"En Europe comme en France, François Hollande s'est attribué l'idée de la croissance" selon Alain Duhamel
Créé le 23/02/2012 à 07h22

Alain Duhamel
VIDEO - Le livre de François Hollande, "Changer de destin" (Robert Laffont), est publié à moins de deux mois du premier tour de la Présidentielle. Franchement, il sert à quoi ? La chronique d'Alain Duhamel.
Il sert à deux choses : la première, c'est une réplique tactique, d'ailleurs intelligente, à l'entrée en lice de Nicolas Sarkozy. De ce point de vue, François Hollande a bien anticipé. Il a bien choisi son moment et, alors qu'il est évident que du moment que Nicolas Sarkozy entre en lice, on va le voir et l'entendre partout, il lance son livre, qui est une façon de relancer ses propres idées.
Et puis, l'autre chose, c'est qu'il en profite pour faire une petite correction globale d'image. Il insiste beaucoup sur son amour de la France, son amour des ouvriers, l'importance de la sécurité. Autrement dit, il y a un petit côté mitterrandien, avec une dimension incongrue, qui est une ode au Général de Gaulle qui, pour un descendant de François Mitterrand, est, disons, bizarre.
Mais c'est quoi ? C'est un tract en plus gros et plus chic, ou alors c'est un livre plus personnel, un livre de confessions ?
Ni l'un ni l'autre. En réalité, c'est un livre assez hétéroclite. Il y a une part d'autobiographie, qui est sympathique mais enfin très pudique. La seule personne dont il parle avec sensibilité, disons, c'est sa mère. Il en parle très très bien. Pour le reste, il reprend son programme. Franchement, c'est assommant, et on a l'impression que ce n'est pas de lui par dessus le marché.
Et puis, il y a la dernière partie qui, elle, est très amusante à lire et qui est visiblement de lui, et qui sont des portraits des uns et des autres parmi les autres candidats actuels. Alors, bon, il y a Sarkozy évidemment. Il y a Marine Le Pen aussi. Mais enfin, ce qui est intéressant, c'est la façon dont il parle d'Eva Joly et de Jean-Luc Mélenchon, et de François Bayrou.
Eva Joly, elle en prend pour son grade. Elle, qui est plutôt du genre, en ce moment, susceptible et persuadée que tout le monde lui en veut, là, elle va trouver vraiment un bon argument, bien solide.
Jean-Luc Mélenchon, c'est à la fois sympathique et un peu condescendant quand même.
Et alors, le malheureux François Bayrou, il en prend plein la figure parce que, en gros, François Hollande explique qu'il n'a pas une idée.
Alors, il parle aussi de Nicolas Sarkozy, Alain ?
Ah, c'est le catéchisme de l'anti-sarkozysme. C'est un bréviaire. De ce point de vue, il n'y a rien qui trouve grâce. Ni l'homme, ni la méthode, ni le style, ni le bilan, ni les idées. Même quand il s'agit de réagir à la crise, par exemple, rien du tout. C'est une des choses qui est assez curieuse dans tous ses livres, c'est la sous-estimation du poids de la crise dans les circonstances actuelles et ça c'est vrai pour tous les candidats.
Tiens, puisque, apparemment, on est à l'heure des mea culpa, il en fait lui aussi ?
Oui, quelques uns. Sa fameuse phrase : "J'aime pas les riches", il reconnaît que c'était un petit peu abrupte. Il doit y avoir des riches à condition qu'ils le méritent quand même. Et puis, il y a une petite phrase gentille pour Ségolène Royal, par exemple.
Un candidat qui publie un livre en pleine campagne, ça commence à devenir très très banal, Alain. Qu'est-ce qu'ils ont tous à écrire des bouquins alors qu'ils ont accès à tous les moyens de communication ?
D'une part, c'est un snobisme français. La littérature et la politique, en France, ont toujours été fiancées et quelquefois mariées. Donc, il y a cette dimension là. Ensuite, quelqu'un qui est candidat à la présidentielle, c'est quelqu'un qui est en pleine période de narcissisme aigu et donc, il y a un propension à parler de soi totalement inhabituelle et qui compte beaucoup. Et puis, derrière ça, il y a évidemment un côté instrumental. Comment se présenter mieux, à ses propres yeux, qu'en se présentant soi-même ?
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