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Cécile Duflot : "Attention, Sarkozy va annoncer le Grenelle de l'Environnement !"

Créé le 23/02/2012 à 09h37

VIDEO - La secrétaire nationale d'Europe écologie-Les Verts répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Cécile Duflot a assuré que Nicolas Sarkozy "ose tout", au lendemain de l'intervention du président-candidat sur France 2, se demandant si "cela dupera les Français". Interrogée sur "un "virage sur la gauche" du chef de l'Etat, elle a répondu : "Il le fait tous les cinq ans, quand il est candidat". "Je pense qu'il va annoncer un Grenelle de l'Environnement, après avoir été le seul président depuis 1971 à avoir supprimé le ministère de l'Environnement", a-t-elle ironisé, en allusion à une des premières initiatives du début du quinquennat Sarkozy d'une part et au départ de NKM de ce ministère d'autre part. "On peut être un candidat excellent, qui arrive à accrocher l'attention, l'empathie, et un président à côté de ses pompes", a-t-elle estimé affirmant qu'"il n'a aucun état d'âme". Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Cécile Duflot.

Cécile Duflot :
Bonjour.

Nicolas Sarkozy a expliqué, hier soir sur France 2, que s'il est réélu pour un deuxième mandat, il augmentera les bas salaires notamment en réformant la prime pour l'emploi. Il encadrera mieux les rémunérations des dirigeants des entreprises. Il leur interdira aussi les retraites-chapeau. Ce virage sur la gauche de Nicolas Sarkozy vous déstabilise, Cécile Duflot ?

Eh bien, il le fait tous les cinq ans quand il est candidat. Donc, en fait, il y a deux êtres...
 
... Oui, il a gagné il y a cinq ans.

Oui, mais c'est ça qui est intéressant. D'ailleurs, la chose très intéressante de son interview d'hier. On sent qu'il patauge un peu dans la semoule quand même à un certain nombre de moments, c'est qu'il dit : "J'ai appris à être Président ; parce qu'au début quand j'étais Président, je me prenais pour un ministre".

Eh bien oui.

Et il pointe une chose très importante et qui de notre point de vue d'écologiste, est quelque chose de problématique dans la Vème République, c'est la différence entre le candidat et le Président. Et je pense qu'on peut être un candidat excellent qui arrive à accrocher la tension, l'empathie et un Président à côté de ses pompes.

Ce que fait Nicolas Sarkozy, c'est un candidat excellent, là, dans la période ?

C'est, en tout cas, il a aucun état d'âme ; c'est-à-dire quand on voit le bilan de son mandat...
   
... Ce n'est pas ma question !

Quand on voit ce qu'il a fait, c'est-à-dire qu'il a annoncé qu'il supprimerait les retraites chapeau et qui... Il ne l'a pas fait en cinq ans de présidence. Pas de problème. Il est de nouveau candidat. Il redit la même chose. Je pense qu'il va annoncer un Grenelle de l'Environnement. Je lui propose, la semaine prochaine, d'annoncer qu'il va lancer un Grand Grenelle de l'Environnement, après avoir été le seul Président de la République depuis 1971 qui aura supprimé le ministère de l'Ecologie. Depuis 1971, sans interruption...

... Supprimer le ministère de l'Ecologie, parce que Nathalie Kociusko-Morizot va devenir porte-parole.

Très bien ; mais il pouvait y avoir un autre ministre.

Eh bien, c'est François Fillon qui va devenir le ministre de l'Ecologie.

Oui, c'est-à-dire qu'il n'y a plus de ministre de l'Ecologie ! Mais je vous dis : veillez avec attention. Attention, il va annoncer le Grenelle de l'Environnement, peut-être même la taxe-carbone qui sera une révolution aussi importante que la peine de mort. Il ose tout. Donc c'est ça qui est spectaculaire. Est-ce que ça dupera les Français ? c'est une bonne question.

Est-ce que vous ne l'avez pas donné battu trop tôt à Gauche, Nicolas Sarkozy ?

Moi, je ne l'ai jamais donné battu. Alors là, si vous pouvez me faire crédit d'une chose, c'est que je pense que cette élection n'est pas jouée ; que les résultats ne sont pas faits et qu'il ne faut jamais se relâcher. Je vais vous dire les choses avec franchise : il se trouve qu'il y a cinq ans et il y a dix ans, j'ai assisté chez les écologistes à la petite course : à qui serait ministre ?

