Pr Serge Hercberg : "Pas de culpabilité face aux féculents !"
Crédit : Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Alain Lamassoure.
Alain Lamassoure : Bonjour, cher compatriote !
Ca, c'est pour le Pays basque ! L'accord trouvé jeudi entre dirigeants européens à propos de l'euro a du mal à passer. Ce qui dans cet accord est très critiqué, ça monte, c'est cet appel à la Chine pour participer au financement du fonds de solidarité européen. Vous qui êtes député européen aujourd'hui, vous en dites quoi, Alain Lamassoure ?
Eh bien écoutez, j'en suis triste. En tant qu'Européen, je me sens humilié.
A ce point ? humilié ?
Oui, mais il faut bien voir que si nous en sommes là, ce n'est pas la faute de l'Union européenne, ce n'est pas la faute de l'euro. La crise que nous avons vécue, contrairement à ce que j'entends ici ou là, n'était pas une crise de l'euro. L'euro ne s'est jamais aussi bien porté sur le marché d'échange : il faut 1,41 dollar pour se payer un euro. Ce n'est pas du tout une crise de la zone euro en temps que tel, jamais elle n'a couru le risque d'éclater. Jamais la Grèce n'a imaginé sortir de l'euro. Si elle était sortie de l'euro, sa dette n'aurait pas été diminuée de moitié, elle aurait doublé ou triplé.
C'est une crise dans la zone euro, dans l'Union européenne toute entière, parce que ça dépasse la zone euro : je pense au Royaume-Uni, dont la situation est aussi catastrophique que celle de l'Espagne, qui tient au fait que la moitié environ des pays européens, mal gérés, n'ayant pas su tenir leurs finances publiques, sortent de la crise financière et de la récession plus affaiblies qu'ils n'y sont entrés. Eh bien à partir de là, on tend la main aux autres.
C'est une crise de la dette des Etats.
C'est cela. De la mauvaise gestion d'un certain nombre d'Etats qui sont montés dans la crise, déjà mal gérés, et qui en sortent d'une façon catastrophique.
Y compris la France ?
Alors la France, elle a à choisir...
... La France est mal gérée aussi ?
La France, elle a à choisir. Elle n'était pas très bien gérée quand elle a été dans la crise. Nicolas Sarkozy a été assez habile pour que la France, aujourd'hui en situation où elle est assez riche et assez bien gérée pour ne pas avoir besoin de l'aide des autres, mais elle n'est pas assez riche et pas assez bien gérée pour pouvoir venir en aide aux autres. Et donc tout le mécanisme, le dispositif d'aide aux pays en difficulté dans l'Union, repose en réalité sur la seule Allemagne. Et l'Allemagne toute seule n'est pas sûre de pouvoir d'où, eh bien on fait appel à d'autres acteurs du moment qu'il n'y ait pas simplement la Chine d'ailleurs.
On va revenir sur la Chine. Juste quand même un petit temps d'arrêt sur ce que vous dites de la France mal gérée. Comme vous avez participé ou soutenu activement les gens qui sont au pouvoir. Jacques Chirac depuis 2002. Vous avez appartenu au gouvernement Juppé avant. Il y a une forme d'autocritique dans cette phrase-là ? "La France mal gérée" ?...
Oui, j'ai été aussi moi-même ministre du Budget sous Alain Juppé. Et je regrette de constater que les gouvernements français successifs, de gauche comme de droite, ont sous-estimé la nécessité d'avoir des finances publiques en ordre. Et de ce point de vue, la comparaison avec l'Allemagne mais aussi les Pays-Bas, toute l'Europe du Nord, est assez frappante et le choix pour nous, aujourd'hui, Français, ça va être en fait le grand choix de la campagne présidentielle qui s'ouvre.
Est-ce que nous voulons rattraper le retard, retrouver une bonne gestion de nos finances publiques et basculer du côté des pays sérieux où nous étions il y a encore quelques années, ou bien est-ce que nous voulons basculer du côté des pays méditerranéens ?
Et qui incarne le sérieux ?
Je dirais que c'est à chacun, ce sera à chacun des deux grands candidats de choisir.
Ca veut dire que pour vous, il n'est pas acquis, là, d'entrée ce matin 31 octobre, que Nicolas Sarkozy est le candidat du sérieux et des finances publiques. Ca demande à être vérifié, même pour vous Alain Lamassoure ?
J'attends de savoir... Je lui fais confiance, bien entendu ! J'attends de savoir ce qu'il va dire. Et surtout dans une situation qui n'est plus celle de 2007, qui n'est plus celle de 2002 mais où nous avons en France, comme dans d'autres pays - nous ne sommes pas les seuls - un niveau d'endettement public que l'on n'a pas connu depuis un lendemain de guerre. Donc nous avons besoin d'un homme d'Etat qui soit au niveau des événements historiques, hélas graves, que nous sommes en train de vivre.
