
Alain Duhamel
Crédit : Alain Duhamel
Crédit : Alain Duhamel
Écoutez, c'était un discours typique de premier ministre scandinave, c'est à dire que c'était sérieux, que c'était solide, que c'était complet, que c'était sincère. Bon, c'était un peu long, un peu général, un peu diesel.
Sur le fond maintenant Alain, quelles sont les caractéristiques politiques de ce discours ? Est-ce que c'était un discours de crise ?
On ne peut pas dire qu'il ait escamoté la crise. Au contraire, il a bien expliqué que c'était la plus grave qu'on ait rencontrée, et il a déployé une panoplie fiscale. Mais ça n'est pas ça l'originalité de ce discours. Pour moi, c'est le discours le plus authentiquement social-démocrate qu'ait prononcé un premier ministre, à l'occasion d'un discours de politique générale depuis la 5ème République. C'était un discours dans lequel, il mettait l'accent sur la nécessité de la négociation, de la concertation, du consensus.
Il a présenté un discours dans lequel il a voulu démontrer qu'on pouvait élargir le terrain de la démocratie en France. C'est un discours dans lequel il disait qu'on pouvait, on verra s'il a raison, combattre la crise sans que ce soit au détriment des classes populaires et moyennes typiquement social-démocrate, c'est la première fois qu'on va aussi loin sur ce registre-là.
Et pourtant, c'était le 38ème discours de politique générale de la 5ème République. Au jeu des comparaisons, on peut dire qu'il s'en sort bien ?
Écoutez, ce n'était pas le lyrisme de Pierre Mauroy dans les mêmes circonstance, ce n'était pas l'originalité de Michel Rocard, ou l'autorité de Lionel Jospin, mais il a évité les grandes sorties de routes, type Georges Pompidou en 62, qui malgré son envergure avait été absolument catastrophique, ou bien Pierre Mesmer qui avait endormi tout le monde, ou bien Edith Cresson qui avait été chahutée de façon scandaleuse, mais il faut bien le dire, avait été très mauvaise. Bon, lui ça n'est pas du tout ça, on dirait que c'était un discours au milieu de la route.
Il y a eu pas mal de réaction, il y a eu celle qu'on a entendu dans le journal, qui a été très claire, c'était celle de François Fillon qui estime que ce discours annonce tout simplement "une catastrophe économique et sociale".
En ce qui concerne la crise, il faut reconnaître que François Fillon a toujours été le plus franc. Cela étant, d'une part, évidemment Jean-Marc Ayrault détricote la plupart des décisions à laquelle était étroitement associé François Fillon pendant cinq ans, donc il ne va pas être très content. Et puis on voit très bien que dans le jeu de sa compétition avec Jean-François Copé, c'est à qui sera le plus désagréable vis à vis du gouvernement. Disons qu'il a pris un centimètre d'avance hier.
Dernière question Alain, est-ce que les marchés, est-ce que Bruxelles, est-ce que Berlin, ont pu trouver dans ce discours de quoi les rassurer un peu ?
Ni de quoi être effrayé, ni de quoi être rassuré. Ils auront sans doute souri avec la manie française de refuser absolument de reconnaître qu'on est en période d'austérité et qu'on pratique la rigueur. C'était le cas sous le quinquennat précédent, c'est le cas aujourd'hui. La France est ce pays extraordinaire, seul au monde, seul en Europe qui traverse la plus grande crise de l'Histoire, mais sans austérité et sans rigueur. Bravo et merci.
Publicité
Publicité
Publicité
Publicité
Afin d’assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr et pour tous les blogs.