Pensez-vous que les entreprises profitent de la crise pour contourner le code du travail ?
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Bernard Thibault sur RTL le 1er mars 2012
Crédit : RTLCrédit : Jean-Michel Aphatie
Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie: Bonjour, Bernard Thibaut.
Bernard Thibaut : Bonjour.
La journée d'hier, mercredi 29 février, avait été décrétée "Journée européenne contre l'austérité". On a donc voté des manifestations partout en Europe ...160 manifestations et rassemblements dénombrés en France par la CGT... 130.000 personnes y auraient participé. Et alors ?
BAlors, c'est le meeting le plus important du mois de février. 130.000 personnes ! Vous n'avez pas eu un seul rassemblement, surtout avec le message coordonné en Europe. Il n'y a pas d'autres acteurs qui sont capables en Europe de coordonner un même message. En l’occurrence, c'est ce qu'ont fait toutes les organisations syndicales.
Et vous pensez que ça peut modifier la réalité ?
Au moins alerter, sensibiliser, faire pression sur les chefs d'état qui sont réunis aujourd'hui et demain pour élaborer un nouveau traité européen... Dans une certaine discrétion. Si nous n'avions pas eu cette initiative, on ne peut pas dire qu'on ait beaucoup parlé du contenu de ce traité. Sur votre antenne, vous avez interrogé le président de la république quand à savoir si un tel document , par exemple, ne nécessiterait pas d'avoir recours à une consultation populaire, en l’occurrence le référendum.
D'autant plus que le Président, vous l'avez remarqué, suggère d'avoir recours à cette méthode de consultation pour des sujets, que je dirai beaucoup plus annexes. Et là, curieusement, il répond "c'est beaucoup trop compliqué pour que les français puissent répondre facilement à un sujet comme celui là".
Peut-être qu'il n'y a pas de débat parce que tout le monde a le sentiment que la situation financière étant ce qu'elle est, la situation budgétaire des pays étant ce qu'elle est, il faut en passer par une étape difficile et douloureuse de remise en ordre des dépenses publiques, partout en Europe.
Le message unanime de tous les syndicats européens, c'est de dire aux chefs d'Etat : "Si vous persistez dans ce type d'approche politique, à savoir : au nom de la crise, il faut généraliser, voire amplifier l'austérité, vous nous menez tous à la catastrophe". A la catastrophe sociale, mais aussi à la catastrophe politique. Personne ne peut croire que cette Europe là va être supportée plus longtemps par les citoyens européens. Nous avions dans la tête de manifestations, hier, à Paris, des amis grecs. Réduction de 22%, 25% - voire 30% - du montant des pensions ou du montant des salaires.
Alors, naturellement la situation de la Grèce est la situation la plus extrême mais en même temps ce qui est à l'ordre du jour en Italie, ce qui est à l'ordre du jour en Espagne, c'est des révisions très dures du Code du Travail, des conventions collectives, du principe même parfois du salaire minimum. Et on est à peu près dans les mêmes termes du débat en France.
C'est parce qu'on a vécu pendant 20 ans à crédit qu'on connait cette situation ou c'est pour une autre raison ?
Non c'est parce qu'on continue d'ignorer le privilège fait aux revenus du capital.. On est dans un système capitaliste... Il vaut mieux avoir des revenus du capital que de vivre de revenus liés à son travail, ce qui provoque une masse d'exclusions. Il n'y a jamais eu autant de chômage en Europe. Il est temps d'apprécier le bilan de ces politiques qui sont faites d'austérité et plutôt que de réviser les bases à partir desquelles on a pris des décisions, on se propose d'amplifier les mêmes mécanismes qui nous mènent à ces désastres, à la fois sociaux, économiques mais aussi politiques. Nous avons dit que ce projet de traité était, d'un certain côté, anti-européen par ce qu'il contenait.
François Hollande a raison de vouloir taxer les grands revenus, au-delà d'1 millions d'euros par an, à 75% ?
On peut toujours discuter des taux... En tout cas, pour ce qui nous concerne nous sommes pour une réforme fiscale qui tienne davantage compte du revenu réel des individus, alors que toutes ces dernières années les décisions politiques ont consisté à amplifier la part des revenus indirects. Une des décisions que nous avons contestée hier par les manifestations, c'est l'instauration de cette TVA, dite "sociale", qui n'a rien de social, qui est un impôt inégalitaire puisque naturellement ça agit sur la consommation dans des proportions beaucoup plus importantes pour quelqu'un qui est au Smic : un salarié sur deux ne gagne pas 1.500 euros...