Et donc je dirais que du côté de Nicolas Sarkozy, le choix est de savoir s'il veut être le Général de Gaulle ou Jacques Chirac. S'il veut porter les ambitions de la France de de Gaulle, que la France retrouve son rang, ou celles de Jacques Chirac qui, à son deuxième mandat, dès qu'il y avait une manifestation, reculait une réforme. Quant à François Hollande...
... Et vous n'êtes pas certain ? Oui mais François Hollande, c'est plutôt votre adversaire. Vous n'êtes pas certains que Nicolas Sarkozy, ce soit de Gaulle ou Chirac ?
J'espère qu'il fera le bon choix. Du côté de François Hollande, c'est très intéressant aussi parce que pour prendre des références historiques, il a le choix entre être Jacques Delors ou être Lionel Jospin. C'est-à-dire être celui qui peut bâtir l'Europe de demain ou contribuer à bâtir l'Europe de demain ou être celui qui enterre la France sous les roses fanées du socialisme de papa.
Et vous, des deux, Alain Lamassoure, député européen pour l'UMP, vous ne savez pas des deux, de Sarkozy ou de Hollande, pour lequel vous voterez au mois d'avril ?
Je voterai évidemment pour le candidat de l'UMP et je mettrai tout en œuvre pour convaincre le président de la République qu'il faut non seulement qu'il continue son action très remarquable au niveau européen et sur la scène internationale. Le G20 doit avoir lieu dans quelques jours... Mais qu'il faut aussi qu'il fasse preuve de la même énergie pour moderniser la France, adapter la France et remettre ses finances en ordre..
Consacrons, si vous le voulez bien, le peu de temps qu'il nous reste ce matin, à la notion d'humiliation vis-à-vis de l'appel à la Chine. La Chine pratique un dumping social, a peu de respect des normes environnementales. "La Chine, c'est de l'argent sale", dit Nicolas Dupont-Aignan. C'est de l'argent sale la Chine, c'est pour ça que c'est humiliant ?
Non non pas du tout !... Ce n'est pas du tout de l'argent sale. Je vais vous dire : en tant qu'Européen, je me sens humilié vis-à-vis de la Chine. En tant que Français, je me sens humilié vis-à-vis de l'Allemagne. Parce qu'il y a dix ans, on a complètement oublié, nous avons tous des mémoires de poisson rouge, c'est la France qui était en excédent de balance commerciale en matière industrielle, c'est l'Allemagne qui était déficit. Et au même moment, deux gouvernements socialistes, du côté allemand, ont décidé de refaire des efforts, de tout remettre en œuvre pour que l'Allemagne retrouve sa compétitivité.
Du côté français, on est passé aux 35 heures, on a décidé de baisser les bras. Et le résultat, c'est qu'aujourd'hui, la première puissance commerciale du monde, ce n'est pas la Chine. C'est l'Allemagne. Sur les douze derniers mois, l'excédent commercial allemand a atteint 200 milliards de dollars.. la Chine n'est qu'à 175 milliards de dollars. Si déjà la France se remet au niveau de l'Allemagne, à ce moment-là, la France sera sauvée et je dirais l'Europe forte de l'alliance franco-allemande pourra rivaliser à égalité avec la Chine.
Et vous, en tant que député européen, Alain Lamassoure, vous n'avez rien à dire par rapport à l'accord trouvé jeudi entre dirigeants européens. Le Parlement européen ne va pas être consulté, voilà !. On se moque un peu du sentiment qui est le vôtre.
Non, j'ai à dire que mettre en place un gouvernement économique, c'est bien. Mais nous sommes des démocraties. Je ne connais pas de démocratie dans laquelle il y a un gouvernement qui n'a pas en face de lui un contrôle. Un contrôle parlementaire, un contrôle par les élus du peuple. C'est le complément qu'il faut apporter au gouvernement économique. Pour l'instant, il y a un Parlement qui joue ce rôle, il y a le débat et que lorsqu'il vote, décide pour l'Europe, c'est le Bundestag.
Il faut mettre en place un contrôle parlementaire qui ne repose pas simplement sur le Parlement européen parce qu'en l'espèce, il ne s'agit pas du budget européen que contrôle le Parlement européen, il s'agit des 27 budgets nationaux dont certains sont en déséquilibre et dont les autres viennent au secours des premiers. Et donc, il faut que nous mettions en place un contrôle qui fasse participer l'ensemble des Parlements nationaux. Ca manque au dispositif.
Voilà du travail. Alain Lamassoure, député européen, humilié ce matin, était l'invité de RTL.
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