FOOTBALL

CAN 2010 : le bus du Togo mitraillé

Créé le 08/01/2010 à 19h05 - Mis à jour le 10/01/2010 à 15h06

Le capitaine togolais Emmanuel Adebayor après l'attaque de du bus de son équipe

Le capitaine togolais Emmanuel Adebayor après l'attaque de du bus de son équipe / AFP

C'est désormais officiel : l'équipe de football du Togo ne participera pas a la Coupe d'Afrique des Nations 2010, qui doit toujours débuter dimanche 10 janvier en Angola. Le gouvernement togolais vient de rappeler les joueurs, dont le bus a été mitraillé vendredi à la frontière entre le Congo et l'Angola par des séparatistes. Trois membres de la déléguation sont mortes, le chauffeur de bus, l'entraineur adjoint et le chargé de communication. Sept autres ont été blessés, dont plusieurs joueurs. Le gardien de but du Togo et du club breton de Pontivy Kodjovi Obilalé, gravement blessé, est en route pour un hôpital sud-africain où il y subira des soins intensifs. Cette attaque a été revendiquée par le Front de libération de l'enclave de Cabinda (FLEC), qui milite depuis 1975 pour l'indépendance de cette bande de terre enclavée entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Congo-Brazzaville

Après avoir appris le décès de l'adjoint du sélectionneur Hubert Velud, touché par une balle au niveau du ventre lors de l'attaque du bus de l'équipe du Togo hier en Angola, la sélection des Eperviers souhaite déclarer forfait pour la CAN. Un avion serait parti en fin de matinée de Lomé, la capitale togolaise, pour rallier l'enclave de Cabinda et rapatrier l'ensemble de la délégation des Eperviers.

«Nous attendons l'avion pour rentrer à Lomé, nous a raconté Alaixys Romao, le milieu togolais de Grenoble qui paraissait très ému, depuis l'aéroport de Cabinda. Nous discutons actuellement avec les autres sélections de notre groupe (Burkina-Faso, Côte-d'Ivoire et Ghana) pour tenter de les convaincre de boycotter elles aussi la compétition».

Le bus de l'équipe du Togo a été mitraillé vendredi alors qu'il franchissait la frontière entre le Congo-Brazzaville et l'Angola, où se disputera la Coupe d'Afrique (CAN-2010), et "deux joueurs ont été blessés", a raconté Thomas Dossevi, un des joueurs de l'équipe. "On a été mitraillé à la sortie du Congo, on a reçu des balles, on rentrait dans l'Angola, on a pris une rafale à l'avant du bus et on s'est tous couchés, a expliqué Dossevi. Il y a deux joueurs blessés."

"Un a pris une balle dans le dos, un autre dans les reins, a-t-il poursuivi.  L'entraîneur des gardiens et le docteur ont été touchés. Certains sont gravement blessés. On n'a pas de nouvelles, ils sont dans un hôpital à Cabinda."

Le Comité d'organisation de la CAN (COCAN) assurait qu'un pneu du bus avait éclaté, déclenchant un mouvement de panique. "C'est un scandale de dire ça, on a vraiment été mitraillés, si on avait pu prendre des photos, des images, ce serait déjà sur internet", s'est emporté Dossevi.

"On avait rempli les formalités, avait précisé plus tôt Dossevi sur Infosport. On était encadré par la police. Tout était clean. Il y a eu un mitraillage puissant. La police a riposté."  "On se serait cru à la guerre, avait confié Dossevi. On est choqué. Quand on sort du bus, on se dit pourquoi nous?. On n'a pas beaucoup envie de jouer la CAN. On pense aux copains, aux joueurs blessés."

Dossevi a cité sur Infosport comme joueurs blessés le gardien Kodjovi Obilalé (GSI Pontivy/FRA) et le défenseur Serge Akakpo (Vaslui FC/ROM) "qui a pris une balle dans le dos". 
                      
"C'est un choc, a expliqué le milieu Alaixys Romao (Grenoble/FRA). Ce n'est pas tous les jours que des joueurs de foot se font mitrailler, on pense que ce n'est que dans les films, mais non. On ne comprend pas pourquoi ça tombe sur nous."

"Il y a des joueurs blessés, des membres du staff blessés, on est dans l'attente de nouvelles, a-t-il ajouté. On ne s'est pas comment s'est passée l'opération pour eux au bloc (à l'hôpital). Si on peut boycotter la CAN autant le faire. Si on peut annuler tous les matches, pourquoi pas. On ne pense qu'à rentrer à la maison."

 A Luanda, le ministre angolais sans portefeuille Antonio Bento Bembe, qui a la charge des affaires de Cabinda, a déclaré que plusieurs membres de la délégation togolaise avaient été blessés dans ce qu'il a qualifié d'acte de terrorisme.

"Il s'agit d'un acte de terrorisme, sur lequel nous enquêtons à l'heure où je vous parle", a déclaré Bento Bembe à Reuters. "Je peux confirmer qu'il y a des blessés mais je ne dispose pas encore de toutes les informations", a-t-il ajouté en indiquant que certains avaient été évacués vers des hôpitaux.

L'enclave angolaise de Cabinda, où le bus de l'équipe du Togo a été mitraillé vendredi à son arrivée à l'avant-veille de la Coupe d'Afrique des nations (CAN-2010), est un foyer de tensions séparatistes depuis 35 ans. Le convoi togolais a été attaqué alors qu'il franchissait la frontière entre  le Congo-Brazzaville et ce territoire angolais, une bande de terre enclavée entre les deux Congo (Brazzaville et Kinshasa) et distant de 50 km du reste de l'Angola.

Un chauffeur et neuf personnes, dont deux joueurs ont été blessés dans cette  attaque revendiquée par le bras armé du Front de libération de l'enclave de Cabinda (FLEC). Cabinda, qui est très riche en pétrole, a longtemps été administrée de façon  séparée du reste de l'Angola par la puissance coloniale portugaise, avant d'être rattachée administrativement à Luanda en 1956.

A l'indépendance en 1975, l'Angola en fait une des 14 provinces de son territoire. Plusieurs mouvements indépendantistes ou autonomistes, dont le principal est le FLEC sont alors entrés en lutte contre le gouvernement central. En 2002, quand s'achève 27 ans de guerre civile angolaise, Cabinda est la seule province déchirée par des affrontements.

Depuis 2006, le gouvernement central assurait que l'enclave était pacifiée en raison de la signature d'un accord de paix avec Antonio Bento Bembe, un des dirigeants politiques du FLEC.




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