Et je voudrais que ceux qui s'effraient à l'idée d'être taxés davantage parce qu'ils gagnent plus d'un million d'euros par an, aient la conscience qu'aujourd'hui un salarié sur deux qui travaille ne gagne pas 1.500 euros par mois.
François Hollande a aussi précisé hier - il était à votre place, Bernard Thibaut - les conditions dans lesquelles il donnerait à certains salariés une retraite à 60 ans : qu'ils aient cotisé pendant 41 ans ou 41 ans et demi, c'est à dire il faut que les années aient été cotisées, pas seulement validées . Donc congé maternité, tout ça... Ca ne sera pas pris en compte.
François Hollande connait notre position. Il a envoyé à notre meeting du 31 janvier, au cours duquel nous avons invité tous les partis de Gauche à participer.. un meeting consacré à rappeler ce qu'étaient nos revendications en matière de retraite, à rappeler aussi que dans le bilan de monsieur Sarkozy le principal événement social de son quinquennat aura été la mobilisation contre cette réforme.
Alors oui, ce qu'il dit là... La précision qu'il a apportée... Qu'est-ce que vous en pensez, Bernard Thibaut ?
Moi ce que je pense d'abord, c'est à nos revendications. C'est le retour à la retraite à 60 ans pour tous. Il le sait. Et la reconnaissance des métiers pénibles. Et j'aimerais bien que les uns et les autres se positionnent aussi sur ce point-là. L'inégalité d'espérance de vie entre les salariés est réelle, notamment pour ceux qui ont des métiers pénibles. Et, de ce point de vue là, le président de la république actuel n'a pris aucun disposition pour reconnaitre cette pénibilité.
Bon, donc pour la proposition ou pour la précision de François Hollande, on verra une autre fois !
Il n'est pas sur la position de la CGT en matière de retraites, c'est évident.
General Motors et PSA vont se rapprocher et beaucoup redoutent, du coup, des fermetures de sites ici ou là ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
C'est tout à fait évident. Et moi je partage les craintes, l'inquiétude qu'expriment à la fois les salariés , leurs représentants chez Opel, singulièrement, et aussi ceux de PSA. Nous savons qu'il y a déjà des sites de PSA qui sont plus ou moins menacés. Notamment le site d'Aulnay. Ce rapprochement dont on dit...mais le calendrier n'y est sans doute pas pour rien non plus... Qu'il n'aurait pas d'impact , cet accord, sur le niveau des productions aujourd'hui.
Il est à craindre que d'ici quelque temps tous les constructeurs automobiles faisant référence à l'état du marché, du degré de vente des automobiles aujourd'hui en Europe, font état de surcapacité. Donc il faut s'attendre à ce que dans quelques semaines, quelques mois, on nous présente des plans de réduction de voilure. C'est la raison pour laquelle, nous allons continuer au plan syndical de prendre des initiatives pour défendre au maximum notre potentiel industriel et faire en sorte que, dans la filière automobile, il y ait une vraie politique nationale qui se dessine, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Volkswagen : 15 milliards de bénéfice ; les salariés de Porsche vont toucher cette année une prime de 7.600 euros, chaque salarié de Porsche ! Et 15 milliards de bénéfices chez Volkswagen. Vous voyez l'exemple allemand ? C'est pas mal. Dix ans de rigueur, mais !...
Oui, mais vous avez remarqué. On ne cite l'exemple allemand que pour essayer de convaincre les salariés français qu'ils coutent trop cher vis à vis de leurs homologues. L'exemple que vous donnez, c'est qu'en terme de prime les allemands sont dans une première division.
Oui mais dix ans de rigueur...
Et les syndicats dans le même temps sont les premiers à dénoncer les mesures, notamment celles imposées par monsieur Schroeder qui a déréglementé le travail et précarisé le travail en Allemagne. L'Allemagne n'est pas du tout l'eldorado social que le Président de la République française veut bien nous présenter.
Et en plus, Bernard Thibaut, l'Allemagne perd au foot... Vous voyez !
Philippe Corbé : C'est çà.. Ils sont en première division en économie, mais on les a battus hier au football... C'est l'essentiel !
Bernard Thibaut, était l'invité de RTL.
Faible compensation, vous l'admettez !
C'est quand même pas mal pour le moral !
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