"En Europe comme en France, François Hollande s'est attribué l'idée de la croissance" selon Alain Duhamel
Créé le 12/01/2012 à 17h30

Immeubles effondrés en Haïti / AFP
La France juge qu'en dépit des difficultés "la situation commence à s'améliorer sur le terrain" en Haïti, deux ans après le séisme qui a ravagé le pays, a déclaré mercredi le ministère des Affaires étrangères. La communauté internationale fait le même constat. Il reste pourtant de nombreux problèmes sur place. Le puissant séisme du 12 janvier 2010, qui a fait plus de 200.000 morts, avait dévasté Port-au-Prince et encombré les rues de la capitale de millions de m3 de débris.
Haïti se reconstruit lentement
Depuis le 12 janvier 2010, Haïti a connu "une longue transition politique" et "l'apparition de nouvelles urgences, comme la menace des ouragans et l'épidémie de choléra". "La situation commence à s'améliorer sur le terrain, en dépit de ces difficultés", a affirmé le porte-parole adjoint du ministère, Romain Nadal.
Au titre de la mobilisation internationale, il a cité le transfert à
Haïti de 5,6 milliards de dollars, le déboursement de 2,4 milliards fin
2011 sur les 4,5 milliards promis pour l'aide à la reconstruction et
l'ajout de 650 millions additionnels et de 2,6 milliards d'aide
humanitaire.
Haïti a bénéficié en outre d'une annulation de dette de 1 milliard de
dollars, les deux tiers des personnes réfugiées dans des camps ont pu
trouver un logement et la moitié des 10 millions de m3 de gravats ont
été déblayés, dont un cinquième recyclé, a précisé le porte-parole.
Pour sa part, la France a décaissé près des trois quarts de son aide
bilatérale (326 millions d'euros) et "participe activement aux travaux
du comité directeur du Fonds pour la reconstruction d'Haïti (FRH), dont
elle est membre", a indiqué Romain Nadal.
Concrètement, elle participe actuellement avec les Etats-Unis à la
construction à Port-au-Prince d'un hôpital, à la reconstruction de deux
quartiers de la capitale, en coopération avec l'Union européenne, par un
renforcement de son action éducative, l'aide à la confection d'un
cadastre, la formation de policiers et la relance de projets de
développement agricole.
Du côté de l'aide américaine, Mark Feierstein, chargé de l'Amérique latine et des Caraïbes estime avoir apporté une grosse contribution : "L'économie a connu une croissance de 6% l'an passé et l'agence américaine pour le développement y a participé de plusieurs manières". Les Américains ont participé à la mise en place d'une zone industrielle dans le nord du pays.
"Un million et demi de personnes vivaient sous des tentes (juste après le séisme). Ils sont 500.000 aujourd'hui. C'est toujours trop", a regretté le responsable américain.
"La liste des choses qui restent à accomplir est très longue", a-t-il dit, citant les problèmes dans les secteurs du logement, de l'éducation ou de la santé.
Les Etats-Unis continueront à aider Haïti dans les années à venir, a-t-il assuré, notamment en participant" au redressement de l'économie" et "au renforcement des institutions politiques" décapitées par le tremblement de terre.
Le choléra représente toujours un fléau
Haïti a besoin d'investir 1,1 milliard de dollars dans les infrastructures et l'assainissement d'eau pour éradiquer le choléra, responsable de 7.000 décès dans le pays, selon une estimation rendue publique mercredi par l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS).
"Nous devons bien sûr maîtriser et réduire la mortalité, mais nous avons la possibilité et l'obligation de garder pour objectif l'élimination du choléra", a déclaré Mirta Roses, directrice de l'OPS, lors d'une réunion au siège de l'organisme à Washington.
L'épidémie qui s'est déclarée fin 2010 en Haïti et dans la République dominicaine voisine constitue un retour inattendu du choléra en Amérique centrale et du Sud, qui avait pourtant éradiqué l'endémie dans les années 1990, a rappelé Mme Roses.
Pour parvenir à l'extinction de cette résurgence, des investissement massifs sont nécessaires dans l'accès à l'eau potable et l'assainissement afin d'aménager "tous les lieux où les gens se réunissent, jouent, travaillent ou vivent", a expliqué Mme Roses.
Sans investissements, "le choléra restera endémique pendant des décennies" comme c'est le cas en Afrique, a averti Kevin de Cock, des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).
L'épidémie est aussi une "bombe à retardement pour tous les Etats des Caraïbes", a prévenu Mme Roses.
En juin, une étude des CDC a conclu que le choléra avait été introduit à Haïti par des Casques bleus népalais stationnés dans le pays.
Le Brésil ferme ses frontières aux immigrants haïtiens
La bonne santé économique du Brésil attire de plus en plus de travailleurs du monde entier, mais le gouvernement vient de décider de fermer sa frontière amazonienne aux immigrants haïtiens, rompant sa tradition de terre d'accueil.
Le géant sud-américain veut freiner l'entrée illégale de milliers d'Haïtiens qui continuent à fuir leur île dévastée par le séisme de janvier 2010, une attitude qu'il avait toujours critiquée auparavant, rappellent des analystes.
Le ministère de la Justice a annoncé mardi que les Haïtiens ne pourront désormais entrer qu'avec un visa de travail émis par l'ambassade du Brésil à Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Une centaine de visas seulement seront délivrés chaque mois.
Il a indiqué néanmoins que les 4.000 Haïtiens illégaux déjà présents sur le sol brésilien seraient régularisés.
"C'est une situation nouvelle pour le Brésil qui, pour la première fois, fait face à un flux de personnes qui arrivent dans le pays parce qu'ils y voient une source d'emploi et d'opportunités", explique à l'AFP Olivier Stuenkel, professeur de Relations internationales à la Fondation Getulio Vargas.
La présidente Dilma Rousseff a prévu une visite en Haïti le 1er février pour renforcer la coopération avec ce pays où le Brésil dirige la force de paix de l'ONU, mais le durcissement de la politique d'immigration vis-à-vis des Haïtiens devrait figurer en bonne place dans le menu des discussions.
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