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Jack Lang : "Je voterai le texte Hadopi 2 en l'état" (vidéo)

Créé le 21/07/2009 à 09h47 - Mis à jour le 21/07/2009 à 10h40

Jack Lang à RTL le 18 novembre 2008

Jack Lang à RTL le 18 novembre 2008 / La rédaction de RTL

Le député socialiste du Pas-de-Calais répondait mardi matin aux questions de Marc Tronchot. Jack Lang a annoncé qu'il voterait "en l'état" à l'Assemblée nationale le texte Hadopi 2 contre le piratage sur Internet, comme il l'avait fait lors de l'examen de la première mouture du projet de loi, estimant agir "en conformité avec (ses) convictions".
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Marc Tronchot : Bonjour, Jack Lang.

Jack Lang : Bonjour.

Voilà un an, vous aviez été le seul député socialiste à voter le projet de révision constitutionnelle. Aujourd'hui, vous vous apprêtez à affirmer à nouveau votre indépendance. Vous voterez la nouvelle version Hadopi ?

Sans doute. Sauf si le texte présentait ou comportait des insuffisances notoires.

Dans l'état, vous le votez ?

Je pense que oui. Parce qu'il est la suite du premier texte. Et je rectifie si vous le permettez, une remarque faite par vous tout à l'heure. Je ne vote pas contre mon camp. Je vote pour un texte. Je vote en conformité avec mes convictions, qui je le crois, sont les convictions profondes de la Gauche. Nous avons avec François Mitterrand a lutté pendant des années et des années pour instaurer des lois de régulation, dans le domaine du livre, la loi sur le prix unique du livre, dans le domaine du cinéma, la loi sur les quotas pour le cinéma. Aujourd'hui, c'est la loi de régulation sur la création sur Internet. C'est une logique. C'est ce qu'on appelle l'exception culturelle dont la gauche a été l'inventeur.

Mais n'empêche que la Gauche va voter contre...

Le dissident, ce n'est pas moi. Le dissident, ce sont ceux qui se mettent en rupture d'une tradition qui est celle de la Gauche d'instaurer une régulation économique en faveur de la protection des droits des artistes.

Vous n'avez pas peur pour autant de vous mettre en dehors du parti et pourquoi pas, de recevoir une lettre de Martine Aubry...

Je crois que l'on peut comprendre.

Elle écrit facilement en ce moment...

On peut comprendre que l'éthique de conviction surtout dans un domaine comme celui là, qui est un des combats de ma vie, l'emporte sur les calculs politiques des uns et des autres. Je vote 99% des textes proposés par le Parti socialiste. Mais il est des cas dans lesquels ma conscience, mes convictions m'interdisent de voter contre des textes qui me paraissent justes et bons.

Et d'ailleurs si vous voulez, si l'on souhaite que le Parti socialiste retrouve des couleurs, de la vigueur, il est indispensable que l'exigence d'honnêteté intellectuelle soit au premier rang de nos préoccupations. Il faut cessez d'apparaître comme un parti qui aurait comme préoccupation unique de mener la guerre effrénée contre Nicolas Sarkozy.

700 amendements à l'Assemblée nationale contre le texte Hadopi, vous regrettez ?

Etait-ce souhaitable, était-ce nécessaire ? Je n'en sais rien, je ne me prononce pas sur la procédure. La question qui m'apparaît importante, c'est - je le répète  - que nous puissions soutenir un texte. Je reviens de Corée où j'ai passé quelques jours pour une autre raison. En Corée du sud, pour présenter des idées de révision de la constitution, là bas aussi. Dans ce pays magnifique en pleine expansion économique et démocratique.

J'ai longuement parlé avec le ministre de la Culture. Voilà un pays qui est leader mondial des nouvelles technologies. Le peuple coréen utilise Internet comme personne. Et pourtant, ils ont décidé de faire une loi comparable à la nôtre, la loi Internet et création, très rigoureuse, assez sévère même. Pourquoi ? Il m'a expliqué parce que nous n'avons pas envie que notre cinéma national qui est excellent, soit pillé, dilapidé et donc du coup, ils ont réussi à concilier comme je le propose - comme nous le proposons - deux libertés : la liberté des internautes et la liberté des artistes et des créateurs qui ne vivent pas que d'amour et d'eau fraîche.

Jack Lang, vous vous sentez encore socialiste ? Encore et toujours ?

