
La police tire contre les mineurs grévistes, à Marikana, ville située à moins de 100 km de Pretoria
Crédit : Capture d'écran YoutubeCrédit : Gwendoline Debono
Crédit : AFP
Frustrations et tensions sociales
"De mémoire, nous n'avons jamais rien vu d'une telle ampleur" depuis la
chute de l'apartheid et l'avènement de la démocratie, a affirmé
Daniel Silke, analyste en sciences sociales...
La police a ouvert le feu jeudi après-midi sur un groupe de mineurs
armés de machettes, de gourdins, de barres de fer et d'armes à feu. Ils
refusaient de se disperser après avoir rejeté un ultimatum de la
direction de la mine, qui leur intimait l'ordre de reprendre le travail
sous peine de licenciement.
Il y a eu trente-six morts selon le syndicat des mines NUM, "plus de 30" selon le ministre de la Police Nathi Mthethwa. Ces bilans, donnés vendredi matin, s'ajoutent aux dix morts dans les violences entre syndicats survenues depuis dimanche sur ce site minier, où plusieurs centaines de grévistes réclamaient d'importantes augmentations de salaires.
Une explosion de violence
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"Je pense que c'est un signe d'une grande tension sociale en Afrique du Sud", marquée par de violentes rivalités entre syndicats, ajoute-t-il.
Selon des sources concordantes, cette poussée de fièvre a été provoquée en partie par la surenchère du syndicat AMCU, dissident du puissant syndicat NUM, qui a promis aux mineurs de négocier un triplement de leurs salaires.
"Il y a eu très peu d'amélioration dans la vie des gens depuis des décennies, souligne Daniel Silke, et le gouvernement n'a pas été capable de faire face à cette frustration".
Le ministre de la Police, apparemment très affecté, a déploré cette explosion de violence, rappelant que les forces de l'ordre avaient négocié pendant trois jours avec les grévistes.
"Ceci ne devait pas arriver, a-t-il dit, nous avons toujours insisté sur le fait que nous avons des lois dans ce pays, qui permettent aux gens de faire grève, de se rassembler pour manifester, et nous pensons que les gens ne doivent pas ignorer ces piliers de notre système (...) c'est une situation terrible pour tout le monde".
Légitime défense ?
Peu auparavant, un porte-parole de la police sur place avait affirmé que les forces de l'ordre n'avaient pas eu le choix. "La police a été attaquée lâchement par le groupe, qui a fait usage d'armes variées, dont des armes à feu. Les policiers, pour protéger leur vie et en situation de légitime défense, ont été obligés de répondre par la force".
Le président sud-africain Jacob Zuma a également déploré ces violences: "Nous croyons qu'il y a assez de place dans notre système démocratique pour que les différends soient résolus par le dialogue, sans violation de la loi et sans violence".
"J'ai donné instruction aux responsables des forces de l'ordre de faire tout leur possible pour reprendre le contrôle de la situation et pour amener les auteurs de violence devant la justice", a ajouté le chef de l'Etat.
Jeudi matin, plusieurs centaines d'hommes armés s'étaient de nouveau regroupés à l'extérieur de la mine. Les échanges de tirs ont commencé après plusieurs heures de négociations, dans des circonstances que l'enquête devra déterminer.
Un triplement des salaires
Les violences avaient commencé vendredi 10 août, lorsque des centaines de mineurs de fond ont lancé une grève sauvage. Certains, encouragés par le petit syndicat AMCU, réclamaient 12.500 rands par mois (1.250 euros), soit plus qu'un triplement de leur salaire actuel qui est d'environ 4.000 rands par mois (400 euros).
Des affrontements ont alors éclaté entre les partisans des deux syndicats. Dix personnes ont été tuées dont deux policiers.
Jeudi soir, le président de Lonmin, Roger Phillimore, avait implicitement rejeté la responsabilité des affrontements meurtriers de jeudi sur les forces de l'ordre.
"La police sud-africaine était chargée de l'ordre et de la sécurité sur le terrain depuis le début des violences entre syndicats rivaux ce week-end", notait M. Phillimore dans un communiqué.
"Il va sans dire que nous déplorons profondément ces décès, dans ce qui est clairement une affaire d'ordre public plutôt qu'un conflit social", ajoute-t-il.
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10/04/2013 - 09h48
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