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Benoît Hamon : "Dominique Strauss-Kahn va sortir très abîmé"

Créé le 17/05/2011 à 10h00

Benoît Hamon sur RTL le 19 octobre 2010

Benoît Hamon sur RTL le 19 octobre 2010 / La rédaction de RTL

Le porte-parole du Parti socialiste répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Benoît Hamon a estimé que les socialistes étaient "collectivement concernés" et "impactés" par l'affaire Strauss-Kahn, tout en soulignant que "ce n'était pas le PS qui se trouvait dans le box" des accusés. "C'est clair qu'en toute hypothèse (DSK) sortira probablement à titre personnel très abîmé", mais "je ne me sens pas aujourd'hui de prononcer une forme d'acte de décès politique", a ajouté Benoît Hamon, qui ne ferme pas la porte lui non plus à une candidature. Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.

Benoît Hamon : Bonjour.

Alain Duhamel a dit une phrase que j'aimerais vous voir commenter : "On le sait très bien, a-t-il dit, Dominique Strauss-Kahn ne sera pas candidat à la candidature aux primaires." Vous le savez ?

Non, je ne le sais pas forcément mais c'est clair qu'en toute hypothèse, il sortira, probablement à titre personnel, très abîmé d'une séquence comme celle-là. Maintenant pour ce qui me concerne comme porte-parole du Parti socialiste et comme tous les Socialistes puisque les nouvelles affluent d'heure en heure et que les choses vont vite, je m'en tiendrai aux faits ; et j'attendrai que les faits nous dictent définitivement notre conduite.

Pour vous, porte-parole du Parti socialiste, ce matin, Benoît Hamon sur RTL, la carrière publique de Dominique Strauss-Kahn, sans préjuger de son innocence, de sa culpabilité, sa carrière publique n'est pas terminée ?

Ecoutez, c'est difficile de faire des pronostics. Vous comprendrez bien que s'il était lavé de tout soupçon dans les jours qui viennent, les choses basculeraient aussi vite ; d'ailleurs à votre antenne et à ce micro, vous le reconnaîtriez aussi rapidement, mais donc ce n'est pas à moi... Je ne me sens pas, moi, aujourd'hui de prononcer une forme d'acte de décès politique. Là où je vous le répète, je pense qu'il faut s'en tenir aux faits : ça va très vite ; et je pense que d'ailleurs, d'ici vendredi, il y aura des informations supplémentaires puisqu'il y a une nouvelle audience ; et là assez naturellement, les faits  c'est-à-dire : ces faits se sont-ils produits ou pas ? La plaignante a-t-elle eu raison de porter plainte ? A-t-elle été violée ou pas ? Lui, est-il innocent ou pas ? Ces faits-là nous dicteront une conduite à tous vis-à-vis à la fois de Dominique Strauss-Kahn mais aussi vis-à-vis de l'avenir.

En comprenant la difficulté de votre position, je vais quand même insister un petit peu : une deuxième affaire menace en France. Une jeune femme menace de porter plainte.

Oui je sais, j'ai vu ça. Nous verrons aujourd'hui, demain, si elle porte plainte. Je vais redire les choses telles qu'elles sont, en tout cas, pour nous. Si ces faits sont avérés, ils sont extrêmement graves. Il s'agit d'une tentative de viol, agression sexuelle sur une jeune femme. C'est une violence qui est une violence inacceptable et qui doit être puni. Mais s'ils n'étaient pas avérés, nous nous retrouverions dans une situation où Dominique Strauss-Kahn serait à la fois innocent, mais il faudra aussi tenir compte de ce qu'a été la violence de cet épisode.

Donc, à ce stade, moi j'observe l'enquête de la police, du procureur qui est à charge, probablement ses avocats vont enquêter maintenant, essayer de réunir des éléments pour prouver l'innocence de Dominique Strauss-Kahn. Ca évolue d'heure en heure, même presque dans la journée d'hier les choses ont évolué. Je m'en tiendrai aux faits et peu importe les convictions intimes des uns et des autres. Tenons-nous aux faits.

Je voudrais aussi vous citer ceci, Benoît Hamon. Aurélie Filippetti, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, c'était dans la presse il y a quelques mois de cela. Elle dit : "Je garde un mauvais souvenir d'une tentative de drague très lourde, très appuyée de Dominique Strauss-Kahn. Je me suis toujours arrangée, dit-elle, pour ne pas me retrouver, seule, avec lui dans un endroit fermé." Et je cite cela pour vous poser la question suivante : est-ce que vous, responsable politique, avez manqué de vigilance en rapport aux femmes qui est aujourd'hui évoqué partout dans la presse de Dominique Strauss-Kahn, et on pourrait englober la presse dans la question, bien sûr ?
   
Comment répondre à cette question ! Parce que très honnêtement, ça veut dire quoi ? C'est que nous connaitrions un risque, risque non avéré sans qu'il y ait aucune plainte et ce risque aurait justifié que nous empêchions des éditorialistes d'écrire leurs éditoriaux...

