POLITIQUE

Alain Duhamel décortique le vote des militants socialistes

Créé le 21/11/2008 à 07h45 - Mis à jour le 21/11/2008 à 09h51

Alain Duhamel

Alain Duhamel / La rédaction de RTL

Les militants socialistes ont voté jeudi soir pour choisir leur premier secrétaire entre Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoit Hamon. Quelle est la signification politique de ce vote ? Ecouter aussi :
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Le vote des militants socialistes a été à la fois subtil et dangereux, parce qu'au fond chacun des trois protagonistes d'hier, a des motifs de satisfaction, mais que pour le Parti socialiste, c'est une situation qui est de plus en plus difficile.

Alors, Ségolène Royal, incontestablement, elle arrive nettement en tête, en gros 43% des voix. Il y a une dynamique qui a joué pour elle, plutôt plus que ce qui était arithmétiquement envisagé. On voit bien ce qu'elle a réussi, en dehors de ses qualités habituelles, cette espèce de charisme marial, baroque, mais qui joue et qui fait qu'elle attire toujours des foules, en dehors de son savoir-faire tactique qui je trouve, a beaucoup progressé en deux ans. C'est peut être dû à son entourage, mais enfin c'est comme ça. En dehors de sa présence dans les médias, sauf quand elle loupe ses trains évidemment, elle a su incarner incontestablement le changement. Donc, elle a marqué un point.

Martine Aubry, elle, n'a pas fait tout à fait le score qu'elle aurait pu espérer faire. Elle ne l'a même honnêtement pas fait. Mais elle vient d'enregistrer le soutien, sans la moindre ambiguïté, de Benoît Hamon, donc évidemment ça la renforce, et dans cette affaire on voit très bien qu'elle a cherché à incarner la tradition, l'unité du Parti, même si c'est l'unité contre Ségolène Royal, et puis son propre retour au premier plan.

Et quant à Benoît Hamon, il est forcément bénéficiaire de cette affaire. Il y a deux semaines, pratiquement personne ne le connaissait, sauf les journalistes spécialisés, et il n'était le leader de rien du tout. Aujourd'hui, il est à la tête de 22% des voix, il a réussi une bonne campagne et surtout la victorieuse, quelle qu'elle sera, aura besoin de lui, et il a lui aussi, acquis une tête de renouvèlement.

Mais au milieu de ça, le Parti socialiste est plus divisé qu'il ne l'a jamais été, notamment entre deux candidats qui incarnent deux conceptions franchement différentes du Parti socialiste. Sa base sociologique est oscillante, sa base électorale est solide, sa base idéologique est inexistante, et quant à sa réponse à la crise qui après tout est plus importante que le choix du premier secrétaire du Parti socialiste, que ceux qui la connaissent me fassent signe.

Comment se présente le second tour ?

Arithmétiquement, Martine Aubry est plutôt avantagée. Politiquement, on ne peut absolument pas le dire, pour une raison très simple, c'est qu'on a vu au premier tour, que les voix de Bertrand Delanoë qui avait appelé lui aussi, avec le même mot, le même adverbe, à voter massivement pour Martine Aubry, visiblement ils se sont répartis entre les deux candidats.

Que feront ceux qui ont voté pour Benoît Hamon? Politiquement, ils sont incontestablement plus proches de Martine Aubry que de Ségolène Royal. Mais est-ce qu'ils voteront en fonction de ça ou est-ce qu'ils voteront en fonction de l'idée qu'ils se font de l'organisation du parti, ou de la nécessité, de l'intensité de son renouvèlement, ou de ses alliances à venir, ou de la sympathie ou de la non sympathie que leur inspirent les candidats? Ça honnêtement aujourd'hui, personne ne peut le dire.

Il y a une seule chose qui est sûre, c'est que quand on sortira de cette phase, il y aura deux conceptions du Parti qui s'affronteront, qu'il y aura une très forte opposition interne, et qu'il y aura si j'ai bien compté, six candidats au moins, à l'élection présidentielle.

Justement, est-ce que celle qui  va gagner, aura les moyens vraiment de diriger le PS ?

Ce ne sera pas exactement un long fleuve tranquille, si c'est Martine Aubry, ce sera d'une certaine manière plus facile compte tenu de ce qu'a été le congrès.

Pour le reste, sur le fond, le Parti socialiste va devoir choisir réellement entre deux avenirs, c'est à dire d'un côté, ce qu'incarne Martine Aubry, c'est à dire au fond une unité rétro. Et ce qu'incarne Ségolène Royal, c'est à dire un changement ambigu.

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