De plus en plus fort en pleine nuit
Pour Beringin Kusuma, dont la chambre se situe à une vingtaine de mètres seulement de la mosquée la plus proche, le mois saint du ramadan n'est pas seulement une période de jeûne mais également le moment d'enfoncer bien profond ses bouchons d'oreilles.
Tout au long de l'année, l'étudiant de 22 ans se réveille au son de "l'azan", première des cinq prières de la journée, lancée à l'aube vers 04h30. Mais, durant le ramadan, les 800.000 mosquées d'Indonésie, pays de 240 millions d'habitants dont 90% sont musulmans, font du zèle.
En plus des cinq appels quotidiens, le muezzin fait craquer son haut-parleur de manière quasi-continue. Après l'appel au "sahur", petit-déjeuner précédant l'aube, lancé vers 02h30, les récitations de Coran se suivent jusque tard dans la nuit.
"La plupart des gens se réveillent juste avant 04h30 pour un petit-déjeuner rapide avant l'aube mais les hauts-parleurs commencent l'appel à la prière dès 02h30", se plaint Kusuma. "C'est répété de nombreuses fois, avec en plus des récitations du Coran". "C'est très fort et le son est très irritant. Si je n'avais pas de bouchons d'oreilles, je ne dormirais pas une seule minute lors du ramadan", déclare-t-il.
Il arrache les câbles du haut-parleur
L'otorhino Ronny Suwento reconnaît que "le niveau sonore peut atteindre un nombre de décibels dangereux pour ceux qui vivent près des mosquées". "Cela peut provoquer une perte auditive à long terme", avertit-il.
Dans un pays où critiquer l'islam est largement tabou, les expatriés étaient jusqu'à présent souvent les seuls à oser faire publiquement part de leur grief. La presse fait ainsi régulièrement ses choux gras de tel ou tel étranger, exacerbé d'être réveillé par des hauts-parleurs souvent de mauvaise qualité, mêlant le larsen aux sons parasites.
Il y a deux ans, un Américain gérant des chambres d'hôtes sur l'île touristique de Lombok a laissé échapper sa colère sur une mosquée voisine, arrachant le câble des hauts-parleurs. Il a été condamné à cinq mois de prison pour blasphème.
Mais les critiques ne sont plus l'apanage des étrangers. Une scène qui n'est pas sans rappeler celle du film "OSS 117 - Le Caire : nid d'espions" avec Jean Dujardin.
"Ayez pitié des gens d'une confession différente"
Il y a peu, le vice-président Boediono avait créé la surprise en exhortant les mosquées à abaisser le niveau sonore de leurs hauts-parleurs, voire à n'utiliser que la voix humaine.
"Le doux son de l'azan faiblement entendu au loin a plus de résonance et atteint plus profondément les coeurs que les appels bruyants, brouillés par les grésillements et trop proches de nos oreilles", avait-il déclaré en avril, lançant un débat jusqu'à présent largement absent de la société indonésienne.
Peu avant le ramadan, un gouverneur de la province de Kalimantan-Centre, sur l'île de Bornéo, avait également demandé aux muezzin de "ne pas utiliser de hauts-parleurs lors des récitations du Coran". "Ayez pitié des gens d'une confession différente qui veulent se reposer, avait déclaré Achmad Diran.
Mais le Conseil des oulémas, plus haute instance religieuse en Indonésie, avait opposé une fin de non-recevoir à ces appels. "Relayer les sermons par hauts-parleurs est judicieux. Les femmes peuvent les entendre quand elles font la cuisine et peuvent ainsi être illuminées par la foi", a répondu Nasir Zubaidi, secrétaire général adjoint du Conseil.
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10/04/2013 - 09h48
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