Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 15/03/2010 à 10h45 - Mis à jour le 15/03/2010 à 10h54

Benoît Hamon sur RTL le 15 mars 2010 / La rédaction de RTL
Le porte-parole du Parti socialiste était le deuxième invité politique de Jean-Michel Aphatie lundi matin, au lendemain du premier tour des élections régionales. Benoît Hamon a jugé qu'il fallait "faire barrage" à la droite en Languedoc-Roussillon en votant pour Georges Frêche au deuxième tour. "Il y a des principes et il y a des engagements", a-t-il expliqué pour justifier l'attitude du PS qui avait présenté dimanche sa propre liste contre celle du président sortant l'ex-PS Georges Frêche et avait exclu les socialistes restés avec ce dernier.
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.
Benoît Hamon : Bonjour.
Vous étiez candidat en Ile-de-France, dans les Yvelines.
Absolument.
On dit que Jean-Paul Huchon a gagné, qu'il va être réélu président de l'Île-de-France, dimanche prochain.
Rien du tout, il n'y a rien de gagné. Il n'est pas élu. On a comme travail, nous, de rassembler la Gauche ; et la pire erreur ce serait de considérer que cette élection s'est jouée hier soir. Ce n'est pas du tout le cas. S'il est bien un message que nous voulons adresser à l'électorat de gauche c'est celui à nouveau de se mobiliser, mais surtout d'amplifier ce qu'il s'est passé hier soir. Et pour une raison assez simple : c'est qu'à la fois il y a besoin de boucliers sociaux dans les régions et c'est à peu près vrai partout en Île-de-France comme partout ailleurs.
Mais au-delà, il y a un 22 mars. Et le 22 mars, on peut supposer qu'au regard de ce qu'est le programme du gouvernement en matière d'austérité, eh bien il faudra des mobilisations fortes. Et plus la victoire de la Gauche sera importante, plus nous serons en situation sur la question de l'avenir de la protection sociale, de l'avenir de nos services publics, sur les moyens de l'Etat de pouvoir résister à la cure d'austérité qui se prépare.
On est tous tétanisés par l'abstention importante. Plus de 53% de Français n'ont pas été accomplir leur devoir civique dimanche. Et on peut dire que l'électorat de gauche s'est abstenu, comme s'est abstenu l'électorat de droite. Est-ce un mauvais signe pour vous, Benoît Hamon ?
Je vois, comme vous, peut-être d'ailleurs, je ne sais s'il y a une forme d'épuisement démocratique dans ce pays. Il y a un ras-le-bol, notamment d'hommes et de femmes issus des classes populaires, mais pas seulement, du sort qui leur est fait.
La politique n'inspire plus confiance. On n'a plus envie d'aller voter ?
Je pense que, incontestablement, il y a des Français qui sont las, fatigués, qui ont le sentiment qu'aujourd'hui, quoi qu'il se passe, la part du fardeau qui leur revient, qui repose sur leurs épaules, ne cesse de s'alourdir et qu'au bout du compte, pour d'autres, qui sont les plus privilégiés, dans ce pays, ça va toujours mieux.
Non, ce n'est pas ça.
Mais moi, je dis ça.
Oui, mais le Parti socialiste, pas plus que l'UMP, n'arrive à susciter une forme d'espoir.
Je constate que c'est une question qui est posée à l'ensemble des formations politiques. Le premier responsable de cette situation, ça reste le parti au pouvoir, mais c'est une question qui se pose à la gauche comme à la droite. Comment faire, aujourd'hui, pour être en capacité de mobiliser l'électorat, notamment l'électorat populaire, et de faire lever une espérance ? Ce n'est pas simple. Ce n'est pas simple, pourquoi ? Parce que la crise est passée par là et que se déploie sous nos yeux un véritable catastrophe sociale, dans tous les domaines.
Vous vous êtes engagé, Benoît Hamon ? Le Parti socialiste s'est engagé dans un dialogue avec les Verts pour faire alliance dans cet entre-deux tours. On a noté, sur le terrain, avant le premier tour, qu'il y avait des divergences de fond très importantes entre les Verts et les socialistes, et pourtant il y aura des accords partout. Est-ce que ce n'est pas ce caractère artificiel de la politique qui, parfois, souvent, décourage les gens ?
Pas du tout. Imaginez que ce débat n'ait pas eu lieu, qu'on n'ait pas pu aller au fond du débat sur la question des transports, sur la question du développement économique, sur la mise en œuvre de politique du logement, de politique de santé...
Sur le nucléaire, sur les politiques routières.