Il y a cinq ans, c'est Nicolas Sarkozy qui est devenu Président de la République ; et il y a dix ans, c'est de nouveau Jacques Chirac.

Et cette année, il n'y a pas eu de course chez les écologistes...

Justement, c'est pour ça que j'ai une tendance très limitée à y participer parce que je sais à quel point...

... Je crois avoir entendu Noël Mamère dire : "On est prêt à aller au gouvernement !".

Mais même si Noël le disait, il pourrait avoir tort, même si j'aime beaucoup Noël. Pourquoi ? Parce qu'une campagne électorale, effectivement et c'est la particularité de la Vème République, ça devient ultra-présidentialisé, ultra-individualisé. Et ce que vient d'écrire Alain Duhamel, d'une certaine manière, c'est problématique : on charge un individu du pouvoir de sauver la France, de l'incarnation absolue. Et je pense qu'il y a une erreur d'ailleurs à laquelle a contribué Nicolas Sarkozy à être non seulement celui qui doit incarner un pays mais celui qui décide de tout. Et donc, il peut ne décider de rien ou changer d'avis tous les deux mois.

Comment jugez-vous, Cécile Duflot, la campagne de François Hollande ? Est-ce que vous le trouvez bon ?

Je ne sais pas s'il faut trouver les gens bons...
 
... Ben, vaut mieux !

Mais je vais vous dire le risque que je crois, c'est que tout comme d'aucuns notamment Lionel Jospin s'était préoccupé du premier tour, certains se préoccupent de gagner l'élection présidentielle ; ce qui est, évidemment, une bonne chose  ; mais je pense qu'il faut aussi penser pendant la campagne, et d'ailleurs c'est une des erreurs de Nicolas Sarkozy aux cinq ans qui vont venir. Et je suis d'accord, on est dans une période de crise qui est comme on n'a jamais connu depuis des années. Pourquoi ? Parce qu'on n'est pas dans une crise conjoncturelle où en reprenant d'anciennes solutions, on va retrouver le chemin de la croissance, etc, etc. On est dans une crise d'un modèle de développement et donc, il faut effectivement, il faudra avoir à la fois du courage mais aussi de l'inventivité  ; et pas seulement, être bon dans les matinales.

Je vais reformuler ma question, parce que s'il y a une alternative à Nicolas Sarkozy, j'ai cru comprendre que vous ne souhaitiez pas un deuxième mandat de Nicolas Sarkozy.

Ah, vous avez déterminé à contribuer à sa défaite, oui.

S'il y a une alternative, c'est François Hollande, plutôt que quelqu'un d'autre. Alors je vous demande, si vous le trouvez bon en campagne, si vous pensez qu'il ferait un bon Président de la République ?

Mais de vous dire que nous voulons battre Nicolas Sarkozy et que nous pensons que la candidature que nous soutiendrons au deuxième tour, si c'est le candidat de Gauche qui est au deuxième tour, ce sera celle de François Hollande, ce n'est pas un secret de Polichinelle.

Mais ce n'est pas ma question. Est-ce que vous le trouvez bon, là François Hollande ? Est-ce qu'il vous paraît prêt à être Président de la République ou est-ce que vous êtes à moitié convaincue ?  C'est çà ma question.

Je vais vous dire une chose : moi je pense qu'il ne faut pas juger les gens uniquement sur leurs capacités à être Président de la République. Il faut juger les gens sur leurs capacités à mener des réformes et la transformation d'un pays.

Mais comment vous jugez-vous, François Hollande ?

Mais justement, je vais le juger sur ses propositions...

... D'accord.

.... Et sur un certain nombre de ses propositions...

Et pour l'instant, vous n'êtes pas convaincue !?

Mais je reste sur ma faim  ; en même temps, c'est un candidat socialiste. Moi les propositions qui m'agréent, le projet que j'ai envie de soutenir, c'est le projet des écologistes. Et je souhaite qu'on soit davantage convaincant, qu'on ait davantage d'électeurs pour peser plus durablement parce que je pense que si on reprend des solutions, on va dire assez traditionnelles, un peu amendées sur un ton social, qui que ce soit, d'ailleurs, se prendra les pieds dans le tapis dans les cinq ans qui viennent.

On a noté - on n'en a pas parlé - au Parlement, à l'Assemblée nationale une division de la Gauche, mardi, sur quelque chose d'important : le mécanisme européen de stabilité. Les députés Verts et Communistes votent contre. Les socialistes s'abstiennent parce que beaucoup avaient envie de voter "oui" ; quelques-uns avaient envie de voter "non". Ce qu'ils ont fait d'ailleurs. Sur un sujet aussi important, vous n'êtes même pas capable de vous entendre ; et on se dit : au fond, vous n'êtes capable de gouverner ensemble !

