
Laurence Vichniewsky, porte-parole d'Ecologie-Les Verts, écrivait ceci dans le journal Libération, à la mi-août.Aujourd'hui -je la cite- la réduction de la dette s'impose à nous comme un rappel au principe de réalité. Elle nous oblige à revoir notre projet". Votre porte-parole disait : revoir notre projet. "et à dire, par exemple, que le retour à l'âge légal de la retraite à 60 ans est une lubie." Alors, c'est une lubie ?
Oui, elle concluait son document en disant : l'urgence est financière. On ne partage pas cet avis en tant qu'Ecologiste, c'est-à-dire que moi, mon objectif c'est de et depuis des années maintenant, de rassembler tous les Ecologistes. Donc, chacun a le droit de s'exprimer. Simplement dire, je pense que c'est une erreur d'analyse que l'urgence aujourd'hui est financière, c'est une erreur parce que ça n'attaque pas les racines de la difficulté. Les questions financières ce sont des moyens. La fiscalité c'est un moyen ; la manière dont on gère le système bancaire c'est aussi un moyen avec un objectif politique qui est pour nous, Ecologistes, d'engager la transition écologique, de faire qu'on vive mieux et de penser le long terme et de penser aux générations futures. Et donc, c'est là où il y a une erreur dans je pense dans l'analyse qui puisque j'en ai discuté avec elle, n'est pas complètement exactement celle qui a été écrite par Laurence Vichniewsky, c'est-à-dire de dire ...
Ecoutez, si elle n'assume pas ce qu'elle écrit !
Non, ce n'est pas ça.
Changer de porte-parole, ce que vous allez d'ailleurs faire.
C'est elle-même qui a pris effectivement un peu de champ avec la manière d'exprimer une parole collective parce que ça a et ça peut défriser certains. Quand on s'exprime au nom d'un mouvement collectif, c'est mon cas quand je suis Secrétaire National d'Europe Ecologie les Verts, on porte le projet de l'ensemble des militants. C'est un truc assez logique finalement.
Pour essayer d'être concret, Cécile Duflot, parce que peut-être qu'on manque là de concret, tous les deux : la retraite à 60 ans, si la Gauche gagne, vous croyez vraiment que dans ce contexte-là, vous redonnerez la retraite à 60 ans aux Français ? On peut dire ça sérieusement ?
D'abord, on le défend ... Mais, vous savez c'est quand même quelque chose d'assez curieux : la retraite à 60 ans, c'est un acquis social, c'est-à-dire comme le fait qu'on ne travaille pas avant 16 ans, qu'on a le droit à l'éducation. On peut aligner dans le monde la situation sociale de notre pays sur le plus bas qui existe. On peut travailler la nuit et faire travailler les enfants ; ou on peut considérer que des acquis sociaux de longue date, sont des progrès et doivent être conservés. Par ailleurs, nous, nous ne pensons pas la retraite comme un moment uniquement qui est un moment de coût pour la société. Les retraités sont un apport considérable à la société, c'est une grande partie des bénévoles, c'est une grande partie des élus locaux, notamment dans les petites communes, c'est une grande partie de ceux qui font vivre les clubs sportifs, par exemple. Donc, il faut réfléchir. Il faut réfléchir à cette équilibre de la société de manière différente.
Peut-on considérer aussi, Cécile Duflot, que quand la tornade s'annonce, il y a sans doute autre chose à faire de plus grave, de plus difficile, de plus compliqué que revenir à la retraite à 60 ans ?
Il y a des choses graves, difficiles, importantes et très différentes de ce qui s'est fait jusqu'à maintenant à faire effectivement
Donc, vous ne changerez rien à votre programme, vous continuez. Peu importe ce qui se passe dans le Monde !
Mais si justement, ce qui se passe dans le Monde, c'est ce que les Écologistes craignaient ; c'est ça qu'il faut comprendre. C'est qu'on ne peut pas nous reprocher de changer notre programme alors que nous, on défend des solutions différentes de celles qui sont apportées par ceux qui sont face à un échec. Ceux qui ont dit : la crise financière, on va sauver les banques et ensuite, ça va aller mieux. Deux ans après, ils voient bien qu'on est dans une situation extrêmement difficile. Aujourd'hui, Arcelor Mittal décide de fermer un haut fourneau en Allemagne, de suspendre la production parce qu'on est au début de la récession, c'est-à-dire que la demande diminue, qu'Air France KLM va fermer des liaisons. Si on n'affronte pas la réalité d'un monde qui change, de la nécessité d'un autre mode de production d'énergie, de la nécessité de rapprocher les lieux de production et les lieux de consommation, de relocaliser l'économie, y compris les activités industrielles et y compris en France, on se trompe. Donc, nos solutions c'est de ne pas de vieilles solutions c'est des solutions nouvelles qui n'ont pas encore été mises en oeuvre.
Qui a dit, Cécile Duflot : "Nous pensons que toutes nos propositions doivent être ancrées dans la réalité budgétaire" ... qui n'est pas rose, la réalité budgétaire ? Qui a dit ça ?
Mais je ne sais pas, mais tout le monde dit ça ; c'est-à-dire c'est difficile de dire autrement.
Ah tout le monde !