Mais en attendant, ce ne sont pas les régions qui sont compétentes sur les questions du nucléaire. Mais sur ces sujets là, nous avons eu un débat et la gauche c'est divers. Et parce que c'est divers aujourd'hui, c'est fort.
Est-ce que ce n'est pas artificiel ?
Mais non, ce n'est pas artificiel et loin de là ! Que ces débats aient lieu au sein de la gauche, c'est même plutôt sain. Et qu'ils puissent avoir lieu et qu'ensuite on puisse se rassembler au second tour, c'est encore plus sain. Moi je suis assez heureux qu'aujourd'hui, dans toutes les formations politiques, qu'il s'agisse du Parti communiste, du Parti de Gauche, des Verts, ou du Parti socialiste, tout le monde discute assez sereinement des conditions dans lesquelles on va pouvoir maintenant mettre en œuvre un programme et un programme qui sera un bouclier social, c'était notre proposition, mais qui prendra évidemment en compte ce que sont les aspirations des Ecologistes comme les aspirations du Front de Gauche. C'est plutôt sain. Vous savez, il n'est qu'à regarder le score de l'UMP et voir quelle est la conséquence de cette stratégie verticale, qui veut que tout est décidé d'en haut et tout s'applique en bas. Eh bien, ça ne marche pas. Et je suis, moi, plutôt satisfait de voir que le choix politique que nous avons fait a fonctionné.
Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, vient de dire : "Il faut faire barrage à la Droite en Languedoc-Roussillon, ce qui revient à soutenir Georges Frêche. Ce n'était pas la peine de l'exclure des socialistes, alors, dans ce cas-là. On a du mal à vous comprendre, vous savez.
Ecoutez.
Il faut faire barrage à la Droite en Languedoc-Roussillon.
Moi je trouve qu'au contraire elle est très claire. Elle a agi selon des principes et ces principes ont justifié qu'Hélène Mandroux soit notre candidate et que Georges Frêche ne le soit plus, au regard de ses déclarations.
Maintenant, il faut soutenir Georges Frêche...
Il y a des principes et ensuite il y a des engagements. Nos engagements sont à gauche. Et la conclusion de cette démarche c'est que, face à une droite emmenée par monsieur Couderc, qui est un ancien allié du Front national, eh bien il faut faire barrage à cette droite là. Donc voilà.
Donc, avec Georges Frêche, qui peut tenir des propos, c'est Laurent Fabius qui les a caractérisés comme ça "antisémites".
Oui. Laurent Fabius, hier soir, a dit qu'il fallait faire barrage à la droite en Languedoc-Roussillon.
Pourquoi vous les avez exclus, tous ces socialistes, alors ?
Ecoutez, il y a des principes, je vous le répète.
Ce n'était pas la peine.
Attendez, on peut faire un débat sur le règlement intérieur du Parti socialiste.
Non, non, ce n'est pas ça.
C'est ça que vous êtes en train de me proposer.
Non.
Mais ça n'intéresse personne.
Ce que j'essaie de vous dire, c'est que, c'est peut-être ça l'abstention finalement, on a du mal à comprendre la politique.
Alors, je réexplique : les principes, c'était Mandroux. Maintenant, il y a un second tour. Il y a la droite, avec monsieur Couderc, ancien allié du Front national, et il y a Georges Frêche à droite. Eh bien, nous, nous faisons barrage à la droite, c'est clair.
Si vous étiez en Languedoc-Roussillon, vous voteriez Georges Frêche ?
Je ferai barrage à la Droite...
Vous voteriez Georges Frêche ?
Je ferai barrage à la Droite...
Et voilà, c'est ça l'abstention.
Non, c'est ça la politique et c'est ça la clarté : faire barrage à la Droite. C'est respecter ses engagements. Je suis désolé que ce ne soit pas votre approche des choses.
Non, mais ça me paraît assez clair. Très bon score de Ségolène Royal : 40%. Bonne nouvelle ou mauvaise nouvelle ?
Evidemment, bonne nouvelle. Bonne nouvelle partout où nos présidents sortants font des scores qui sont des scores autour de cet étiage là. Mais plus c'est haut, mieux c'est.
Mais, qu'est-ce que vous en tirez comme leçon du très bon score de Ségolène Royal ? Qu'elle a un avenir national ?
Je ne crois pas qu'elle ait jamais pensé qu'elle n'avait qu'un avenir régional. Elle même, c'est l'ancienne candidate du Parti Socialiste à l'élection présidentielle. Elle a évidemment un rôle national à jouer.
Vous avez gagné hier l'élection présidentielle de 2012 ?
Absolument pas et au contraire, tout reste à faire.
Tout reste à faire. La politique n'est simple. Voilà, c'était la leçon de cette matinale consacrée aux élections régionales.

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