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POLITIQUE INTERNATIONAL

Florence Cassez : "MAM" dénonce un "déni de justice"

Créé le 11/02/2011 à 12h38

Le pourvoi en cassation de Florence Cassez rejeté par la justice mexicaine

Le pourvoi en cassation de Florence Cassez rejeté par la justice mexicaine / AFP

La justice mexicaine a rejeté jeudi le pourvoi en cassation de la Française Florence Cassez, emprisonnée au Mexique depuis plus de cinq ans, une décision qui selon la France pèsera sur les relations entre les deux pays. Condamnée à 60 ans de prison en mars 2009 pour complicité d'enlèvements et de séquestrations qu'elle a toujours niés, la jeune femme s'était pourvue en cassation en août dernier. "La justice ne revient pas sur la peine définitive prononcée contre Florence Cassez", peut-on lire dans un communiqué de la cour fédérale mexicaine. La défense de la Française, qui parle de décision "honteuse", a indiqué qu'elle saisirait la Cour interaméricaine des droits de l'homme, au Costa Rica, en cas de jugement défavorable. La ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a dénoncé un "déni de justice" qui "va peser sur les relations bilatérales".
Le rejet du recours en cassation de Florence Cassez, condamnée à 60 ans de prison pour enlèvement, est "une honte et démontre un mépris total de la justice" de la part du Mexique, a dénoncé jeudi son avocat, Me Frank Berton.

"Je suis scandalisé. C'est une honte et cela démontre un mépris total de la justice dans ce pays (le Mexique, ndlr)" a réagit Me Berton, quelques minutes après l'annonce du rejet par la justice mexicaine du recours en cassation déposé par Florence Cassez et ses avocats.

"L'audience était prévue à 14H et voilà qu'à 13H45, on nous annonce que l'amparo est rejeté, c'est un scandale !", s'est-il insurgé. "En faisant cela on nous casse toute possibilité de recours. Soixante ans de prison, c'est le couloir de la mort pour Florence", a expliqué Frank Berton,  juste avant de tenter de joindre la Française pour lui annoncer la nouvelle.

"Tout le monde, y compris des personnalités importantes, au Mexique est convaincu de son innocence, et on la condamne, c'est honteux. Je craignais que le pouvoir politique ne l'emporte sur le pouvoir judiciaire, c'est manifestement ce qui s'est produit aujourd'hui", a-t-il estimé.

Les magistrats mexicains ont examiné les 17 arguments avancés par la défense mettant en cause la constitutionnalité de la procédure en même temps que l'innocence de Florence Cassez.

Le dossier mettait notamment en évidence les failles dans l'arrestation de la jeune femme qui, retransmise à la télévision mexicaine, avait été présentée comme un fait en direct, alors qu'elle avait eu lieu la veille.

Florence Cassez avait été arrêtée le 8 décembre 2005 avec son compagnon Israel Vallarta, accusé d’être à la tête de la « bande du Zodiac », responsable de plusieurs enlèvements.
Son procès avait duré près de deux ans. Elle a été condamnée à 60 ans de prison. La Française attendait jeudi le résultat de son pourvoi en cassation, mais la justice a repoussé la décision de plusieurs semaines. La française de 36 ans clame toujours son innocence.

L'avocat mexicain de la Française, Agustin Acosta, a indiqué à l'AFP que la décision de la septième cour criminelle de Mexico pourrait être décisive, en cas d'accord des trois juges : soit le jugement du tribunal d'appel est cassé et dans ce cas-là Florence Cassez pourrait être libérée sous 24 heures, soit le  recours en cassation est rejeté, et la Française n'aurait plus de recours devant la justice mexicaine. Mais on ne peut pas exclure, a précisé Me Acosta, qu'en cas de non unanimité des trois juges, l'affaire soit renvoyée pour complément d'instruction, ou bien encore pour nouveau jugement devant le tribunal d'appel.

L'arrestation de Florence Cassez, en compagnie de son ex-compagnon Israel Vallarta, avait fait l'objet d'une retransmission télévisée présentée à l'aube du 9 décembre 2005 comme un reportage en direct dans un "rancho", une maison de  campagne aux abords de Mexico. La Française avait clamé avoir été arrêtée la veille et mise au secret en attendant l'aube. La police avait ensuite reconnu avoir procédé à une "reconstitution". Pour les défenseurs de la jeune femme, le recours en cassation ("amparo") tend à démontrer que toute l'accusation "repose sur du sable", sur "des preuves  falsifiées", selon les termes employés par l'avocat français de Florence Cassez, Frank Berton, au moment du dépôt du recours en cassation en août 2010.

Au commencement de l'affaire, l'opinion mexicaine s'était unanimement montrée hostile à Florence Cassez et le verdict médiatique était sans appel contre la "Française diabolique". Mais, en cinq ans, l'activité des avocats et des enquêtes de presse approfondies, notamment de la part de journalistes français sur place, sur un dossier de plus de 10.000 pages, ont semé le doute dans des cercles de plus en plus larges au Mexique.

En novembre 2010, la Française a reçu deux soutiens notables : celui de l'Eglise catholique du Mexique et celui d'un ex-Procureur général fédéral, l'équivalent du ministre de la Justice, qui ont affirmé croire en son innocence.L'Eglise a conclu à une "violation absolue" des droits de Florence Cassez et à son "absolue innocence".

L'ancien ministre Ignacio Morales Lechuga, a estimé pour sa part que la procédure "n'a pas respecté les règles du droit pénal mexicain, a violé les droits de la condamnée" et "a abouti à laisser en liberté les coupables véritables du crime". L'affaire Cassez est également devenue une pomme de discorde diplomatique entre la France et le Mexique, en particulier depuis la visite de Nicolas Sarkozy au Mexique en mars 2009. Trois mois après, en juin 2009, le président mexicain Felipe Calderon avait personnellement exclu fermement, dans une allocution radio-télévisée, la solution préconisée par le président français d'un transfert de Florence Cassez  en France.

La décision que prendra jeudi la cour de cassation mexicaine intervient alors que vient d'être lancée officiellement, il y a quelques jours, l'année du  Mexique en France.


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