... Personne n'a empêché les éditorialistes...

Non, mais... Aujourd'hui ce qu'on dit et la question que vous me posez, c'est : s'il y avait un risque avec Dominique Strauss-Kahn ; et ce risque aurait dû justifier la vigilance de la part des dirigeants politiques, c'est ça ?

Je peux sourcer ce risque. "Le Figaro", ce matin, cite le Président de la République, hier. C'est une citation. Ce n'est pas un propos du Président au "Figaro" ; un propos rapporté au "Figaro" : "Je l'avais mis en garde !"

Mise en garde ? Mais il est assez logique qu'on mette en garde quiconque à prendre des responsabilités aux Etats-Unis, dès lors qu'il peut avoir un comportement qui n'est pas un comportement d'agression sexuelle mais un comportement qui, notamment, on l'a vu avec la première affaire qui concernait une collaboratrice du Fonds Monétaire International où il pourrait y avoir dans une relation intime, une relation sexuelle, suspicion d'abus de pouvoir ; et c'est ce qui a concerné Dominique Strauss-Kahn, une première fois. Il est assez logique qu'on puisse être mis en garde contre le fait que la législation américaine n'est pas la même que la française et qu'il n'y a pas les tolérances dans ce domaine-là aux Etats-Unis, qu'il peut y avoir en France. Donc, ça... Soit...

Maintenant, je vous dis... Vous comprenez bien qu'on peut savoir qu'une personne est plus, en clair, un libertin, un coureur, en tout cas très attiré par les femmes au point pour les draguer... ou d'essayer d'avoir une relation avec elles. C'est une chose. Ensuite, savoir... Oui, mais la violence c'en est une toute autre. Et comment deviner cela ? Personne n'est capable de le faire, surtout que dans cette affaire, je le redis, vous me faites commenter des choses qui sont un peu invraisemblables à cette heure-là sur une radio ; mais nous ne savons rien du verdict de cette affaire. Et moi, mon job, c'est de ne pas d'écrire l'histoire à l'avance sur la personnalité de Dominique Strauss-Kahn, sur son avenir, sur l'avenir du FMI, l'avenir de la France, l'avenir de la Présidentielle.

Pour l'instant, je me pose en dirigeant politique. J'examine les faits. Je comprends ce qui peut être la douleur de la victime si ces faits sont avérés. J'entends aussi ce qu'est la souffrance de la famille de Dominique Strauss-Kahn, voilà... Et je prends acte de ça. Et je dis qu'à côté de ça, le Parti socialiste, lui, il doit se concentrer sur ce qui est l'essentiel de sa mission et de ne pas s'en détourner même si... Il serait parfaitement malhonnête de notre part de dire que nous ne sommes pas impactés par cette affaire. C'est l'un des nôtres ; donc, nous sommes collectivement concernés, même si ce n'est pas le Parti Socialiste qui est dans le boxe.

Deux questions simples. Les réponses ne sont pas forcément simples, mais les questions le sont.Martine Aubry et François Hollande doivent-ils s'entendre maintenant pour l'élection présidentielle ?

Ce sera une question pour les jours à venir. En tout cas, ce qui est clair, c'est que le Parti socialiste plus que jamais doit être attentif à son rassemblement et à son unité.

Vous voyez que les sondages qui ne font pas les choix à votre place, disent : François Hollande, qu'il est aujourd'hui, on sait qu'il reste un temps...

Oui mais si je vous rappelais les sondages de la semaine dernière qui disaient  sur Dominique Strauss-Kahn qu'il remportait, à tous les coups, la Présidentielle, on voit bien que dans ce domaine-là... Non, mais... Oui, mais... Ce que je veux juste dire, c'est que tous les sondages même avant toutes les présidentielles qui donnaient des résultats qui ont rarement été ceux de la Présidentielle, c'est que si on pouvait se poser deux secondes, penser à ce sur quoi on gagne une élection présidentielle, quelle est aujourd'hui la grande faille de la société française ? La question sociale. L'avenir des Français et de leurs enfants. Eh bien, c'est sur la question sociale que le Parti social-iste gagnera l'élection présidentielle. Ceux qui prétendent à la candidature s'entendent là-dessus, je pense que nous aurons la voix et du rassemblement, et de la victoire.

On a l'impression que Martine Aubry a l'épée dans les reins, qu'elle n'a pas envie d'être candidate, et que peut-être elle le sera par force, par devoir, par obligation.

Là encore, je vous invite à ne pas écrire l'histoire à l'avance.

On l'écrira au moment où il faudra l'écrire.

Voilà.

Et je ne suis pas certain qu'on ait bien écrit jusqu'à présent l'histoire que nous aurions dû écrire !

Ah oui, mais ça je me retourne vers vous... Interrogez-vous sur votre boulot !

Mais le "nous" était peut-être plus collectif  que vous ne semblez ne l'avoir compris...

Oui, mais je m'intègre dedans.

Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, était l'invité de RTL. Bonne journée.
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