Moi je ne sais pas ...
Votre candidate, Eva Joly. Libération, 2 novembre 2010.
Avec 90 milliards de déficit, vous ne ferez pas grand chose !
Mais oui, mais la réalité budgétaire ; mais c'est ça qui est intéressant.
Qu'est-ce que c'est la réalité budgétaire ?
Les déficits.
Ca comprendra ...Oui, et pourquoi les déficits ? notamment en France. Limitons-nous à la France.Pourquoi les déficits en France ? Qu'est-ce qui a provoqué l'accroissement majeur du déficit en France. C'est des choix fiscaux, des choix notamment de diminuer les recettes, des niches fiscales, l'Inspection des Finances explique qu'elles sont inutiles et inefficaces mais qu'elles coûtent très, très chères : c'est le bouclier fiscal ; et c'est là où c'est intéressant. Je vais devancer votre question sur la Règle d'Or, parce que maintenant moi je veux simplement qu'on m'explique.
Ah, je n'avais pas envie de vous la poser !
Eh bien, dommage !
Allez-y quand même.
Parce que la règle d'or, elle existe déjà. Tout le monde se souvient et sauf les plus Jeunes, de ces fameux critères de Maastricht. Dans le pacte de stabilité, il y a la règle des 3%.
On ne les a pas respectés.
D'accord. Donc, le même Président de la république qui ne respecte pas une règle, pourtant européenne, donc qui s'impose à nous,
C'est en 2004, il n'était pas Président de la république.
décide ... Oui, mais ...
Par exemple quand on s'est affranchi des critères de Maastricht, c'était en 2004.
Je suis d'accord avec vous ; mais il a continué. Là c'est avec le bouclier fiscal, avec le paquet fiscal, la situation s'est aggravée. Mais il faudrait réinventer une espèce de fausse règle instituée dans la Constitution alors qu'on n'a pas respecté une règle qui existe déjà. C'est pour ça que sur ces questions budgétaires et sur ces questions de rigueur au sens d'être rigoureux, il faut être constant et dire les choses franchement. Quand on fait un équilibre budgétaire, c'est des recettes et des dépenses ; et c'est surtout penser à l'avenir. C'est ça la responsabilité des politiques. Ce n'est pas seulement de penser au budget de l'année en cours, c'est penser aux dix ans qui viennent. Et si on n'engage pas la transition écologique, aujourd'hui, alors l'urgence elle deviendra encore plus cruciale. Quand je vous dis que nos solutions, les solutions écologiques elles sont pour maintenant, elles sont pour 2011, 2012, 2013 et elles se passent à l'échelle européenne. Résoudre la crise, résoudre la Dette, c'est aussi une vraie solidarité européenne.
Vous avez des nouvelles de Nicolas Hulot, Cécile Duflot ?
Pour l'instant, très récemment : pas ; mais j'ai cru comprendre qu'il avait envie de prendre un peu l'air. Il a le droit.
Il a le droit. Donc, il n'est plus avec vous.
Non, non, ce n'est pas du tout ça que j'ai dit. Il a dit le contraire ...
Il sort de la campagne.
On verra. Moi j'ai entendu que le fait qu'il soutenait -et c'est le plus important- le projet écologiste, justement comme projet qui porte les transformations de la société.
Jacques Chirac n'assistera pas à son procès ; donc, ce procès aura lieu sans lui. C'est une bonne chose, Cécile Duflot ?
Ce qui n'est pas une bonne chose, c'est que le procès ait lieu si tard. Ca, c'est une chose certaine ; et c'est vrai que la question de l'immunité du Chef de l'Etat parce que là, ce n'est pas dans des actes qui relèvent de ses fonctions de Président de la république ; mais pourtant il en a bénéficiée, de l'immunité. Simplement, sa situation personnelle et sa situation médicale, effectivement, personne n'a de raison d'en douter aujourd'hui.
Si Eva Joly est élue Présidente de la république, vous supprimez le statut pénal du Chef de l'Etat ?
Oui.
D'accord.
C'est sûr. Allez, vous pourrez redire : Qui a dit que ...
Et si la Gauche gagne, accepteriez-vous, Cécile Duflot, de siéger dans un gouvernement avec Dominique Strauss Kahn ?
Ouf ! C'est une bonne question.
Et quelle est la réponse ?
C'est une bonne question.
J'attends la réponse ?
Je n'ai pas de réponse à l'instant parce que je dois vous dire ... C'est difficile à dire en tant que Secrétaire Nationale ; donc, je vais m'exprimer à titre personnel. Je trouve cette situation assez insensée. Voilà.
Qu'est-ce qui est insensé ?
C'est insensé que cet homme soit revenu avec des applaudissements à l'aéroport. Je ne sais pas qui a organisé, a participé de cet état d'esprit ; mais il y a quand même un malaise collectif assez notable, et voilà. Après, je ne suis ni juge, ni une terreur ; et je pense que la Justice américaine a fait son travail et qu'il faut le respecter ; mais que les Politiques en France ont aussi un devoir d'une certaine exemplarité.
Cécile Duflot, Secrétaire Générale d'Europe Ecologie les Verts, était l'invitée de RTL ce matin. Bonne journée
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