C'est parce que je suis socialiste que je vote ce texte. C'est parce que c'est en conformité avec les valeurs, les idées, les combats que nous avons toujours menés pour la culture.

Mais quand vous entendez dire que le parti est mort ou sub-claquant...

N'exagérons pas les paroles outrancières qui sont prononcées ici où là. Le Parti socialiste est un grand mouvement historique qui a connu des hauts et des bas. Et ce n'est pas la première fois. Je veux relativiser. Ce n'est pas la première que ce parti connaît des grandes difficultés. A l'époque de Guy Mollet, il était à ramasser à la cuiller. D'ailleurs, c'est François Mitterrand qui ensuite s'en est emparé pour le transformer, le rajeunir.

Ce qui prouve qu'il faut peut-être un homme providentiel ?

Ce qui prouve qu'il faut sans doute, je dirai, changer de méthode. Changer de méthode, c'est à dire, une vision différente fondée sur un minimum de générosité, d'ouverture, d'enthousiasme. Et aussi qui accorderait à tout ce qui constitue l'imaginaire, éducation, recherche, culture, une place beaucoup plus importante. Et puis une nouvelle organisation. Un parti de 100.000 adhérents, c'est un parti qui donne le pouvoir au chef et au sous-chef de courant et de clan.

Moi, ce que je propose, c'est que Martine Aubry, que je respecte, qui est une femme de courage, d'expérience, d'actions, mette en place un petit comité de personnalités - je dirai - expérimenté et solide. Prêt à travailler. Un comité pour mettre au point des méthodes pour ouvrir très largement les portes du parti socialiste. Moi, je suis sûr, qu'en particulier, les cotisations trop élevées sont un obstacle. Et dans les six mois, il faut qu'on sorte de la nasse. Il faut qu'on sorte de cet enlisement. Et le seul moyen d'en sortir, c'est qu'un  petit comité qui aurait la confiance de tous, puisse faire des propositions de doctrines et d'actions qui permettraient de sortir - je le répète - de cette mouise.

"Ce sont les jeunes qui peuvent redonner la vie". C'est ce que vous écrivez aujourd'hui dans "Le Parisien". Encore faudrait-il qu'ils ne soient pas au chômage, Monsieur Lang. Et manifestement on s'attend à un chômage des jeunes absolument épouvantable à la fin de l'année.

Certainement. Et malgré les propositions faites par le président de la république, les annonces de Martin Hirsch, la situation est très difficile pour la jeunesse. Raison de plus pour que le parti socialiste s'empare de ces sujets.

Ils vont chez les Verts ou à l'extrême-gauche, les jeunes qui sont au chômage...

Eh bien, raison de plus, je répète, pour que nous retrouvions cette confiance perdue de la jeunesse. Et ce n'est pas en rabâchant les mêmes histoires et nous tapant dessus que l'on retrouvera cette confiance de la jeunesse. Je pense qu'il y a une révolution  interne à accomplir, une révolution je dirai mentale, spirituelle. Il n'y a pas de raison qu'on ne la réussisse pas. Je le répète, le parti socialiste, c'est un grand parti, présent partout à travers la France. Et malheureusement, nationalement, il donne le sentiment d'avoir perdu le nord.

D'un mot et c'est ma dernière question. L'épouse du président de la République française qui chante pour l'anniversaire de Nelson Mandela, vous trouvez ça du dernier chic républicain ?

Carla Bruni apporte à la République, je dirai, un éclat, une beauté, une élégance. Mandela est un de nos héros. En tout cas, je me suis beaucoup battu contre l'apartheid. J'ai écrit un livre même sur Mandela. Moi, je suis très heureux qu'elle ait pu apporter sa voix à la célébration de l'anniversaire et je pense que Nelson Mandela a dû être très heureux de cet hommage qui lui est rendu par l'épouse du président de la République.

Je voudrais dire encore d'un mot  à propos des questions de loi Hadopi, Parti socialiste. Martine Aubry est une femme de culture. C'est une femme qui aime l'art, l'éducation, etc. Et je crois qu'elle est aujourd'hui  en mesure de redonner ce souffle dont nous avons besoin avec le concours de tous les talents, en particulier, l'homme dont on a beaucoup parlé récemment, Manuel Valls, qui est un des personnages prometteurs du Parti socialiste.

C'est très consensuel, c'est la conclusion et Jack Lang était l'invité de RTL ce matin.

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