D'abord, tous les parlementaires écologistes, les députés et les sénateurs la semaine prochaine, voteront la même chose et avec un message...

... C'est-à-dire "non".

Non, avec un message très clair. Nous sommes extrêmement favorables à un mécanisme de solidarité.

Mais pas à celui-là.

Attendez, je vais terminer.

Ils ont voté "contre".

Non, je vais aller plus loin... Nous sommes favorables  à un mécanisme de solidarité qui inclut l'augmentation du budget européen, qui inclut des politiques européennes. Pourquoi ?

Mais là, vous avez voté "contre" celui-là ?

Parce qu'aujourd'hui...

... Et les socialistes se sont abstenus...

Parce qu'aujourd'hui, celui-là, il lie de manière...

Oui, d'accord.

Attendez ! Laissez-moi terminer !

D'accord.

Les politiques d'ajustement structurelle gérées par la troïka tel que c'est le cas en Grèce ; même si aujourd'hui ce n'est pas  l'MES qui intervient  en Grèce...

Mais ce n'est pas ma question...

Attendez parce que si, c'est important. Votre question c'est de dire "Niah, niah, niah", la Gauche est divisée.

"Niah, niah, niah, la Gauche est divisée". Mais comme vous voulez gouverner ensemble, eh bien c'est le problème ?
 
Non. La question, c'est qu'est-ce qu'on veut faire ensemble ?

Ah, ah, ah, ce n'est pas "niah, niah !"

Et moi je souhaite que la Gauche, et les écologistes, mais les écologistes au niveau européen sont très unis puisque nous avons adopté une déclaration qui s'appelle la déclaration de Paris redonne un espoir à l'Europe, pas seulement par des Politiques d'austérité, et par considérer qu'il va y avoir les professeurs qui vont venir interpeller un certain nombre de gouvernements même quand certains ont failli parce qu'il  y a eu des erreurs qui ont été commises en Grèce. Mais aujourd'hui...

Mais vous vous divisez sur un sujet important. C'est ça ma question. C'est un problème quand même !

Non, la question c'est de savoir quel est le projet que nous portons ensemble ou pas. Eh oui, il faudra que la France si l'alternative politique que je souhaite d'une majorité de Gauche et d'écologistes arrive au mois de juin, après la Présidentielle, porte une autre façon de gérer la solidarité en Europe ; et notamment, de revenir à une idée qui était celle des pères fondateurs. Qu'est-ce que c'était l'idée des pères fondateurs de l'Europe ? C'était la paix, et puis, on a commencé par faire des choses ensemble. La Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier.

Eh bien, il faut faire la même chose en Europe. Il faut être capable de conserver ce patrimoine parce que quand on brûle des drapeaux allemands en Grèce, c'est dramatique et ça, en tout cas pour nous, ça nous serre le cœur ; mais il faudra aussi avoir des projets communs, pas seulement de dire et de laisser entendre que le message de l'Europe, ça peut être diminuer les budgets sociaux et diminuer les salaires. Ca, c'est insupportable.

Déclaration d'Eva Joly, hier : "Le réalisme m'impose que je ne crois plus que je puisse devenir Présidente de la République".Elle a raison ?

Vous savez, Eva Joly, on lui pose les questions les plus trash qui soient et en permanence, la même question.

Non, non. Oui. "Le réalisme m'impose que je ne crois plus que je puisse devenir Présidente de la République".

Oui, mais le réalisme impose aussi qu'il y ait une candidature qui défende les solutions écologistes parce que personne ne le fait. Et vous me parliez de François Hollande. Moi j'ai lu une toute petite partie de son livre, je n'ai pas lu l'intégralité, j'ai lu les parties qui ont été publiées. Et il pose la question des écologistes comme ayant prioritairement le rapport à la nature. Pas du tout.

Ce que disent aujourd'hui les écologistes, c'est qu'on ne résoudra pas la crise économique si on ne s'attaque pas aux racines de cette crise qui sont celles d'un modèle de développement insoutenable qui gaspille les humains et les ressources naturelles.

Mes questions étaient "niah, niah", ce matin. C'est pour cela que Cécile Duflot n'y a pas répondu. Bonne journée.
2012 et vous OK

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